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possiMc (le l'iUMinlcr une à une ces folies saugUinles. L(^ l'iinlMMir^ de Houen , Darnelal esl l)rùlé , les éi,'lises <le lié(iuiuville et des (]|iarlieux soni l)n\lées, les caclutls du vieux palais sont remplis de |)i'è- Ires résiijués au supplice. — La Ndrniaiidie eiitièi'c esl en proie aux mêmes fureurs, (lepeudaul le parlement de Normandie, impérissable comme la justice, s'élait transporté à Louviers « en la maison de maître Sim(ui lîéIiolr(\ bailli de Louviers » Avant toute justice, cliaque membre du parlement, la main sur les Evangiles, jura de nouveau qu'il était orlbodoxe ! Qui (iail suspi^cl d'iiéi't'sie n'était pas admis à prêter le serment, ainsi llt-ou jtour tous les oj'liciei's de jusiice. El enfin dans ces pi'cmiers édits datés de Louviers (^(î avril 4.')()!2), pour prouver au roi el au j)euple de France qu'il était innocent de ces épouvanlabb^s désordres, le parlement ordonnait qu'aux frais même de ceux (pii les avaient dévastés et ruinés,seraient réparés les édifices religieux. Il di'clarait les protestants forcenés sacrilèges et violateurs, et leurs vassaux affranchis de tout service, et leurs fermiers affrancliis de toute redevance, permettant d'arrêter les ministres prédicants et de les liier et mettre en pièces, faisant signifier son installation à Louviers par un taud)our. Alors commencèrent les réactions, les vengeances, les châtiments. Par charretées on menait à Louviers les séditieux arrêtés à Lisieux, à Cormeilles, à Pont-Audemer, on les pendait, on les brûlait, ils étaient rompus vifs; on en tuait soixante par jour ; cela dura jusqu'à ce qu'enfin le chancelier de rilospital, ce grand homme, envoya au parlement de Louviers tout exprès pour dire aux parlementaires « qu'ils ne fussent pas si violents « à faire mourir les huguenots ((ui tombaieîit en leurs mains ! On dirait que le chancelier de l'Hospital a été donné à la terre pour la consoler des excès et des crimes de cette époque funeste. Les bons conseils viennent de lui ; son âme est charitable, sa jusiice est sans bornes, comme sa haute sagesse. Eu vain il s'(q)posa au colloque de Poissy (15G1) ; les catholiques et les protestants, également fiers de lem' éloquence, ne veulent pas laisser passer cette illustre occasion de faire assaut de logique et d'habileté. Le cardinal de Lorraine, bel esprit tout cicéronien, défend l'orthodoxie catholique en belles phrases cadencées, pendant que, de son côté, Théodore de Bèze, élevé aux rudes controverses du protestantisme, défend la réforme en logicien convaincu. Dans ces plaidoiries, c'est le protestant qui l'emporte, triomj)he d'un jour dont V ffistinre des variations et Bossuel fei'ont bonne justice. — IMus que jamais, la guerre civile grondait dans le lointain. Au triumvirat du duc de (luise, du connétable de Monlmoreucy et du maréchal de Saint-André,
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se réunit le roi de Navarre sans soni^^er (inil vi(!nt de s'allier aux pins erncls ennemis de sa maison. Malgré le cliancclier de l'IIosiiilal, le Irinmviral vent la i;nerre, il anra la crnerre. Les premières escarmouches se fonl à Vassy(1oC2); le lendemain, loule la France était en feu. Proleslanls et callioliiiues, ils s'armaieni, ils se hallaienl au nom du roi. Les chefs des prolestants, le jcince de (^ondé et l'amiral de Colii^ny font d'Orléans leur place d'armes; la guerre éclate, guerre civile dont se mêle l'Europe : du côté des catholiques, Philippe II; du côté des protestants, Elisahelh d'Angleterre, qui, pour quelques secours accordés aux protestants, s'empare du Havre! Dans ce conllit universel où tant de passions, honnes et mauvaises, sont aux prises, la rein(^ luère reconnaît avec joie les émotions, les tumultes, les conjurations, les cruautés de Florence au temps des Pazzi et de Lando, le cardeur de laine. — Cependant l'armée royale est à Houen que défend 3Iontgommeri avec vigueur, la ville est prise après une vive résistance. A ce siège Antoine de Navarre, le père de Henri IV, meurt d'une hlessure légère (16 octohre 15612 ) ; quelques jours de tempérance auraient sauvé le roi de Navarre. De protestant (|u'il était, il mourut catholique, pendant que Jeanne d'Alhret, la mère du Béimuth, plus prévoyante, se faisait calviniste. — Le 19 décemhre de la même année, les deux partis se rencontrèrent près de Dreux. Tout piès d'en venir aux mains, ils hésitent, ils se troublent; peu s'en faut qu'ils ne se reconnaissent les enfants de la même religion et de la même patrie... mais enfin, la fausse honte (|ui a fait commettre tant de crimes pousse, les uns contre les autres, ces fils de la France, et, durant cette longue bataille de sept heures, ils s'abandonnent cà toutes les fureurs des guerres sans nom : Quo, quù, scelesti, ruitis? dit le poète. A celte bataille de Dreux périt le uîaréchal de Saint-André, le connétable esl pris par le prince de Coudé; à son tour le prince de Condé est pris par le fils du connétable, Coligny s'enfuit en toute hâte d;ins les murs d'Orléans. Le duc François déduise, le roi de celte journée, restait le maître de la reine et de la France, il est assassiné par Polirot de Méré. Hélas! l'assassinat, vous le savez par tant d'exemples, est un des éléments des Guerres religieuses. — La convention d'Amboise (15()'>, Paris seul et l'arrondissement de Paris étaient fermés au culle prolestanl) fut à peine suivie de quelques jimrs de repos; la reine mère profila de la trêve pour faire déclarer la majorité du roi de France, par le parlement de Rouen. — Uoi malheureux, perverti par sa mère, esprit distingué rendu à plaisir einpoi-lé et ( ruel, jeune disciple d'Amyol, le plus heu-
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rcu\ cl le plus liiciivcilliiiil dos lioiimics cet Aiiiyol, ;iltl)é de Hcdlosam'! Qui lui eut dit que cet ciilaut, élevé dans la couleuiplaliou des veitus anti(|ues, deviiMidiait le plus i;raud couijable (jui ait souillé de saui^ et couvert d'épouvaulc; le royauuu^ de France? — La Italaillede Saint-Denis appartient à la seconde guerre civile. Anne de Montmorency, le connélahie, couiuiandait l'année royale, le priiu'C de Coudé et l'amiral de (loIii;ny s'avançaient à la tète de l'armée protestante; blessé huit l'ois, le connélabl(! Aniu; de Montmorency, austère et énert^ique vieillard de soixante-ciuatorze ans, est tué d'un coup de pistolet par Jacques Stuart. — Celui-là mort et le prince de Coudé tué à la bataille de Jarnac, gagnée par le duc d'Anjou (Henri lïl), l'amiral de Coligny restait le cliel" du parti protestant; ce l'ut alors que la veuve d'Antoine de Bourbon, Jeanne d'Albret, arriva dans le camp des protestants tenant pai' la main son lils, le jeune roi de Navarre. Henri est proclamé le clieldes protestants; il avait seize ans alors. H était dans l'éclat, dans la vigueur de la jeunesse. Né soldat, il avait été babitué de bonne heure aux fatigues de la guerre; sa gaieté était Iranche, sou co;ur était bon, son esprit alerte et vil". Il savait également vivre comme un prince et vivie comme un soldat ; il portait avec la même grâce et la même bonne humeur les haillons de bure et le manteau brodé, doublé d'hermine; familier avec ceux qui l'aimaient, actif, entreprenant jusqu'à l'audace, amoureux à ses heures de liberté, mais alors amoureux comme un fou. — A Montcontour, l'armée protestante est battue connue elle l'avait été à Jarnac; deux fois Coligny recule devant le duc d'Anjou; la gloire de son frère imjuiète Charles IX, on parle de paix avec les prolestanls, et pour la mieux cimenter, celle paix exécrable, on marie le jeune Henri de B(''arn, avec Marguerite de Valois, la sœur du roi de France. — 24 août lo7t2. — Jetons un voile sur cette nuit de sang et d'horreur couunencée au glas de Saint-Germain l'Auxerrois, achevée au bruit des ar(piebusades parties du Louvre. — La cour de lîome se l'éjouil, la reine Elisabeth prend le deuil, l'Europe entière s'entretient avec indignation de celte exécrable lâcheté. — Un cite les noms des braves gens qui refusèrent d'obéir au roi-bourreau. A Houen, le gouverneur Lanneguy-Leveneur et le cardinal de Hourbon protègent, de toutes leurs forces, les calvinistes malheureux. L'évêque de Lisieux, monseigneur Jean Hennuyer, couvi'e de sa protection pastorale les familles vouées à la mort ; le gouvcîineui' de Dieppe, le sire de Sigogne, ne trouve à Dieppe que des soldats et pas un assassin; le maréchal de jMaltignon sauve la vie des [)roleslants d'Alençon l'I de Saint-Lô. Depuis celte nuit funeste. (Hiarles 1\
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sentit au cœur le remords, qui lue le doux sommeil, cette mort pdisible (le la vie (le chaijue jouv^\ Il nu lit plus (jue soullrir et laiigiiii-. Avant sa niui'l, il voulut essayer si les doux ondu'ages de la Normandie, ce liean ciel, ces eaux limpides ne donneraient pas quebine trêve à ses remords, le remords le suivit dans ces licui-enses campagnes. Le saiii,^ versé criait vengeance; de ces fraîches prairies s'exhalait comme une odeur de sang. La vallée de l'Andelle, calme et limpide solitude, s'épouvantait à voir passer, penché vers la terre, ce jeune Iront royal. (Iharles IX, accablé sous ses angoisses, vint mourir au château de Vincennes, le 50 mai 1574. Longue et terrible agonie sans la consolation d'ici-bas, sans les espérances de là-haut « Ah! disait-il à « sa nourrice, ah ! ma mie, que de morts ! que de sang ! » En même temps il fermait les yeux... même à ses yeux fermés, la couleur rouge se montrait toujours. Ce roi, meurtrier du peuple que Dieu lui avait confié, n'avait i)as [)lus de vingt-trois ans ! Il laisse la régence du royaume à son exécrable mère, et la couronne à son frère le duc d'Anjou, roi de Pologne, qui rejeta bien vite la couronne des Jagellons. Le duc d'Anjou avait quitté la France le lendemain de la Saint-Barthélémy ; il avait traversé, pour se rendre dans son royaiune de Pologne, une mare de .sang humain. Il relrouva Paris rempli de séditions et de Iroubles. Nul ne voulait plus obéir; les mœurs publiques étaient perdues, la corruption de la cour s'était répandue comme une lèpre, l'oisiveté avait envahi les Ames, on ne comprenait plus qu'un sorte de travail, le travail brutal de la bataille, quelques heures féroces d'action et de sang, suivies de longues orgies. La reine Médicis avait enseigné à ce malheureux pays de France l'empoisonnement, l'assassinat, les violences cachées, les violences présentes: des crimes inconnus avant elle. Elle menait H sa suite des femmes jeunes et belles pour séduire et pour corrompre. (le nouveau fils de Médicis (|ui allait régner, Henri III, était le bienaimé de sa mère. Elle l'avait corrompu tout à l'aise, et elle comptait sur ses vices, comme Jeanne d'Albret (morte empoisonnée par Catherine de Médicis) comptait sur les vertus de son fils Henri deBéarn. — A ces débats si cruels, l'élablissement de la Ligue (loOG) ajouta dix-huit ans de peines et d'infortunes. La Ligue voulait d'aboid défendre la relii^ion catholique, et surtout elle voulait en finir avec la maison de Valois, l'ar le fanatisme du peu|)Ie, par la déclamation des prêtres, par l'argent de l'Espagne, parles bulles du pape, par les inspirations de Philippe II,
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t't ciiliii |i;ir l;i volonté et le coiiiMi^e de Henri, lils de Franeois, duc de Ciuise, un dt; ees Iioninies (iiii ont toutes les (jnalités desiisur|)aleurs, la Liiiiie sainte était devenue, dans l'Etat, un second pouvoir royal qui marchait avant le roi. Eu vain, le roi, dominé par cette force dont il peut deviner tonte l'importance, à la réunion des étals dans le château de lUois, s'est nommé lui-même chef de la Ligue ; celui qui reste le chef de la Ligue, c'est celui ijui en est l'àme et la force, Henri de Guise. Cependant son nouveau titre de chef de la Ligue faisait au roi Henri III une nécessité de la guerre avec les protestants. 3Ialgré le roi, les hostilités recommencent. La mort du duc d'Alençon, frère du roi et l'héritier de la couronne de France, agrandit l'amhition de Henri de Guise. Désormais, à qui appartiendra la couronne de France, sinon au duc de Guise? Henri de Béarn n'est-il pas un prince hérétique? Plus la Ligue marchait dans celle voie, plus le roi de France était obligé de venir en aide, malgré lui, cà son formidahle rival. De son côté, le roi de Navarre, intelligent, hrave et hardi, savait Irès-hien où le duc de Guise en voulait venir, et il était décidé à ne pas céder une couronne que le droit et le courage devaient poser sur sa tête. Pour commencer dignement celte guerre, dont le trône de France était la récompense, Henri de Navarre battit les troupes royales commandées par le duc de Joyeuse à la bataille de Contras. Joyeuse est tué à Coutras, tout comme François de Guise sous les murs d'Orléans, le prince de Coudé à Jarnac, le connétable de iMontmorency à Saint-Denis. Guise s'écrie alors que le roi Henri III est d'intelligence avec les huguenots, il fait déclarer par le pape que le roi de Navarre et le prince de Condé sont déchus de leurs droits à la couronne. Paris se soulève ; il s'abandonne à ces terribles violences qui laissent dans Fhisloire de longues traces de meurtres et de sang. Paris appelle de tous ses vœux le duc de Guise, Guise est le roi des Parisiens ; ils n'en veulent plus d'autre ; le nom de Henri III est couvert d'outrages. Jusqu'au Louvre où le roi se tient enfermé, des barricades sont étendues, et voilà le roi devenu le prisonnier de la populace parisienne. C'est un bruit à ne plus s'entendre, c'est un immense désonlre ; le roi et sa garde étaient égorgés sans la protection du duc de Guise. — Eperdu, le roi s'enfuit, abandonnant Paris et le Louvre an Guise (|ui ti'iompheet qui agit comme un roi. Tout lui appartient, le parlement, l'armée, la Bastille; Achille de Harlay seul déclare au Guise que r't'.*?/ (jvdude honte (fiic le valet ctuisse le maître! La umison de Valois étail perdue à ce moment, si le duc de Guise avait achevé l'entreprise commencée; mais le plus hardi ne peut pas oser
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toujours. Le duc de Guise hésile, il esl pei'du. — Henri 111 l'ail assassiner dans son cahineL cet lioniiue qui tenait la couronne de France entre ses mains, el ([ui n'avait pas osé la poser sur son front. Ainsi nionrnl cet lioninie qui avait toute une reliijion et une natioit dervière lui, el qui n'a été rien de plus qu'un agitateur. — Pourtant les avertisseuuMils ne lui avaient pas manqué. La veille de sa mort, il avait trouvé cet écrit sous sa serviette : « Donnez-vous de garde! à quoi il répondit : << On n'oserait! » Sa brillante maîtresse, Françoise <le la Trémouille, l'avait en vain supplié de partir, en vain le duc d'ElInuf, son ami, lui avait rapporté toutes sortes de propos sinistres, il était entré dans la chambre de sa maîtresse, il avait répondu au duc d'Elbeuf qu'il parlait connue un almanach. Comme il se rendait au cliàteau, le Balafré lut encore arrêté par grand nombre d'avertissements et de billets. — Arrivé au pied de l'escalier, le capitaine des gardes lui remit un placel, le roi avait imaginé ce moyen-là pour ôter au duc tout soupçon. Frappé à coups d'épéeel de poignard, le Balafré tomba sur le lit du roi, le lit le ])lus déshonoré du royaume de France; quand le Balafré fut jeté sur le carreau, le roi Henri III vint lui-même pour donner sou coup de pied au cadavre. Il frappa le visage, non pas sans trembler que ce grand mort ne vînt à se relever, l'épée à la main. Les courtisans, avides autant que des bandits de grand chemin, dépouillèrent de ses bagues et joyaux Henri de Guise ; luème l'un d'eux, faute de mieux, ramassa son épée. Alors on entendit comme un grand souflle, c'était le Balafré qui rendait le dernier soupir, enfin! Le lendemain, le frère de Henri, le cardinal de (iuise, (jrand inquisiteur, fut assommé dans la tour de Moulins à coups de hallebarde. — Furent arrêtés le cardinal de Bourbon, la duchesse de Nemours, le duc d'Elbeuf, l'archevêque de Lyon ; les autres ligueurs, amis du duc de Guise, se hâtèrent de fuir. Les corps des deux frères furent taillés en morceaux et brûlés, et leurs cendres jetées dans la Loire. Le peuple de Paris pleura Henri de Guise avec des larmes de sang ; le parlement décréta contre les meurtriers et assassins de messieurs le cardinal et duc de (lUise, hî même « qui ayant éleinlue la France du côté d'Allenuiigne, par la con- << servalion de Metz, il lui avait rendu, du côté de l'Angleterre à la « grande mer, son ancienne borne, par la prise de Calais! » A Notre- Dame de Paris un service solennel fut célébré en l'honneur du duc et du cardinal de Guise; cent mille enfants des meilleures familles ca- Iholiipies et tous vêtus de blanc demandaient à Dieu que la race des Vahns fui enliàemeni dehuilc! Quoi encore? le régicid*; esl prêché dans toiUcs les chaires. Or tout ce (pie faisait Pans, la Normandie, la
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Hrclagno, la Uouriiogiu', loiilcs les provinces le répélaieiit avec les iiiAines rages el les mêmes colères, (l'esl que déjà Paris commence à devenir la capitale de la France ; il impose ses colèi'es et ses haines; il commande, la France oltéil. Four l*aiis, Henri III n'élail pins roi de France; déjà anionr de sa personne il s'élail fail un grand silence, nne profonde solilnde. CiC roi, chef de la Ligue, n'avait [tins d'autre parti que d'appeler à son aide le chef des protestants, Henri de Béarn. Le roi de France et le roi de Navarre se renconlrèrcnl à Plessis-lez-Tonrs, dans le château du roi Louis XI ;.")0 avril lo89). Le Béarnais était vêtu comme un pauvre soldat, à peine avait-il la cape et l'épée ; sur sou feutre ^ris llottait un giand panache hhmc, le panache de la hataille d'ivry! Alors le ])rcmier Bourbon se jetant aux jiieds dit dernier Vdlois, ils firent alliance et se portèrent tous les deux sur Paris pour étouffer la révolte. Les royalistes catholiques, maintenant (jue le roi de Navarre allait se hallre pour le roi de France, marcliaicnl Cèremenl dans les rangs de l'armée prolestante. Les deux rois vinient placer leur camp sous les murs mêmes de Paris, le roi Henri 111 était logé <à Sainl-Cloud, et déjà il rêvait qu'il rentrait, en pardonnant, dans la capitale de son royaume, (juand le franciscain Jacques Clément frappa d'un coup de couteau l'assassin du duc de Guise. Henri HI s'était servi du poignard ; pour châtier ce roi coupable, on raconte que la sœur même de Henri de Guise avait fail entrer dans son propre lit ce Jacques Clément, et qu'elle l'avait envoyé à Saint-Cloud tout rempli de la fascination licencieuse de ses conseils el de sa beauté. A son lit de mort, Henri 111 reconnaît pour son successeur Henri de Navarre. Ici s'arrête la famille des Valois : elle s'éteignit par un crime, tout comme la race des Mérovingiens, tout comme la race des Carlovingiens. « Il s'agit, disait Henri III, que le roi de " Navarre, mou beau-frère et mon légitime successeur, est instruit sur « l'art de bien régner, et j'en puis répoudre ! » Paris cependant était dans la joie et dans le triomphe; l'ancien roi mort, Paris faisait de Jacques Clément un dieu et un martyr; le pape Sixte-Quint comparait le dévouement de l'assassin au dévouement d'Eléazar et de Judith. « Voilà " comment le règne des Valois finit à Saint-Cloud, le i2 août 1589; ce- II lui des Bourbons y couuuença le Iroisièiue j(uu' pour finir le " 31 juillet 1830. — Triste règne, le règne des Valois ; plein d'assassinats, de délires, de vengeances, d'adultères, de duels, de sales intrigues, de pillages, le règne des plus vils migiuuis, des femmes les plus honteuses, de la reine Catherine de Médicis, de la leine Marguerite de \'alois. Toute la prohiti' de celte époque se retrouve dans 1 àme de
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quelques vieux proleslanls , cl dans le C(enr de qiiel(iiu's iiingislrals (liiincs d'èlre comparés aux preMiicrs sciialeurs de 1*01110. — A la niorl de Henri III, Henri IV fui aliandouiié d'une partie de l'armée royale; Heiiii se vil ohligé, par celle désertion, de lever le siège de; Paris, car la Lif;ue. el Mayenue,el les 5t'?2t', maîlres de Pai'is, refusent de reconnaître le souverain légitime; Henri s'en va à Dieppe pour attendre des secours d'Elisalietli. Le roi de France n'avait pas de chemise, son pourpoint était tioiié au comle , el il s'estimait fort heureux si fjuelque hou compagnon l'invilail à <lîner. — Combat d'Arqués et du fauhourg de Dieppe. Henri IV se Itattit avec le courage du soldat; il frappait d'estoc el de laille en disant à chaque coup bien porté, ce (lue disaient les rois de France en touchant les écrouelles : Le roi te touche. Dieu te guérisse! Il aimait le combat presque autant qu'il aimait la gloire. La Normandie est remplie des souvenirs de ce vaillant capilaiue. Mayenne, qui devait le ramener à Paris, pieds et poings liés, est trop heureux d'échapper après la bataille d'Arqués. Près d'Yvetol, dans nne rencontre avec le duc de Parme et ce môme Mayenne, Henri tua trois mille hommes, et à la fin de la journée il disait gaiement : « Vrai Dieu, si je « perds le royaume de France , j'aurai celui d'Yvetol ! » Devenu roi de France, il montrait au maréchal d'Estrées un des gardes qui marchaient à la portière de son carrosse : " Voilà, disait-il, le soldai qui « m'a blessé à la journée d'Anmale! » — Prise de Fécamp. — Prise de Rouen par le maréchal de Biron. « Je vous exhorte, écrivait Henri aux « bourgeois, avec une affection paternelle, de vous remettre an devoir, « comme je suis disposé (avons faire éprouver ma clémence, à l'exemple « des villes qui se sont remises en mon obéissance, el de ne pas vous « laisser décevoir par les persuasions des pensionnaires de l'Espagne. » Pendant cinq années, la ville résiste; cette ville de Rouen sait trèsbien comment on se comporte dans les longs sièges; elle aime les brillantes défenses, elle se plaît <à ces attaques, elle eut l'honneur de faire lever le siège au roi Henri 1 — Le siège de Paris, affreuse lamentation et grande famine! — Enfin le roi est absous par le pape, 159(). — Edit de Nantes. — Traité de Vervins, — Mariage de Henri IV avec Marie de Médicis. — La première année du siècle auquel Louis le Grand donnera son nom. — Mort d'Elisabeth, reine d'Angleterre ; le premier Sluart arrive au trône en même temps (pic le premier Bourbon. — Grande reine, celte Elisabeth, reine absolue qui fait taire les parlements. Elle protégea l'agriculture, elle lit de l'aumône un impôt, elle appela l'industrie des Flamands chassés des Pays-Bas; elle adopta l'as-
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surance niarilinie, c'élail arracher aux rriiaiilés du hasard, luèmv hi chance des orayes et des lenii)èles. — Elle présida aii\ sociétés qui se formèrent pour le commerce du Levant, de la Baltique, de la Russie. — Le pavillon aniilais llolta dans les Indes occidentales. — Sur le trône pontifical, Sixte V était assis; profond i;éniequi tenait à la persévérance et à la volonté. Il avait les belles et rares qualités qui font les grands princes ; dans le siècle de Gréi^oire VII, Sixle-Qninl eût été Gréiïoire VII, mais il comprit que le temps était passé de la suprématie pontificale, et il se contenta de conserver l'Etat de TEiilise, de défendre le royaume de saint Pierre. Il est le créateur de l'armée et de la marine de l'Etat ecclésiastique: un pontife de ce génie devait rendre hommage au génie de ces deux huguenots, Elisabeth et Henri l\\ en même temps qu'il admirait la magique volonté du roi d'Espagne Philippe II, réunissant à l'Espagne le Portugal, traitant ce beau royaume comme une province conquise, menaçant l'Angleterre, et quand la llottc invincible est dispersée par la tempête, soulevant les passions de l'Irlande contre son indigne suzeraine, l'Angleterre. Pauvre Irlande! terre inculte et barbare que se partageaient quelques grands propriétaires de l'Angleterre. Le comte d'Essex, pour s'être laissé battre en Irlande, fut décapité par l'ordre de sa reine, elle qui l'avait tant aimé. En mou-
rant il emportait la vie, le courage et l'espérance d'Elisabeth. Elle mou
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nit, le cœur luise, peiidaiil que Philippe 11, le Icrrihlc!, expiiail lenteuienl, dévoré vivant par ces vers de la tombe qui d'ordinaire ne s'allaclient qu'aux cadavres. Ambitieux fabuleux qui voulait en même temps ôterla France à Henri IV, l'Anifleterre à la reine Elisabelli, il laissait l'Espagne sans or pour payer ses dettes, sans fer pour se défendre, énervée et perdue dans les excès et les débauches de l'ambition. Bien plus, il laissailla France grande et respectée, même après ces trente-huit années de guerres civiles. Un royaume ruiné de tontes parts! des soldats (lui s'étaient égorgés les uns les autres! la propriété mal assurée, la terre inculle, les villes oubliant l'industrie pour la guerre, le citoyen devenu soldat, le marchand ruiné, pas un vaisseau dans les ports ! pas un écu danslescoffres! quelques annéesde reposetdepaix (1398), etun homme, un seul, Sully ! suflisail à combler cet abîme. La Normandie sesouvienl de Sully : elle salue encore, à cette heure, la maison de ses pères, maison réservée à de si étranges destinées. Elle se rappelle son courage, son dévouement au roi Henri IV, sa prudence, son administration généreuse et ferme, son infatigable travail. Le duc de Sully était en même temps un brave soldat et un éloquent orateur, l'ami du roi et l'ami du peuple : frugal, tempérant, d'une franchise à toute épreuve, d'une grande énergie de caractère et de volonté. Il a rétabli le crédit deceroyaumeépuisé, il a protégé le laboureur, il a purgé la France de cette immonde armée de commis et de traitants qui, sur 150 millions de livres, dévoraient 1:20 millions, chaque année. Si le roi Henri IV a formulé le vœu de la poule au pot, M. de Sully seul était capable d'accomplir ce beau rêve qui fait tant d'honneur au vainqueur de la Ligue, (i'est une merveilleuse histoire, M. de Sully, parcourant ce royaume, conlié à sa garde, interrogeant cba(iue généralité, dépouillant tous les registres, ramenant l'or et l'argent dans les coffres du roi, contenant chacun dans les limites du devoir, etenlin remettant au peuple pour jjIus de vingt millions de taxes dans une seule année. Sous celte adniinislrati(Mi paternelle, le commerce, affranchi de ces entraves, accomplit des miracles. L'industrie, maîtresse d'aller et de venir, enrichit ce royaume; les arts sortent de leur torpeur; l'agriculture agrandit la terre et la féconde ; l'agriculture nourrit le royaume; elle fournit à l'artiste la matière première, elle produit les objets d'échange; elle occupe les bras, elle réjouit les âmes. Les vignes, l'idivier, les forêts, les pâturages, les grains liliri ment exportés, telle est la grande occupation de l'agriculture : l.aiKiurafje et \>àtura(\i', disait >I. de Sully, xoul les deux (jraudes mamelles des iialious. Aussi renvoyail-il à la charrue les p.uivres petits
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i^tMililslioiiiim's (Hii encoinhraicnt r;tiitirliaiiilue du roi son mailrc. En moins (le dix ans de cclU! atlminislration prévoyanle, la France changea (le face. Les deUes de l'Élat Inrenl }tayées, les ravages sanglants el les mines de la guerre civile furent effacés, l'arsenal se remplit de canons, les mers de vaisseaux; de longues roules sillonnèrent le royaume dans Ions les sens. Désormais Paris l'ut ap^ndé la ville des merveilles; plus {]\w toute autre province de France, la Normaiulie mit à profit la protection et la bienveillance de ce grand liouune. Sous l'administration de M. de Sully, Uouen , Elbeuf, Louviers, Bolbec, Lisieux, l'Aigle, Yvelot, rapp(dlenl leurs plus excellents travailleurs chassés de la patrie coniiiiuiic, parles persécutions et les désordres des guerres civiles. En même lemps les marins de Dieppe, de Fécamp, de Saint-Valery, du Havre, de Hou Heur, de (Cherbourg, s'emparent, en maîtres, de l'Océan, qui devient le chemin du monde. La ville de Québec est fondée par les Normands. Pour comble de services, le bon génie de Sully sauvait le roi Henii d'un mariage avec l'ambitieuse marquise de Verneuil; Charles-Emmanuel, le héros de la Savoie, s'avouait vaincu par la prudence et la sagesse de M. de Béthune; le maréchal de Biron, traitre au roi, mourait de la mort des iraîtres.Ce grand projet d'abaisser l'Aulriche, l'Allemagne et l'Espagne, lie faire un nouveau partage de l'Europe, et de fonder la paix générale sur la fédération des divers Etats de l'Euro[»e, c'est un projet de M. de Sully. Il l'avait expliqué à la reine Elisabeth, il l'avait fait comprendre à Jacques 1", l'imprévoyant; il en avait fait l'idée et la passion dominante du roi Henri IV. Affaiblir la maison d'Autriche; empêcher l'Alleuuîgne et l'Espagne, deux branches de la même maison, de jamais se réunir; appeler à l'aide de la France, l'Angleterre, la Hollande, la république de Venise, les princes protestants de l'Allemagne ; reléguer dans leurs limites naturelles, les Turcs et le czar de Russie,- réduire à quinze le nombre des puissances, à savoir : six monarchies héréditaires : la Fiance, l'Angleterre, la Suède, le Danemark, l'Espagne el le royaume de Lombardie que l'on créait pour le duc de Savoie ; cinq monarchies électives : la Bohême, la Hongrie, la Pologne, l'empire d'Allemagne el l'Etal ecclésiastique; enfin, quatre républiques souveraines : la république de Venise, la république helvétique, les sept provinces suisses, et la république italique, c'est-à-dire Gênes, Florence, Mantoue, Modène, Parme et Lucques, Bologne et Ferrare, tel était le plan politique de M. de Sully. Ainsi partagée, et c'était là le sujet d'une dernière guerr»' suivie d'une paix sans lin, l'Europe; reconnaissait deux religions i)rin- (•i|);il('s ; la religion calludique el la religion de Luther. Puis enlin,
quainl celle large rénovalioii des divers Elals de rKinoi)e aurait été cuiiiplèle, on eût organisé un tribunal suprême qui eût décidé en dernier ressort, de toutes les guerres à venir. Plan niagnilique, fabuleux si l'on veut, rêve béroique, mais le rêve de deux âmes généreuses. Déjà, pour Taccomplir, Henri IV se mettait en marcbe ; le trésor amassé pai- Sully dans les caves de la Bastille (40 millions de livres) devait suflire aux frais de la guerre. Avant de quitter Paris sa (jrand'viile, Henri IV veut faire couronner la reine de Médicis ; le peuple était en fête et dans l'aliente, le couteau de Ravaillac (14 mai 1610) vient arrêter le cours ineffable de ces prospérités et briser sans pitié la suite de ces vastes entreprises. 0 ciel ! le premier roi bourbon venait de mourir comme était mort le dernier roi Valois! Cette mort plongea la France dans le deuil, elle fit la joie de la cour. Marie de Médicis (nom fatal, ces Médicis! ), régente du royaume, prolonge, autant qu'elle la peut prolonger, la minorité du roi son fils. Moins babile et moins dépravée que Catberine de Médicis, elle s'abandonna à tous les pencbanls indiscrets d'une femme imprévoyante. D'un secrétaire du duc de Florence, Marie de Médicis fait un nuirécbal de France, le marécbal d'Ancre. Ce marécbal est assassiné par un oiseleur du roi, un page, un valet de la cbambre, M. de Luynes, qui s'enveloppe des sanglantes dépouilles du morl. Le peuple dévore le cadavre du marécbal d'Ancre; c'est tout ce qu'en eut le peuple avec le supplice d'Éléonore Galigai, l'amie de la reine. En ce moment, les plus grands seigneurs du royaume de France font entre eux un petit essai de rébellion sans se douter que le cardinal de Ricbelieu n'est pas loin. Condé, Bouillon, Vendôme, Guise, Uolian, Luxembourg, Nevers, laTrémouille, cbacun se relire dans son gouvernement, pour y vivie le maître pendant ces quelques beures de désordres auxquels devait mettre un terme, et pour longtemps, Armand du Plessis, cardinal de Ricbelieu. Si l'œuvre de cet bomme fut grande, sa puissance fut terrible. H eut la main et le glaive de Louis XL M. le duc de Montmorency, M. de Tbou, et M. de Cinq-Mars livrés au i)ourreau; la reine mère mourant dans l'exil; toutes les libertés qui s'en vont une à une; la reprise de la Rocbelle qui écrase les buguenots et prépare la révocation de l'édit de Nantes; la liberté littéraire perdue comme la liberté politique ; telles ont été les volontés du terrible cardinal. Tout à l'beure nous vous raconterons la grandeur et les disgrâces de Pierre Corneille, l'iioimeur de la Normandie. — Ricbelieu meurt entouré de l'admiration et de la baine publique. — Louis XIII suil de près ce graïul ministre, dont la mort l'avait délivré (1()43). Il eut le couiage de son père Henri IV, il n'eut
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rien de l'imposante majeslé de son fils le roi Louis XIV. Uiclielieu est le maître, il est la i^raiide ligure de ee règne. A cette heure, ce qui restait de la seconde aristocratie a perdu toute sa force. Les grands seigneurs ne sont jdus (jue des officiers de l'armée démocralitiue de Louis XIV. La monarcliie des Etats disparaît vaincue par la monarchie parlementaire, qui elle-même se hrise en mille éclats, dans les émeutes de la Fnuide, pour avoir outre-passé ses pouvoirs. Règne d'un instant; mais le roi de la monarchie parlementaire avait nom Matthieu Mole, le prêtre s'appelait le cardinal de Retz, l'héroïne était la duchesse de Longueville, Turenne et Condé en étaient les généraux. Louis XIV dissipa à coups de fouet celte monarchie neutre qui n'était ni la liberté ni la monarchie absolue. Il fallait encore attendre un siècle et demi pour entendre parler des états généraux et de la délivrance de 17SÎ).
Traité des Pyrénées. — Mariage de Louis XIV et de l'infante Marie- Thérèse (lGo9). — Mort deMazarin (1061). — Colbert. — Conquête de la Flandre. — Turenne, Condé, Créquy, Grammont, Luxembonrg. — Conquête de la Franche-Comté. — Édit sauveur qui permet le commerce à la noblesse l()6i>). — Mort de madame Henriette d'Angleterre. — En un mot, le règne de Louis le Grand, le règne de la monarchie absolue, — les fêtes, les beaux-arts, la poésie : Bossuet, Molière, Corneille. — Despotisme accompli, non pas inventé par Louis le Grand, car Louis XIV achevait simplement l'ieuvre qui avait été commencée, le jour même où l'hérédité royale s'était établie dans la famille capétienne. — La bourgeoisie se manifeste, sinon par ses résistances, du moins par ses grands hommes : Fabert et Vauban, Colbert et Louvois, Bossuet et Massillon, fils de bourgeois. Plus que jamais tout s'en va des libertés publiques : les privilèges des provinces sont abolis, les chartes des cités sont violées, la contîscation enrichit les courtisans avides, le silence est partout comme l'obéissance; seule, avec la Bretagne, entre les provinces insultées, la ^'ormandie résiste au tout-puissant Louis. Que disons-nous? Elle avait résisté au cardinal de Richelieu! Entraînés par le mouvement historique, nous n'avons rien dit de la révolte i\es jneds-uiisqm empêcha le cardinal de Richelieu de dormir : c'est pourtant là un des chapitres sérieux de l'histoire de Normandie. Depuis longtemps la Normandie supportait impatiemment le joug du cardinal, elle était mécontente et peu habituée à dissimuler ses colères ' ; elle se trouvait fr'oissée dans ses droits et fran-
I Nodrcsiir la relation du vnijage du rhancrlicr Sdijtnrr en ISovniandie, \v,\y W. l'Io- '\\[f\. Hiriiiliiv ili' I Arnili'iiiir Kiviili' ilc'Iîonrii , cul i rs|ioiiil;nil ilc 1 lii^liliil ilr l-'i^iiic.v
cliises, son iiuluslrie élait menacée par l'avidilé du lise. — Les drapiers, les lamieurs, les coiroyeurs, les cordonniers, les teinlnriers. les selliers, les quatre mille gaj^ne-pain de la ville de Uouen, les procureurs soumis à de grosses taxes, et la foule d'opprimés n'eurent qu'une voix pour réclamer les vieilles Irancliises. Non-seulement chacun payait la taxe, mais encore chacun élait responsable de la taxe de son voisin. La f/^/&é^//tMiienaçail toute la province; alors la province se révolte. Les )ui-pleds, ainsi ils s'appelaient, formèreut bientôt un corps d'armée. Le peuple émeute se porte sur les bureaux du roi; il pille, il écrase, il renverse, il détruit. Le receveur général des gabelles, assailli dans sa maison, est sauvé à grand'peine par deux conseillers au parlement; il fallut envoyer M. de Gassion contre celle nouvelle révolte des barbares . pour nous servir d'une admirable expression d'un éloquent publiciste de ce temps-ci. La colère du cardinal fut grande, sa vengeance fut terrible. Pour assurer le châtiment des coupables, M. le chancelier Séguier fut envoyé à Rouen avec pleins pouvoirs de vie et de mort. Le colonel Gassion devait obéir au chancelier en toules choses; le chancelier donnait lui-même, chaque matin, le mot d'ordre; les enseignes étaient confiées chaque soir à sa garde. Il avait droit de vie et de mort, — et droit d'exil. Un mot du chancelier suilisait pour mener un homme à la potence. De ces exécutions du chancelier Séguier, un journal a été tenu par ses ordres. Envoyé par le roi Louis XIII dans la province de Noriuandie, monseigneur le chancelier, messire Pierre Séguier, chevalier comte de Gien-sur-Loire, baron d'Autun, la Barre, et autres lieux, reçut l'ordre de partir le 19 octobre (1(359) pour se rendre en trois jours (on irait en deux heures aujourd'hui) au Pont-del'Arche, afin d'arriver à Uouen le quatrième jour. Le vendredi 10. M. le chancelier tient à Paris, eu son hôtel, conseil des parties. Le samedi 17, sur les huit heures du malin, monseigneur s'en fut prendre congé du roi et de la reine, et de monseigneur le dauphin à Sainl-Germain, où il fui traité à dîner par M. de Cinq-Mars, grand écuyer de France ; le soir, il fut prendre congé de monseigneur le cardinal, en sa maison de lUiel. — Le dimanche 18, après que monseigneur eut entendu la messe en sa maison, il tint conseil de la petite direction des finances, puis il reçoit divers personnages : mademoiselle de Kohan, madame la marquise d'O, M. le prévôt de Paris, le procureur général des Feuillants. Le soir, monseigneur met en ordre ses papiers et cassettes. — Le lundi 11), à neuf heures du malin, monseigneur es! parli de son hôtel, a(c<im|)iii;n<'' de niadainc la (liiinrclièrc, son (''pous(^;
(le M. le [ti'iiicc (riMilricliciiioiil, son i^endre ; de !\1. le iii;in|iiis de Oaslin, sou aiitrt' m'iiilrc, nicsdaiiics ses lilles rlaiil rcloiuics [)our i^rosscssc. ou incoimiiodilo ; nioiiscii^iicur l'cvènue d(^ Meaux, son IVère (Domiiiirnic Ségiiier; ; le président Sé^uier el le prévôt de Paris, ses cousins i^ermains. Fabri, uiailre des requêtes, son beau-frère; Brandon, conseillei' d'Étal, aecouipai^naient Son Excellence. Ils furent tous dîner à la Rarre, au delà de Saint-Denis, eii France, dans la maison nouvellement ae(|uise par mon diet sieur ehaneelier. Au diet lieu de la Barre, uuulame la chancelière accompagna seule M. le chancelier jusqu'à Pontoise, où elle s'arrèla en la maison des Carmélites, dont l'abbesse était la pi'opre sieur de M. le cliancelier. M. le chancelier passa la nuit chez M. de Bou- Ihiller, surintendant des linaïu'es, qui l'était venu inviter à Paris (juel- (|ues jours auparavant. Le mardi 20, monseigneur s'en vint séjourner à (îaillon. qui était eiu'ore un domaine royal, (l'était ce même château de Oaillon, l.i UH-rvcillc italienne i'emplac('e anjourdlmi par une |»rison.
que le cardinal dAmboisc avait élevé sur ces banleurs mai;iiili(pies avec l'argent des (lénois, et comme un souvenii' excellent des victoires de, Louis Xll en Italie. La république de Venise avait donné au cardinal d'Anibitise les deux fontaines de marbre, un des plus rares ornements
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(le ce riche palais presque ^^éiiois. Plus lard, le cardinal de Joyeiise avait été le maître bienveillant du château de Gaillon ; François de Harlay, archevêque de Rouen, l'arrière-pelil-neveu du cardinal-légat, avait encore embelli ce lieu magnifique. Il y avait même fondé l'Académie de Saint-Paul en l'honneur de l'éloquent apcMre; il y avait établi une imprimerie, qui signait ainsi tous ses livres : Ex Ujpographiâ Gallioueû; lui-même, dans une idylle virgilienne, François de Harlay, il décrit cet entassement harmonieux de chapelles, de tableaux, délivres, de bosquets, de limpides fontaines, et tous les souvenirs de cette nouvelle Athènes, dont plus rien ne reste, sinon quelques fragments admirables dans la cour i\eV École des Beaux-Arts. An château de Gaillon, M. le chancelier et sa suite furent reçus par M. l'archevêque François de Harlay, et traités avec une magnilicence digne d'un ami de M. le cardinal. M. le chancelier reçut les visites des principaux des environs, Yernon, Andely, Gaillon; il fut harangué par M. Godard du Becquet, un des plus braves magistrats du parlement deNormandie,un des sauveurs de Rouen, durant les pestes de 1650-1657. — Notez bien que le gouverneur dePontde-l'Arche, de Pontoise et du Havre n'était autre que le cardinal de Richelieu! Aussi François de Harlay avait-il supplié M. le cardinal, dont il était trois fois l'archevêque, d'éloigner de la ville de Rouen tous les châtiments que lui apportait M. le chancelier. — Mais rien n'y avait fait. — Le cardinal voulait châtier la ville rebelle. — Le vendredi 23, messieurs du parlement de Rouen s'en vinrent présenter leurs hommages à M. le chancelier; vinrent ensuite les députés de la ville de Rouen, qui voulaient aller jusqu'au roi. A quoi le chancelier répondit : Je vous le défends! Sa Majesté a résolu de tirer u)i châtiment exemplaire de la rébellion. La veille au soir, le peuple de Rouen, voyant élever une potence sur la place du Vieux-Marché, avait chassé les bourreaux en criant leur cri de guerre, le cri national, l'invocation du Normand d'autrefois: Raoul! Raoul! Ah! Raoul! Mais le prince-roi n'était pas sorti de sa tombe! — Le samedi 24, niondit seigneur, après la messe, monte à cheval, et va tirer un daim dans le parc. — Le dimanche 25 , le chancelier assiste à l'office des chanoines du château; le même soir, arrive le colonel Gassion de la basse Normandie, où il avait exercé toutes sortes de rigueurs. Entre le magistrat et le colonel, il y eut longue délibération sur l'état de la ville de Rouen, le nombre des habitants, les logements à donner à la troupe. La ville fut divisée en neuf quartiers; le (juartier de Sainl-Ouon fut réservé au chancelier et à son conseil, la cavalerie eut les faubourgs. Après le di-
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lier, M. «le Tiassioii iiionlc dans un carrosse à six dicvaiix, cl il va couelierà Rlhoiif, M. \e cliaiicclicr l'ayant acconipai^iu; jusqu'au uiiliou de la iirand'sallc, plus avant inruie (ju'il n'avait l'ail pour MM. les députés (lu piulcMicnl. — Le mardi '27, nnuidil sieur le clianeelier 5'<'.sf punjé. — M. de (IriuHuiville, deuxième président du parlement, ne peut pas tdileniratulience. — IMus (jue jamais tout se prépare pour le ehàlinient de la ville ; la ville est pleine d iiKiuiétndes et de méfiances. Le chancelier <iuilte(!aill(ui le ^9, il s'arrête à l'ont-de-l'Archc; car, avanld'enlrer dans la ville de lîouen, il veut que tontes les troupes soient logées. Pas une maison ne sera exemptée du loi^ement militaire, non pas même les maisons des présidents, conseillers, gens du roi et auti'cs ofllciers du corps (le la cour. A INml-de-l'Ardie, la voilm'e de M. le chancelier est saluée de vingt-trois coups de canon; la garnison vient pour le recevoir et soiis les armes. (Cependant les troupes de M. de Gassion s'étaient emparées de la ville et des laulKuirgs. » Les lanhourgs de Ilouen (et Darnelal), « Saint-Sever, Saint-Hilairc, IJeauvoisine, Bouvreuil, 3Iartainville, << Cauchoise, ont recongneu, ta leurs despens, quelz sont les elTects de (. la guerre ; icculx l'auxliourgs ont esté du tout rnynez et ahandonncz « des haliitanls se relii'ant dans les hois. » M. le chancelier lui-même reconnaît les désordres de celte hande armée : » Ce sont, dil-il, des " voleurs et non pas des soldats; ils ruinent tout où ils passent; il y a «< deux compagnies à Louviers qui mériteraient d'être cassées. » — Chez M. le chancelier on hoit à la santé du roi et de Son Eminence, avec les respects ordniaires, debout, et iiiie tète et le ciDioii!
Enfin, le lundi i2 janvier, le chancelier marche sur Uonen. Le cortège se composait de vingt-trois voitures, accompagnées de douze archers du grand piévot. A Andely, deux cents chevaux commandés par M. de iMaulevrier, bailli de Uonen, puis à un quart de lieue plus loin, M. de Gassion avec dix escadrons de cavalerie; le régiment d'infanterie hordail tous les faubourgs jusqu'à Saint-Ouen. — Aujourd'hui encore, dans le salon d'attente de M. le premier président Séguier, à Paris, on admire un magnifique portrait de son aïeul le chancelier Séguier, peint par Lebrun. Le chancelier est monté sur un cheval blanc; il est entouré de ses valets et de ses pages ; il porte une robe de drap d'or : c'est le magistral souverain dans son jtlus magnilicine appareil. A l'entrée de la ville el quand l'artillerie du vieux château eut fait silence, le lieutenant général haiangua monseigneur. — Le chancelier vint ensuite prendre pied dans la maison abbatiale de Saint-Ouen, un de ces vieux monuments des siècles passés, (jue la ville de Uonen regrettera toujours. Dans ce palais
avaienl logé bien tles rois de France : François l", Ihîiiri M, (Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XIII; Louis XIV y viendra à son loin". M. le chancelier a reçu d'abord le pain el le vin du cl)a|tilre ; puis le corps dn parlemeni, étonné et craintif de l'indvjnation du roij, et les jiaraniiues de la clianiltre des comptes, de la cour des aides, du présidial de Rouen, des officiers de la viconilé, les uns et les autres se plaignant des armes et des soldats qui entourent monseigneur. — Le mardi 5 janvier sur les huit heures, Touste et Leguay, huissiers du conseil, avec leurs chaînes d'or et bonnets de velours, se sont transportés en la cour du parlement, et entrés dans la chambre dn conseil, a dit l'huissier Touste — qu'ils étaient envoyés de la part dn roi et de monseigneur le chancelier, pour leur signifier la déclaration de Sa Majesté, portant inlerdiclion de leurs charges, comme en effet il les interdisait : " Puis qu'il a vu et souffert qu'une population mutinée ait pris les « armes, aye demoly les maisons qui servoient de bureaux a nos re- <- cettes, aye trempé ses mains dans le sang de ses concitoyens... le « parlement de Normandie, par un privilège particulier ayant le comman- « dément des armes dans Rouen. » Tout comme le parlemeni, la cour des aides fut interdite, avec réunion de leur juridiction à celle de Paris. Le même jour toutes les affaires du parlement de Normandie sont évoquées au conseil jusqu'à ce que, « par Sa Majesté ait élé pourveu de juges pour faire fonction du parlement interdit! » — En même temps, étaient envoyés au vieux château les lieutenants et enseignes d'une des compagnies bourgeoises de la ville. Pas un des iiieiuhres du parlement dissous n'obtient la permission de sortir de cette ville pleine d'épouvante. La fête des Rois, cette heureuse fêle qui a immortalisé dans la Normandie entière tant de gais Noëls, tant de chansons populaires, ce fut à peine si la ville s'en souvint pour se lamenter davantage. La veille des Rois, les enfants oublièrent de chanter, en promenant leurs Colinetles, la joyeuse chanson :
Adieu Noël, (Jm ■■^''n vi.iil
Noël s'en val Ku pIruiMiil,
Il reviendra l.i' ['lit Colin
Qu ind~, il voudra ! Qui porte 1' vin;
Sa femme à cheval, ' La p'tite Coliiieltc
Ses p'iits enfants IJui porte la t;alelte.
Ou bien encore celte chanson, le soir :
Adieu les Hoisl Hoii/c mois passés,
.lusrpi'à (loii/.r mois: Vou> le> reverrez.
Les pauvres eux-niémrs, qui n'étaient jamais oubliés dans ces lètcs
LA NO 11 M ANDIK. ÎS"
l»>nrliaii(os (le la raiiiillt', il leur l'allitl reiutuccr à leur pari du liàleaii, car les \o\\ eiilaiiliiies iiavaiLMil pas ciiaulé le refrain de raumôue ;
Monsieur de ci'-uis ri luailmn' ;uissi.
Doimcz (le vos biens ;'i ci' [inivir k i : One ràiiii! lie vous Aille en |iar,iili< i;i l;i uôtri' aiis>i.
l'Iiiili. |il,uii lit, aiit::nl île lèves que île pois, l.:i part au bon [lien, ma bonne il ;in". s il voii>, pi lit î
(leei soit dil en riHHiiiciir «lu lioii i't»i Henri I\ ; assiéi^ée par les soldats du ({éariiais, l»(iiicii n'avail pas cessé d';iliiiiiier les feux de joie et de crier : .1(//V(/ Xoèl, el If Roi boit ! 0[»priiiiée par M. le chancelier, la ville resta muette et silencieuse; les cloches, (|uidevaieut sonner à loule volée, ne donnèrent pas le sii^nal acconluiné de l'alléi^resse puldi(iue. A l'hôtel de ville, il ii'v eu! pas de ri)'i de ht fève (|ui semait autour de lui les drainées el les lleni's. (;ha(|ue hahilanl se tint tristement renfermé dans sa maison avec son liùle. l'insolenl soldai de M. deGassion. — Le bureau des s;"ahelles est rélahli, les officiers du ii^renier à sel sont réintégrés dans leurs foiuticms. — Le 7 janvier, les supplices comiiiencent ; un homme est roué vif; (juatre hommes soûl menés au gihet, on il ij avait fie la jilarc : car pas un h ihitanl n'avail voulu assister à celle exécution (le gens condamnés rcvbaU'minit et miiitaivemcnt, sans avoir été ni r//.ç ni entendu.-; par leur ddux juge. — (îrande messe à la cathédrale. — Le chancelier \isite les l(unheanxdes cardinaux d'Auihoise el d'Estouleville el des seigneurs de Hrézé; il salue la châsse ou fierté de saint Romain, <|ne devait p(»rter sur ses épaules, depuis la liaut(; vieille lour jusqu'au maître-autel de la cathédrale, le prisonnier délivré le jour de TAscension. Dans le trésor on montre à monseigneur la mitre du cardinal dRsIoutcville ; il visite la liihliothèciue composée des livres du château de (lallion, envoyés a Rouen par M. de Harlay, el la hihiiolhèque fait présent à M. le chancelier, grand amateur de livres, d'un bel exemplaire des Conciles d'Esjiaane. — Quatre cavaliers se portent aux dernières violences sur une jeune lille du faulioui'g S;iiul-Sever. — Dans un ménuiire au roi, le chancelier propose de « laser l'hôtel de ville et mettre à la place une pyramide où serait (jrave l'arrêt du conseil. « Le cardinal de Richelieu répond qu'il n'approuve pas le rasement de l'hôtel de ville de Rouen! A l'hèlel de ville élaienl renfermés viniit-cim| pièces de canon, vingt-rin(( ar(|uel)US(S à croc, six mille cim| cents houlels, vingl-ciuq mille li\res de poudre, el des cuirasses, j)i(jiu\s, mousijuets, etc.;
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sur (inoi luiil M. le chancelier fail apposer les scellés. Les I)Oui\e:eois et le corps de partie de Saiiil-Oiien soiil désarmés. — Seule, la rue de la Poterne, apparlenanl aux relii;ieu\ de Juuiiéges, est exemple de loul loi^emeiil mililaire, pour èlre resiée fermée durant la sédition. — Visih; du chancelier au vieux palais hàli par Henri V el Henri VI, lois d'Anuleleri'e. — Heux hommes exécutés à niorl sur l'ordre verbal du chancelier. — Les deux IJaillehache frères sonl hannis pour lr(»is ans, |iour avoir été à tous les hureaux pendant qu'on les pillail, jxir cuiiosite ! — De Rouen, M. le chancelier s'en va en hasse JNoiuiandie, à dos de mulet, car il appreiul que les carrosses et chariols ne passent que diflicilement au delà de Bayeux ; il part, non pas sans avoir fait traîner les canons de l'hôtel de ville au vieux palais, à la grande consternation des hahilants qui rei;reltent leur artillerie. Et vous pensez si la haine contre le cardinal de Richelieu fut singulièrement augmentée. — On visite l'ahhaye de Jumiéges el l'ahhaye de Notre-Dame du Rec-Helloyn, qui eut pour ahhé le docte Lanfranc, fondateur de l'ahhaye de Sainl-Elienne de Caen. Le samedi, M. le chancelier couche à la Bouille, à trois lieues de Rouen. Le mardi (14 féviier 1610) M. le chancelier dînait à Lisienx chez l'évêqne, « lequel étoit au liout de la tahle, velu de ses rochelel « camail. » Le jeudi 16, entre deux et trois heures après midi, est arrivé à Caen, dans sa litière, M. le chancelier, suivi de son carrosse. Les ofiiciers du présidial el de la vicomte avaient élé , en longues rohcs, le saluer; il lut harangué en latin par le recteur de l'université de ladite ville, Pierre de Halle : " Mondit seigneur répondit eu fort hons termes latins. » Il s'entretint ensuite des dil'licultés des chemins de Rouen à Caen, chemins étroits et fort difficiles, où il avait pensé perdre ses mulets, sans compter le grand vent qu'il avait soufl'erl à ciieval.
Entre la rivière dOrne et de Divc ', du côté de la mer, est située celte ville toute normande à qui les poêles, rien ne leur coûte, (uit donné liour fondateur Caïus César, pendant (pie d'autres plus modestes ne remontent pas plus haut que Caïus, le cuisinier du roi Artus. Les Normands de nos premiers cha(titres, venus dans les Gaules trois cents ans après les Saxons, ne se sont guère occupés de la ville de Caen cpie sous Richard l", duc de Normandie; mais, dès lors, Richard L'appela la ville de Caen une de ses bonnes villes. Roune ville, enelîet, car il est (jucstioii de sa douane, de ses églises, de son port ; seulement le château de Caen,
' Oriijinos de hi rillo de Tr/^ii. |i.ii(loiii Iluct. ('vr(|iic il'Avr.mclios. •
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l'alibayt' de Saiiil-Elicimeel de la Tiiiiilé n'ont itasciicorc, à celle époiiue, trouvé leiirsillustresromlaltMii's. — Au treizième siècle, (îuillauiue le Hreloii, le [toëletle lMiili|>ite-Ani;Mste, compare la ville ileCaen à I*aiis.- \'ille normaiule selon les uns, — ville de londalion saxonne selon les autres. — Si une ville commence à la première liulte, nous sommes Gaulois, ajoute revenue d'Avranclies. Toujours est-il cpie la ville de Caen, parsa position même, n'est pas une de ces capitales dont l'emplacement parait indiiiué à l'avance par les volontés et les liesoins de l'Iiistoire. (l'est une de ces villes liien venues «|ne la sai^esse des liommes Itàtil peu à peu, parce (pie le ciel est pur, p.uce (|ue le sol est Fertile, la rivière obéissante, le vent clément, le sideil lacile au lalioureur, tout comme la teri'e. Ajoutez à ces biens de la terre et du ciel, un peu de libei'té, un |»eu de couunerce au moyen de rOcéan (pii n'est pas loin. — LcchàtcaiKh' Caen.
■si finement (iraiid et plantureux, comme dit Froissarl, eut pour son premier fondateur Guillaume le lîastard. Là, il venait passer plusieursmois cliatiue année avec sa femme Matliilde ; il avait élevé le cliàleau de Gaen pour se défendre au besoin contre les rébellions des seii^neurs du Hessin, et pour rester maître de la rivière de l'Orne. C'est ainsi (|ue, pins lard, avec les carrières de ces livages, Guillaume devait bâtir la Tour de Londres sur la Tamise. — On voil encore la trace des tours cpii entouraient la ville. La tour de la C"r/f/('. — lùnicher Pastourel. Cardin l'Absdln. — La l(Mirde GnUlanme le lioij. du Lanihns, Henanit le Marclunnl.
/.se. l.A NOK.MAM)!!-:
— La loiir (lu Massacre, « en soiiltveiiir des ravages de; rAni;lais, en 154G. " — Suiis h; roi IMiilippe de Valois, celle i;i'ande cité de (laen, pleine de lvès-(jrande drapiierie, et de tontes niairhandises, et de nobles dames, et de belles éylises, demanda el olilinl la permission de se clore de fossés, demurset de portes, à qnoiIMiilippe-7\iiiinsleconsentil volonliers.
— La ville n'avail pas moins de donze porlcs : la porte du Bac, de Saint- .hdlen, MiUet, Artus, i\t^s Jacobins, du Chantier, Saint-Jacrpies, etc. — VA des ponts, — le ponl Suijit-JactpieA, aux Y^aches, les Noës. — Pont-Caurel, — VauceUe. — La porte du Pont-Saint-Pierre était le grand passage de la haute Normandie dans la basse Normandie. — Le faubourg de VauceUe [Vaticella], petite vallée. — La rue Uamoise mcwe, ixw pays d'Hiesme.
— Dans la rue Fremoital soulfle le vcnl de bise. — La rue de VEnguennene, parce qu'elle était pleine de u archands et de bateleurs, durant les foires, sous le roi Louis XL C'est le roi Louis XI qui avait donné à l'éinlise de Saint-Pierre la rue de la Poissonnerie, connue on pourrait le voir sur un tableau i)eint dans le vitrail. La l'ue Gatte-MooJe a. été nommée par les Anglais Honhjatte, basse porte. C'est ainsi (ju'à l'aide des noms seuls d'une ville de quelque anti({uilé, vous pouvez recomposer l'histoire de ses joies et de ses douleurs, de ses grands criminels el de ses grands hommes. Pour qui la sait chercher avec zèle, avec dévouement et respect, l'histoire est partout; elle prête à chaque chose son charme et sa grâce, et son éloquence ingénue; tout plaît eu elle, el surtout la rouille des vieux temps. Sur ces murailles, les grands seigneurs et même les bourgeois de la ville oui inscrit leurs titres de noblesse. Voici tantôt trois cents ans que la ville de Caen se glorifie de la dame ()z-e)ine, de la famille Qaojiiam, el de Guérin le Bourgeois : témoin la rue Guérin-Bonrgeoise. — Souvenirs heureux ! Le carrefour de ÏÉpinette vous rappelle l'aubépine en fleur du temps de saint Louis; là, les jeunes filles venaient danser aux chansons. — Hélas! la place du pilon ne manque guère dans les villes du moyen âge.
— La rue m/.r Fromages,, du nom d'un bourgeois de la ville nommé Fromage, et plus vieux de cent ans que Guérin. Les beaux esprits l'avaient appelée rue aux Fromages, pour faire une petite pointe d'esprit, et la pointe a réussi à merveille. — Hue Penmégnie, grande matière à controverse! En langage normand, Mesgnie signifie tous les habitants d'une même maison — domus. — Mais Peumégnie ne s'applique guère au passage Irès-fréquenté qui conduit à lîayeux ; si bien que M. Huel a trouvé que la rue Peumégnie venait d'un mol grec : Poemenikè. pastorale. — Cornets inix brebis, — au.r moutons. — Cornet, c'est-
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à-ilire les leires sur Icsiiiicllos r("i>osaieiil les revenus de eei'Iains ccclésiasliiiues appelés Coiitcts, de la l'oi-uie de leurs cliapeaux. — (lollcville, Hciuuivillc, («ihcrvilie, (-auilircs, (-aii'tui, anlaut de corth'ts. — Hue de la ('ervoisièri'. A la bonne heure, voilà un uiol IVaueais, Itieu (jue la cerroise, la Mèie, S(»il une boisson de loule anli(|uil('' ; le cidre, loul vieux ipTil est, doil s'incliner devant la ccrvoise. Dans les (iaules, dans l'Espai^ne, dans la (!rand(>-Hrelague, dans rAlleniai^iie, dans rillvrie, dans la Pannonie, et dans la Scylliic;, les peuples priuiitils s'abreuvaient de cervoise. Ci'ivo'isc. un mot i^aulois, au dire de Pline. Au Jaj)on et cliez les (laraïhes de l'Auiériiiue, on saxait brasser la cervoise. Le premier (jui a bi'assé cette licjueur divine, c'est le dieu Osiris. Hérodote lait l'éloge de la biéi'e; Eschyle en parle dans ses vers ; Théophraste ne niel pas eu doute l'origine égyptienne ; reui[»ereur Julien, qui aimail les Gaulois, leur l'ait les honneurs de cette boisson ; — ceci soit dit sans lien oler à l'an.tiijuité du cidre et du poiré. Virgile attribue aux Scvthes, aux Thraces, aux habitanis des Palus-Méotides, Tusage de la bière el du cidre. Pline a()pelle dit vin (le llalteni'!) toute espèce de boisson laite avec des pommes et des poires. Arthémidoi'e, qui passa plus d'une année dans l'Asie Mineure sous l'empereur Adrien, parle du poiré avec de vifs éloges; mais cel Artliémidore était un grand philosophe coulent de peu. Timothéc buvait du poiré, lorsque saint Paul lui conseillait de boire un peu de vin pour réchauffer son estomac délabré. — Le cidre est reconnu par Plutanjuc connue la boisson de ses grands hommes. — Les Ethiopiens savaient l'aire le cidre à merveille. Tertullieu el saint Paul btnl l'éloge du cidre jiliis doux que le DÙel. plus iictilldut (jut' le vht. Les Caraïbes de l'Amérique faisaient déjà de la bière et du cidre avant la découverte du nouveau moiule. Martial, marié à celte jeune femme qui était venue à Rome tout exprès pour le faire heureux et riche, citait à bon droit la douceur des pommes de l'Espagne. 11 parait que les premiers maîtres des Normands, dans l'art de fabri(|uer le cidre et surtout dans l'art de le boire, ce sont les Bas- (|ues, navigateurs aussi hardis (pie les Normands, et non moins avisés. — Dans les capitulaires de Charlemagne, il est question des siceriitorefi, faiseurs de h'ière, de ponune. de imii-e. — Sirei'u, un mol hébreu, (iiiillaume le Breton, qui a dit tant de choses dans ses vers pétillants, |)arle du cidre du pays d'Auge : Sicera'(iue tumeutis... Ahf'iu potatvix. Il eût fallu entendre Pierre de la Longue, le vif écolier, déplorer l'énorme tpiautité de cidre qu'entonnaient elia(|ue jour les soldais allérés de M. de (iassion ! — A (laen aussi bien que dans l(tute la N(»rmandie, le
iSS LA NO l{ M A M) m:.
ridre piil jtcii h peu le dessus sur l,i liière. Au milieu du seizième siùele, la Itière lui loul à l'ail déliùuée, ainsi ([ue le hochet. 11 n'y a que les vieux INonuauds de vieille souche ipii |uiisseiU savoir aujourd'hui ce (|u'élait \e hochet ! {)[\[m(\ ell<; avait hieu pi-essé son miel, une bonne ménai:ère jelail dans l'eau la cire (|ui reslail au fond du pressoir, el celle eau lermenlée u'élail pas Siuis avoir son alcool el sa douci; saveur. Saint JérouKî a j>arlé du hochet : « J'aiipellt; une lioisson dan- « gcreuse toute hoisson qui peut enivrer son homme, lirez-la du hlé " lermenlé, du suc de pommes, de la cire privée de son miel, ou de « loule autre façou de faire de l'eau une liipieur! » — Nous n'en liniiions pas si nous voulions ainsi, rue par rue, et carrefour par carrefour, chercher l'hisloire de la ville de Caen. — Là, s'élevait, avant (jue les calvinistes de 1502 l'eussent ahatlue, la Croix pleureuse ; c'est toute une histoire que celte Croix pleureuse. A sou retour d'Aui^lelerre (iuillaume le Coiuiucraut revenait à Caen dans toutes les joies superhes du triomphe, sa femme Malhilde s'en va au-devant de son époux, et, mal conseillée par le comie du Mans, Mathilde demanda à Guillaume — le trihut des bâtards. Guillaume alors, ouhliant que luimême il s'est surnommé le Bâtard, coijnomine hatardus , entre en ii;rande fureur; il saisit par ses loni-s cheveux sa fenuue épouvantée, el il la traîne dans tout cet espace qui sépare Vahhaije de Saint-Étieniie de Valthaye de la Trinité. C'est la colère du frère de Camille, Horace, qui tue sa sœur. Bientôt revenu à des senlimenls meilleurs, Guillaume le LJàlard fait élever à cette place la Croix pleureuse! L'histoire est hien trouvée, mais vous êtes parfaitement les uiaiires de n'en pas croire le premier mot. — Mon Dieu! ce n'est pas d'hier seulement que cette vieille cité normande a chani;V' de physiononii(>. Dans le moyen ai^e, les maisons étaient en hois; les charpentiers de lu (jrande et de la petite coiijuée faisaient en ce uenre des chefs-d'œuvre; la ville de Caen, et surtout la ville de Houen, ont conservé d'admirahles échantillons de ces maisons toutes parées au dehors. Toute maison ainsi construite faisait saillie sur la rue : elle tenait à montrer toutes ses j^ràces, elle faisait vanité des ornements dont elle était surchargée; plus elle avançait au dehoi's, plus elle donnait d'espace, de sécurité et de hienètre aux hahitanls, a la mes(jnic. Les états d'Orléans leiuis en 1500 lirent siijnilier à toutes les villes du royaume que désormais les maisons fussent hàties en saillies, et (jue dans les constructions à venir seraient employés le moellon, la liri(|ne ou la pierre de taille. — Tour l'iisaiie des marchands les villes hàtissaieni les halles el les porches; plus la iMie
1, A NO KM \ M)l K. 'iSU
(>sl iiiarcliiiiiilt' , plus ou ('lèvi' de |i(»rclR's. — \ (tila pour les nu's (•(•Icbrcs (le la \ illc de ('aeii ; les liùtels el les maisons liisloiiijues ne uiaii- (juoiil pas. \Ji<)icl (le licurroii appariruail à Pierre (IHarciuirl, manjuis «le Heuvrcui. — La eour de ïromrt , pn-s, jardins el roulaiiies. — l/hôlel Rielianl le Chuticr, dans lecpiel a loijé le roi Charles Vil (() juillet de Tan 1 ioO Nusipril eul repris la ville de C^aen sur les Anglais. — Le (jrand et petit liocli , l)àli par Gomar-Auvi"ay, marchand el chirurgien de la ville. — La Maison de réchiifujev, située dans la rue Exnioise, aboutissait à la rivière dOrue ; là se voyaient encoi'e, sous le règne de Louis XllI, les restes de l hôtel {\ii<. Templiers. — Le Palais êpiscupal signalé par les armoiries des évèipies de Baveux. — \j hôtel du l'oni- Snint-Vierre, l'Hôtel-de- Ville , oîi l'on a acconttwiê s'assembler pour le fait, hesoyiies et négoces, touchant /'honneur de la ville et du pays. Là, maitre Jean l Abbé, cordelier du couvent de Caen, avait consli'uit cette savante horloge qui chantait les |dus beaux canti(iues. — Lhôtel de Goycui, giand écuyer de France et bailli de Caen sous les rois Charles Vil et l^ouis XL Parmi les enseignes illustres, les habitants saluaient l'enseigne des Qnaire-Fils-Aijinon et lenseigne de la 7V///V (jui file. — Voici encore la maison d'Lslienne du Val de M<uidraiuville , le marchand de blé; la maison de Pierre de lEnauderie , le bienlaiteur de l'université; et cette place glorieuse, la Bataille, où les bourgeois de Caen mit été égorgés, jusqu'au dernier, par les Anglais en 1417. — Dans son voyage, M. le chancelier Séguier ne trouva plus que les ruines du couvent des Cordeliers, que les [troteslanls avaient brûlé. — Telle était cette ville importante, la capitale de la Basse-Normandie. Elle avait le privilège de huit foires annuelles, sans compter le marché de chaque lundi. La foire du Vré, à la Saint Denis. — La foire de la Saint-Michel , en souvenir qu'à la Saint-Michel de l'an 1431 les Anglais furent surpris pai' Ambroise de Loré, chevalier normand, baron d'ivry, qui lit quatre mille prisonniers à l'ennemi. — La foire des Trois- Jours; et (piand l'un de ces jours était un lundi , tout le droit du marché appartenait à l'abbaye, au Ihurij des Moines, comme on disait: la ville, en elfet, se divisait en Bourg des Moines et Bourg du Roi. Bourg voulait dire tout à la fois un bourg, une ville. — La ville de Caen, dans ses armoiries, portait de gueules au château donjonné d'or; Charles Vil, lorqu'il l'eut reprise, lit porter à la ville coupé d' azur et de gueules aux trois fleurs de lis d'or. — La ville de Caen, comme toutes les villes normandes, avait sa vicomte et son bailliag(! , dont la justice s'exei'çait dans les sièges de Ciaen, de Bayeux , de Falaise, de Vire, de Thoiigny, de Saint-Lô. Par lettres patentes de loo2, le siège
'm l>A \0r. MA N DIK.
|ii('!si(liiil iivail ri/' ('Uihli à (î;ien : It^ U'ibiinal se romposail d'iiii liciilcnaiil t-tinéial, criiiiincl, parliciilicr, deux i>eiis du mi, dix coiiscillcis. Des dix-sepl recelles i^éiiérales du royauiiu; , de la création du roi llonii II, la ville de Cacii eu avait une. Déjà, en 1380, il y avait à Caen une cour des Élus, c'est-à-dire la réunion des hommes les plus considérables de la province , que la province nonnnait d'abord elle-mênie pour l'aire la répartition de l'impôt : « Madmnc la haillive n madame l'élue; >■ c'est dans Molière. Henri IV avait créé iieul' éleclions dans la seule généralité de Caen. — Caen possédait aussi un (/renier à sel. On ne sait guère quel roi de France a établi l'impôt sur le sel ; on hésite entre PhiUppc le Bel et rhilippe de Valois : l'un et l'autre étaient dignes de cette innovation, si funeste à l'agriculture. — Trois sièges d'amirauté a Caen, à Estrehani, à Langrune. — La juridiction des eavx et forêts, une vaste machine à mille ressorts compliqués : receveurs, lieutenants, verdiers , forestiers, gardes, autant de précautions conservatrices que la Normandie devait à la vigilance de ses ducs et un peu à leur amour pour la chasse. — La chambre des mommies : d'abord la monnaie avait été frappée à Saint-Lô avec cette marque C, comme troisième monnaie du royaume. — L'Hôtel-de-Ville avait aussi sa juridiction : la police, l'administration des affaires de la ville; les maires et les échevins étaient les arbitres des contestations qui se rapportaient aux manufactures d'or, dargenl, de soie, de laine, de fil, de teintures et blanchissages, jusqu'à concurrence de cent ciiujuante livres, en dernier ressort. — Le mercredi des cendres de chaque année, la ville procédait à l'élection de ses officiers; réleclion se faisait, en présence des magistrats, dans l'église des Jacobins. On choisissait les gardes du dépôt au blé, les gardes des métiers; chacun des échevins avait droit à une robe aux frais de la ville. On les ap{ielail bounjeois jurés, conseilltrs et fjouvcriteurs de la ville; ils avaient de droit la (lualité d'écuyer. Le noble et le bourgeois étaient égaux devant l'élection. La ville avait un procureur général, un procureur syndic, un procureur des bourgeois; elle donnait à chacun dix livres de gages. Le greffier avait pour titre : clerc-juré, notaire et cUrc, le sergent s'appelait varlct, serviteur de la ville, à soixante sous de gages par an. — L'abbaye de Saint-Etienne et l'abbaye de la Sainte-Trinité avaient leurs juridictions, dont le ressort s'étendait sur les vassaux de leurs seigneuries. Ce qu'on appelait la grande sénéchaussée de Normandie, cui cour delà provision, n'était pas une juridiction particuilière à la vilh; de Caen, mais au c(uilraire elle s'étendait sur la vilh' entière.
Lesjc»a" de l'arc, de l'arbalète, de l'anpiebusc, sont autant de \i('illes iusli-
LA NOIIM AM)I K. MH
liiliolis chères à la jiroviiico dt" ^oi'iiiaiidit^ ; U; pnpciinai élail le jt^ii tl(;s jeuiios i;ens : on leur eiisei^iiail de bonne heure l'adresse, le con[) d'ceil, l'exerciee des armes el le respeel ([iie doit porlei' loiil hrave homme à larnie tiui le défend, (.elui (|iii avait altallii \{\ papcjiitui (''lait roi di; lar- ((iiebiise peiulanl Irois aimées conséciilives; il élait exempt, durant sa vie, de tous trihuls, aides, tailles, subsides, (jiialrième el autres droits: il avait le litre de capitaine des ar(juel)usiers. Le pré des arcjuebusiei's avait n(Mn : le pir des Etuis. — I{ien (pTavec les deux abbayes de Caen, Saiiti-Eiicit.'if et la Triitiic, mi poiu'rail composer une grosse histoire. Ces deux ahbayes lurent bâties par (iuillaume le (]on(]iura)i! et par Mathilde sa lenmie ; Guillaunu^ appela des religieux dans son abbaye, Mathilde des religieuses dans la sienne. Le célèbre LanlVanc l'ut abbé de Saint- Etienne ; la première ahbesse de la Trinité s'appelait Mathilde. Les pierres i|ui ont servi à construire l'abbaye de Sainl-Ktienne, et qui conservent encore à celte heure le |)oli et l'éclat du marbre, l'urent apportées de Vaucelle el d'Allemagne. L'un et l'autre, (iuillamne et Mathilde, ils voulurent être enterrés dans l'abbaye (pi'ils s'étaient bâtie. Là, en ellel, ils l'urent portés, Mathilde en 108.'^, Guillaume en 1087; mais ces lombes , longtemps respectées, l'urcut outragées i)ai" les Anglais, par les protestants en loO^, par les révolutionnaires de 1793. — L'abbaye l'ut longtemps une forteresse, et du sommet des deux pyramides on voyait venir l'ennemi. — Treize paroisses et un grand nondjre de monastères : Saint-Étienne, Saint-Oiien, Saint-Michel, Saint-Pierre sous Caen; l'Hôtel-Dieu est une des plus vieilles inslilutions de la ville et des plus saintes. Une charte de Philippe le Long, de l'an 1323, conlie le soin des malades de l'Holel-Dieu àdcsjhtnnesancici:nesreli(jicusc.s. — Le couvent des frères Jacol)ins reconnail le roi saint Louis pour son royal fondateur. — Le véritable fondateur du célèbre collège des Jésuites de Caen, c'est le roi Henri IV; il envoya le pèi'e Colon pour prêcher le carême à Caen. Mais comment compter toutes ces institutions religieuses'^ — Muladreiie, pauvres renfermés , templiers, pères curmes, pères cordeliers, pères jacobins, pères capucins , religieuses ursulines , de la Visitation, bénédictines, de Notre-Dame de la charité, nouvelles converties , béguines, religieuses hospitalières, sans compter les frères du Sac , ces mendiants de Saint-François, (jue le roi saint Louis avait fait venir de l'Italie à la prière de la reine Blanche. Quant aux chapelles, « la connaissance du nombre et des fonda/ions des chapelles de Caen est presque impossible. »
Ainsi se composait cette seconde capitale de la Normandie, «piand M. h; chancelier V vinlappoiter la terreur ;in nom du cardinal de llichclieu.
La ville était garnie de bonnes murailles, avec deux lours et iiii<; chaîne fermant la rivière sur laquelle arrivaient les hanjucs bretunnes; Caen, c'est-à-dire Caii domus, la ville de César. — Dans la Ijililiûlliè(jue, qu'il visite en détail, M. le chancelier, grand amateur de livres, l'ail choix des ouvrages (jui manquent à sa collection; mais il faut le lui pardonner, puisque cette collection a été le riche et précieux connnencement de la hihliothèque de Saint-Gerinain-des-Prés. Le vendredi ^4 février, commencent à Caen les opérations de M. le chancelier, et elles se ressentent de la rigueur du tout-puissant cardinal . interdiction des ofiiciers de ville, du lieutenant général et du procureur du roi. — Le soir, sur les quatre ou cinq heures, ont été conduits à Caen deux prisonniers, l'un desquels on disait être le capitaine des va-uu-picds; le chancelier le fait rouer vif. — De Caen , la commission Séguier se rend à Bayeux , cette aimable ville, à la cathédrale élégante; là sont réglées les indemnités dues aux habitants de la ville. Au dîner, M. le chancelier, le colonel Gassion , le chanoine de Lalande et le père Lecouen, jésuite, dissertent de la présence réelle, et le chanoine de Lalande écrase le colonel sous force textes grecs et hébraïques. — A Saint-Lô, à Coutances, nombre de femmes et d'enfants, à genoux, crient : Merci et miséricorde^. — Sur le marché de Coutances, on dresse une potence à quatre branches. — Malheureusement un grand nondn'e de nu-pieds s étaient retirés aux îles de Jersey et de Guernesey, entre autres le baron de Pontribert, dont le chancelier envoie démolir Va maison. — Que voulez-vous! on fait comme on peut; on pend ce qu'on a. Les uns sont condamnés à la roue, les autres à la corde; quelques-uns subissent, au préalable, la question ordinaire et l'extraordinaire ; en vain les parents des condamnés prient et supplient M. le chancelier, rien n'y fait. Plusieurs maisons sont démolies à Avranches, plusieurs brûlées; tout le village de Cérancey devait être livré aux llannnes , mais enlin on se contenta de six ou sept maisons. — Ceci fait, M. le chancelier rentre triomphalenient à Paris le 27 mars, et il dîne le lendemain au Palais-Cardinal. — Vous voyez que le cardinal de Richelieu ne plaisantait guère avec la révolte. Vint le roi Louis XIV; dune main dédaigneuse, il écrasa le peu qui restait des libertés normandes. Le roi tout-puissant viola les privilèges des pi'ovinces et des cités; il fit de sa volonté la loi de tous, et, pour enrichir ses courtisans, il conlisqua les terres des sujets. Mais la liberté d'un peuple, qu'est-ce, pour le roi de France? Mais la propriété, à quoi bon' Toute terre est au roi : l'État, c'est lui! Il fallut donc obéir, sauf plus tard à se souNcnir des libertés passt'cs , (piaiid la rovaulé- de Louis XIV
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sera brisée à son tour. Alnrs vous verrez tout reparaître, tout recoiiinieneer . le droit se montre de nouveau; la libei'lé revient avee le droit: la révolntion d'Aiii^loterre et rénianci|tatioii de la Hollande portaient leur enseiiinenient avec elles. Le peuple ;it tendit cependant que Louis XIV eût déposi" dans la tond)e ce terriidiî l'ardeau de la UKUiarchie abscdue. Alors le peujile comprit |dus clairement que viendrait bientôt sou toui' à être tout-puissant. Au bout de cent quarante années, tout était détruit , et de celte monarcbie de tant de siècles dont nous avons suivi les progrès avec tant de joie vA d'admiration , il ne restait plus rien (jue le billot de Louis XVI, le roi martyr. Il faut ici mettre un terme à la partie purement historique de ce livre, nous l'avons écrite avec un dévouement qui nous fera pardonner quelque peu notre insuffisance. Eh ! quelle preuve plus sincère pouvions-nous donner de notre dévouement et de notre zèle à cette tàclie pénible (pie de laisser de côté, comme nous l'avons fait si longtemps, la i»artie pittoresipie de ce livre : le paysage, l'anecdote, la biographie, l'histoire non pas des conquérants et des magistrats, mais des philosophes et des poètes^ Plus ce côté de la question et de notre livre était de facile entreprise, et plus nous nous sonum^s tenu dans les aspérités du sentier. Comme à jdaisir nous avons allVituté les périls d'une pareille histoire, nous avons côtoyé l'abime d'un pas plus heureux que prudent, et notre ignorance même de l'histoire nous a rendu téméraire, téméraire par dévouement, non pas par orgueil. A propos de la Normandie, nous av(uis passé en revue l'Europe du moyen âge et des temps modernes: l'histoire d'Angleteri'e, l'histoire de France ont tenu une place égale dans ce livre, (jui devait en ell'et s'occuper à la fois des événements (jui ont agité les deux côtés de l'Océan. Pi'ovince heureuse, glorieuse, conquérante et pacifique à la fois, grande dans la guerre, puissante dans la paix, notre belle province de Normandie a été le plus vaste chanq) de bataille des plus grands capitaines: elle a vu à l'œuvre Rollon, Guillaume le Conquérant, Henri H, Richard Cœur-de-Lion, Philippe-Auguste, Duguesclin, le roi Edouard H! et son fils le prince Noir, et le roi Henri IV et M. de SiUly. — Par un heureux privilège de sa position et de sa b)rtune, tant (|ue la France appartient aux rois fainéants , la Normandie est gouvernée par les princes les plus habiles et les plus actifs qui aient gouverné le royaume d'Angleterre; aussitôt que l'Angleterre tombe à son tour entre les. mains de ses rois fainéants, et pis que cela, juste ciel! quand elle se meurt de honte, sous le joug du roi Jean sans Tei're et de S(Mi fils, abus la Xormamlie passe aux r(us de h'rauee, ipii rede\ieuueiil de
I, A N()KMAM)li;.
grands rois : Philippe-Augiislc, saint Louis, Charles le Sage, Louis XI, Francuis I", Henri IV. — La Normandie a prolilé égalenienl du savoir, de l'iiilelligenee, des exemples des deux nations; elle en a appris tous les arts; et même dans les conllils armés cpii devaient tout lu'iser, elle a su mettre à prolit la valeur des deux peuples, si bien (pi'elle a pu choisir entre l'honneur d'être Irançaise et l'ulilité d'èti'e anglaise; — elle choisit l'honneur; et certes, se voyant ainsi honorée, fêlée, applaudie, riche, vaillante et libre, à l'ombre de la France, la noble province peut se dire à elle-même qu'elle a bien choisi.
Maintenant il nous reste à passer en revue tant de villes opulentes, tant de riches paysages, à raconter les souvenirs épars sur cette terre opulente de la poésie , de la philosophie , de la littérature et des arts , qui surgissent de toutes parts. — Donc, en lin , laissons quelque peu riiistoire en repos. Assez de meurtres, assez de batailles, assez de trahisons! Bénissons la paix qui nous fait comprendre la vertu des peuples, la beauté des campagnes, et pardonnez à votre historien d'être l'esté si fort au-dessous d'un pareil sujet :
In nova aurgenlem. majora'/iie viribKS aii.saui, .\cc per iiKiccessos niefuenfem vadcrc s/il/ii.s.