I. A NOILMVNDIK
•iisa^.' lies uomricos .le la Nonnaiidi.' ; le haleaii a vapeur «ini luèle sa ruinée à la funiêe du clieuiiu île 1er ; enlin riionuue heureux ((ui oliéil a
sa lanlaisie, (iiii s'empare à lui seul d.- lous les nhes, de lous les j.aysayes, de lous les uuuiuuieuls, de Uiules les joies du elieniin, le poëte, le rêveur, le seul homme sayc, non pas des graudes roules, mais des souliers délourués, le seul voyai^iMir qui soit vérilahlemeul di-ue d'envie, l'homme ijui voyaiic à pied.
Belheuf! la monlagne, le jtare, le chàleau, les jardins, la terrasse, le renom d'un magistral à hon droit honoré; mais nous renonçons à déerinces vives el fugitives images, tous ces souvenirs, toutes ces descriptions, toutes ces merveilles de l'histoire qui est varialde el changeante, et de la nature qui ne saurait changer. Chacun le peut faire en moins d'un jour, ce heau voyage à travers ces prairies ferliies, ces lorèls, ces îles, ces moissons naissantes, ces ponunicrs eu (leur, à travers ces villages dont le nom seul est toute une hisUdre. Grâce au chemin de 1er, ce heau voyage est devenu pour le Parisien ce qu'était autrefois le voyage de Paris à Saint-Cloud. Le jour solenmd de l'inauguration du chemin de Uouen, un seul intérêt occupait toutes les Ames : c'était le spectacle merveilleux de celte ville de Uouen ipii vient attendre, an milieu de la prairie triomphante, les premiers voyageurs du chemin de fer. Certes, celui (jui, au milieu de la Seine, porté sur le j)ateau à vapeur, a s;ilué, ce jour-là, «l'un regaid enchanté la digne capitale de la
524 I A NOiniAMJlK
JNuriiiamlie; celui qui, pour la première l'ois, a pu aduiirer celle masse imposaiile des plus nobles eldes plus vieilles pierres de la France; celui (lui s'esl rappelé toul d'un coup celte liisloirc, ce poème de la Normandie, dei)uis les temps fabuleux du prince Uou jus(iu'aux batailles du roi Charles VII, jusqu'aux victoires du roi Henri IV, celui-là seul saurait dire quel esl l'elTel lout-puissant de cette ville placée là, pour donner la vie, le mouvement, l'unité à celle noble province. Mais cependant, pour compléter cette double invocation du passé et du temps présent, des souvenirs et des espérances, faites que la ville tout entière sorte de ses murs pour vous mieux recevoir; attirez-la dans ce vaste emplacement qui suffirait à contenir tous ses monuments, toutes ses rues, lous ses marchés et même sa cathédrale et les tombeaux de ses ducs; faites (pie celte garde nationale de Rouen, dans sa splendeur, couronne ces lavissanles hauteurs; appelez à vous, dans l'appareil cl sous les bannières de leur noble métier, de leur industrie, de leurs beaux-arts, tous
les citoyens de celle ville inlellii;(înle enlre toutes. C'est elle, la voilà ! c'est la ville des ducs normands et des rois de France! Dans le lointain lumineux la flèche de la cathédrale se dresse de toute sa hauteur; les vieilles tours ont pris un air de fêle, les montagnes applaudissent, la vallée répond aux montagnes, la Seine aux vallons, l'Océan à la Seine ! Sur son piédestal, le grand Corneille semble faire les honneurs de sa ville natale. Salut à vous, Corneille! salut à vous, le grand poêle; à vous qui avez trouvé bien mieux que l'histoire des Romains, qui avez Irouvé la langue des passions jeunes, grandes et fortes; à vous, le père
(lu r/(/ cl (lo Cliinit'iti', de ('iiiiKi ci de Polijcac te : il vous, rhisloi'ien iiispilaleiir de riiéroïsme dans Ions les siècles el dans toutes les croyances! Sailli à vous, le philoso[the, le chrtHien, le scepticjue! à vous, le j^n-and ministre dont l'empereur Napoléon aurait fait son premier ministre. Mais vous, le vieux Uomain des vieux temps de la répnlilique, vous qui n'avez pas voulu reconnaître Richelieu pour maître, vous n'auriez pas voulu être ministre sous un despote. Ograml homme! ô grand poëte! ô toi dont le dernier matelot du port sait le nom et le génie, te voilà donc triomphant et glorieux, reconnu par le monde et par les siècles! Te voilà donc représenté ici-Iias par une statue que nulle puissance humaine n'osera renverser, quand déjà la statue de Napoléon a été mise deux lois eu pièces! Salut à toi! salut! ton omhre seule est féconde, lu restes le grand maître de la parole el de la poésie, le maître toutpuissant de l'histoire et du drame ; et s'il y a de la gloire encore pour (juelque poêle en ce monde, c'est à l'omhre de ton manteau ! Telle était cette entrée de ce triomphe. 3Iais, pour que le triomphe soit complet, faites que les cloches sonnent à toutes volées, que le canon fasse retentir sa voix puissante; amenez à celte fête les magistrats de la ci lé, dignes héritiers de ces magistrats célèbres dont la jurisprudence a été si longtemps la loi suprême. Que cette noble cour ait à sa tète un homme aimé, honoré, bienveillant, éloquent*, àme intelligente, noble esprit, profond savoir. Demandez, pour toutes ces forces réunies, la bénédiction et les prières de ce prince de l'Eglise qui porte si dignement un des plus grands noms de la France, et de cet admirable clergé normand, courageux el dévoué, les dignes successeurs de ces nobles prêtres qui osèrent résister à la Sorbonne , et même à la cour de Rome, quand la Sorbonne et la cour de Rome furent d'avis que Jeanne d'Arc était hérétique. Appelez à vous, eu même temps, les plus belles personnes du pays de Caux, l'orgueil des fermes de la Normandie, et tous les laboureurs normands, le bon sens et la prudence en personne, et les marins de la rivière de Seine, dont les aïeux, même avant Christophe Colomb, onl pressenti le nouveau monde. Oui, certes, attirez dans ces vastes prairies celle noble et utile foule; ajoutez-y les plus beaux cavaliers, les plus fiers soldats de l'armée; en même temps, que le maire el les magistrats de la cité offrent à tous l'hospitalité royale de la ville; et enfin, faites que tous les nouveaux débarqués de Paris, le prince qui esl à leur tête, les trois ministres, la chambre des députés, la chambre des pairs, l'Institut, les belles-lettres, les beaux-arts, fraleinisenl avec
' M. lo |iirMiii'i pi(''>i(l('iit Fiiiiuk-CniiO.
LA NOHMANDIK
leurs frères de la Norniandie. Que les Ani^lais et les Français, dans le eommuii élan de ce patriotisme européen qui vient d'enfanter une œuvre si i;rande, rompent le même pain et boivent dans le même verre, et vous aurez encore une faible idée de ce grand spectacle du lieu, de la fêle et des bommes, auquel nous n'avons rien à comparer. Ainsi s'est
accomplie, ce jour-là, celle parole de l'empereur : « Paris, Houen, le Havre, sont une même ville dont la Seine est la grande rue. » Ainsi chaque labeur , cbaque dévouement aura sa récompense méritée. M. Locke, l'ingénieur anglais, a payé à la France la dclle que l'Angleterre avait contractée envers Bruuel le Normand. Locke a donné à la France son plus long cliemin de fer; Briinel a donné à l'Angleterre le tunnel sous la Tamise, noble et glorieux écbange des deux parts.
Nous voilà donc à Rouen. Mais, grâce à l'bistoire doutées pages remplissent tout ce gros livre, nous n'avons pas besoin d'écrire l'histoire de la ville de Fiouen, cette histoire est partout dans ce livre entrepris à la gloire de la Normandie. Tout de suite, c'est la première cité qui a frappé les yeux de Kollon. — Là, se dit-il, je poserai le siège de mon empire! — Ville déjà laborieuse et forle, quand la loi de l'Evangile avait à peine mille années. — D'où vient ce nom-là : Rouen? X coup sûr lesélymologies ne manquent pas, mais l'étyinologie est une façon de faire briller l'esprit des historiens. Laissons là l'étymologie pour ce qu'elle vaut, i'I disdhs, pour obt'if à la vraisemblance, pcul-ètrr plus {|u'à la \(''rité, (\uv
I A NI r\ l> VI V V l\ I I,'
LA NOUMANDIK. 527
(lu nom HothiniuKjHn, le nom latin de lelle cilé des Gaules, les Danois llrcnl : liouen, d'une terminaison toute danoise. A peine si les Commcri- (airt's de César font mention de celte partie des Gaules. — Ptoléniée, qui fut, ou peu s'en faut, un contemporain de César, parle, il est vrai, de linthiniuKjus, mais il en |»arle eu termes peu honorifiques, — Figurez-vous une bourgade de pêcheurs. Le prêtre dont la sagesse protégeait celte réunion depauvrescahanes sur le bord de la Seine indomptée était loul à la fois le prêtre, le capitaine, le magistrat. — Etrange adoration! Ces malheureux païens qui avaient à peine le pain et l'abri, ils adoraient la déesse la plus difficile, la plus railleuse et la plus coquelle de tout le paganisme, celle-là qui avait le ])lus besoin d'un temple de marbre et d'or, Vénus, la belle dée.sse de Chypre et d'Amathonte, la mère des Grâces et des Amours! Aussi bien ne dit-on pas que le premier évèque et le premier apôtre chrétien de ces rivages ail eu graud'peiue à renverser l'autel de celle Vénus sur le Itord de la Seine. L'austérité chrétienne convenait bien mieux à ces âmes rudement trempées que la déesse Cypris. Ouand les Uomains, maîtres des Gaules, les eurent partagées en provinces, Uouen , devenue la capilale de la seconde Lijo)tu(iLse, prit l'importance d'une ville. — Ville païenne pendant trois siècles, jusipi'aux [)reniiers miracles de saint Mellon, ce gentilhomme venu d'Angleterre pour apporter l'Evangile à ces barbares. A la fin du quatrième siècle, l'Eglise de lioueu était déjà célèbre par ses travaux, par ses vertus. Saint-Paulin, un des fiambeaux du christianisme, était le maître et l'ami de sainl Victrix, évêque de Rouen. Pendant deux siècles encore, les Gaules supportent le joug de Uome, joug de crimes, de lâchetés et de meurtres, que les Francs viennent briser sur le front enorgueilli des Gaules délivrées. La dispute fut grande, la mêlée universelle. Pour la dernière fois les deux religions étaient en présence; le paganisme cédait de toutes parts aux triomphes de l'Evangile; la foi, la croyance, la vérité, l'ardeur toule chevaleresque des chrétiens, le talent et l'éloquence des Pères de l'Eglise, nous ont dérobé malheureusement les péripéties de cette lutte admirable. Nous savons bien conunent l'Evangile a dirigé ses attaques contre les dieux antiques, mais nous ignorons comment le paganisme s'est défendu. Nous savons les martyres des premierschrétiens, le martyre des derniers païens, nul ueh; raconte. Pourtantilestàcroirequelepolylhéisme romain n estpas tombé aussi facilement que l'autel de gravier, de coquillages et de gazon élevé à Vénus sur cette plage de la Seine. Non, celle religion de tant d'hommes illustres et de tant de grands portes n'a [)as cédé sans résistance.
.^2S LA NORMANDIK.
Kii vain, l'empereur Constantin, par sa conversion au christianisme, availsapt"ï(lanssa hasela religion tles vieux Romains, les citoyens de Rome et même les Romains du Bas-Empire étaient restés fidèles aux dieux de l'ancienne patrie: Jupiter avait gardé son temple au Capilole, Vesta ses prêtresses, le Soleil son culte, Junon ses prêtres restés fidèles. En vain l'empereur avait déserté le premier les autels de la patrie, le nouveau culte poursuivit le chemin qu'il avait pris d'ahord pour arriver à toutes les consciences; il commença par le peuple, pour s'élever jusqu'à l'aristocratie des provinces, et enfin jusqu'au sénat. Ce ne fut guère qu'au cinquième siècle de l'ère chrétienne que le culle païen fut nettement aholi par les lois: mais il fallut encore deux cents ans pour le chasser des campagnes, où le Christ était appelé le Dieu des villes, témoin cette Vénus encore adorée dans le fauhourg de Rouen au commencement du septième siècle. Plus encore que Vénus, Diane fut adorée sous le règne des premiers successeurs de Charlemagne , mais alors le culle de la Vierge remplaça le culle de Diane. Vénus, Vesta, Junon, toutes les déesses du paganisme, laViergeMarieemporladanssa gloire toutes cesidoles ; les peuples, éhlouis et charmés de cette grâce souveraine, lomhèrent prosternés devant la mère du Sauveur. Certes, ce serait là un heureux sujet de recherche et d'éludé, mais les éléments d'une pareille histoire MOUS manquent tout à fait; on veut assister à la lutte des croyances, il faut assister à la rencontre des armées; on voudrait raconter les con- (jnêles de l'intelligence, il faut s'occuper des usurpations de la force, il faut suivre dans celte voie sanglante les Romains, les Golhs, les Boiu'guignons, les Francs, qui se hatlent jusqu'au moment où Clovis devenu chrétien triomphe à Tolhiac. Cependant Rouen s'en va grandissant toujours. C'est déjà la ville hahile, sage, prudente, qui a échappé même aux persécutions religieuses. La Seine, ce grand chemin qui marche entre Rouen et Paris, donne à la première de ces deux villes une impulsion toute-puissante.— Nous vous avons raconté l'histoire du saint évêque Prétextât, le mariage de Rrunehaulelde Mérovée, les colères de Chilpéric, les fureurs dcFrédégonde. — Nous devons mentionner ici le premier soulèvcmentde la ville de Rouen, la première émeute, et vous savez que ce ne sera pas la dernière. — Les miracles de saint Romain méritent tous nos respects. Honoré à l'égal d'un bienfaiteur, saintRomain a étéduranthien des sièclesle patron de la ville, son nom a été le synonyme de la charité, de la clémence. Au premier rang des vertus de saint Romain, il faut placer If courage; il a été le sauveur de celte ville «lont il était lévôque. Un allVeux ilragon, vomi par l'enl'er, désolait les villes et les campagnes;