I. A NOUM ANDIK. :,ôîi
(11' la coiulrc luiniaiue déilaigiiet' jiar les siècles. — Ici la châsse de saiiil Sevcr, révèquc d'Avraiiclies, cliàsse nmlilée qireiitoiire encore le respect des hoiniiies. — Ainsi le vase conserve la donci^ odcnr d'un vin ijénéreux. — Les plus adniii-.diles vitraux du seizième siècle prêtent leurs couleurs iavorahles à tout ce musée qui em[)iunle je ne sais (|uelle solennité puissante à ces vives et spleiulides couleurs. Sur ces vitraux sont représentées les armoiries de la coi-poratiou des orfèvres de Rouen, Vassomptton de la Vierge, et cette In^uhre histoire du juil' delà rue des Rillettes. Le juil" perce de sa dai;ue impie une hostie consacrée, le sani: coule sous ce fer ahomiiuihle. — Dans ce musée vous retrouverez une sculpture célèbre de riiùlel du Bouri;lheroude représentant le cami) du Drap d'or, cette histoire réalisée au château d'Eu. — De belles porcelaines du graïul maitre Bernard de Palissy, des vases, des nu'uhles, le vieux chêne sculpté, et entin, ô honheur! saluez celte porte de chêne; saluez-la comme faisaient les vassaux du moyen âge, la ])orte du château seigneurial, c'est la porte de la maison de Corneille. Au reste, (juelle est la ville française (pii ne protesie pas aujourd'hui contre la rage des démolisseurs? A laide de ces souvenirs et de ces respects, il s'est formé dans toute la France comme un vaste musée (|ui célèbre, non plus seulement l'antique honneur d'une seule province, mais de la France tout entière. La paix, cette amie favorable des éludes tranquilles, nous a ramenés même aux guerres, aux batailles, aux luttes d'autrefois; elle eu a fait le sujet de nos plus chères éludes. Dans l'histoire de tous les peuples de ce monde, quand toutes les violences sont accomplies, qiuind sont apaisées toutes les tempêtes, il y a un instant où ce mélancolique coup d'œil jeté sur le passé est plus rempli de charme et d'intérêt que la liction la plus brillante. t]'est l'heure solennelle que choisit Plutarque pour raconter les grandeurs d'Athènes et de Home, Josèphe pour nous dire les antiquités du peuple juif, Pausanias pour se lamenter sur les ruines de la Grèce. — Heure féconde en souvenirs et en leçons; elle lie le passé à l'avenir, elle éclaii-e la route parcourue, elle rend la vie aux vieux siècles, elle agite toutes les poussières des nations et des rois pour leur demander les secrets de la tombe: sous celte pensée fécondante, tout ce qui est ruine redevient monument ; la cathédrale se remplit d'encens et de prières; le château fort se couronne de soldats; dans les cloîtres mutilés de l'abbaye abandonnée, vous voyez revenir ces religieux qui étaient toute la science de leur temps; l'histoire sauve, elle protège, elle conserve encore plus qu'elle ne juge et qu'elle ne condamne. A force de persévérance, elle remonte si haut
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dans la siiile des âges, que nul ne pourrait la suivre, si elle ne laissait après elle sa Irace lumineuse et sainte; dans son noble sillon le di'ame et le poënie suivent et marchent avec elle. Savez-vous, par exenjple, un plus beau drame que celui-ci : Saint Dunstan sortant de la cellule ou plutôt de la bière qu'il habile, pour gouverner, à la ifaçon d'un grand ministre, tout le royaume anglo-saxon? Et cette barque montée par le roi Edgard, pendant que les rois, seshommagés, lui servent de rameurs? Plus nous avançons dans, cette histoire, plus nous trouvons que notre sujet est à peine elfleuré.
Dans le chapitre consacré à l'architecture ' , nous vous avons expliqué de notre mieux les elforls de l'art chrétien. La Neustrie religieuse compose à elle seule une histoire. Saint Romain, un des loudaleurs de la cathédrale ; saint Ouen , la vertu même ; saint Ansberg, l'abbé de Saint - Wandrille , saint Hugues, saint Remy, lils de Charles Martel, et frère du roi Pépin; Gombault, le prélat courageux, qui aida Louis le Débonnaire à remonter sur le trône d'où ses enfants l'avaient chassé; Paul, l'un i\es missi dominici de Charles le Chauve, tout comme l'évêque Mainard avait été l'un des missi domintci de Charlemagne; saint Léon, le martyr décapité, qui relève sa tête de ses
deux mains; Francon, l'homme politique vous l'avez vu domptant
llûllon lui-même ; Murville qui a fait oublier les scandales et les vices des trois évèques, Hugues, Robert et Manger; il élait aux états généraux convoqués à Lillebonne par Guillaume, avant la conquête; Jean de Baveux, assassiné pour avoir été implacable; Guillaume tonne orne, archevêque à l'heure où mourut le Conquérant: Geoffroy dont les violences (en plein concile 1120; ensanglantèrent la cathédrale; Rotrou, le protecteur de Thomas Becquet; Guillaume le Magnifique, archevêque français, sous Philippe le Bel; Robert Paulin, l'impiloyable, la terreur des Albigeois: Thibaut d'Amiens, qui résista au roi Louis IX; Pierre de Golinien, cardinal et fondateur du collège d'Albone; Odo Rigaull, qui a vu mourir saint Louis sur son lit de cendres; Guillaume de Flavacourt, prélat charitable; il a nourri toute la province durant la disette de 130i ; Bernard de Flagis, le cruel ennemi des templiers; Gilles Asselin, garde des sceaux sous Philippe le Bel ; Pierre-Roger de Beaufort, l'ami du peuple, député des états delà Lorraine; Roger, qui s'appelait lui-même, avec un noble orgueil, cardinal de Rouen, plus lard il s'appela le pape
1 Pa"p 135, cHAiMTnE VII. Dans ce rlinpitre nous avons tenté de résumer toute l'histoire de l'»rrliiteciure,.
1,.\ NOUMANDIK. 537
Ch'iiHMit M, liMiiiuu- (11111»' v;is(c science cl <rimc Im.iiIc ciii\U' à s;i vcriii . Jean tic Marigny, le IVère d'iMi-nerrand, le minisire de Philippe /c licl : il a l)ien servi la France eonlre rAni-lclerrc, cl niènic il l'a servie l'épée à la main; le cardinal Pierre de la Vovvi : le cardinal (inillanme de Flavcconrl: Philippe dAlenç.m, le neven de Philippe de Valois; Pierre de la Moselle, cardinal; C.nillanme IKlrani-e, l'ondatenr de la Char- Irensc de Rouen, mort à Gaillon le ^22 mars 13;{8 ; (iuillaume de Vienne, le frère du grand-amiral de France; Jean de Vienne; Louis dllarcourl, le beau-frère de Catherine de Bourbon : H(uirbon dans lame, il a mieux aimé renoncer à son siège que de reconnaiire Henri V d'Anglelerre pour le roi de France; Jean de la Hochelaillèe; Hugues d'Orge, archevêque malheureux, car il a siégé durant l'occupation anglaise; Fuxenihourg... mais il était l'ami du roi anglais; Rodolphe Puuissel , au contraire, ardent ennemi de l'Angleterre, lann du roi de France ; (Wiillaume d'Eslouteville , homme d'Étal sous Louis XI, mort à Rome : il avait ordonné que son cœur fût apjtorté à Rouen et conlié à la cathédrale; Robert de Croix-Mare, grand bâtisseur; Georges d'Amboise, .huit le nom est partout; Charles de Bourbon, qui a été roi de France, dmant Iniil jours, sous le nom de Charles X; puis Charles de P.ombon , son neveu ; puis Charles de Bourbon, fds d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et d'une fille d'h(mneur de Catherine de Médicis; François de Joyeuse, l'ami de Henri le Grand; Fraunds de Harlay, prélat éminenl : dans le palais épiscopal il avait ouvert des écoles publiques, sa bihliolhèque appartenait à t(uis les hommes studieux, sa maison appartenait à tous les pauvres; Harlay de Champvallon, duc et pair de France : il quilta l'archevêché de Rouen pour l'archevêché de Paris à la place de M. Hardoin de Péréfixe; Roussel de Médar, (pii avait porté ghuiensement les armes; Nicolas Colbert, le frère du grand ministre, habile administrateur de ce vaste évcché; Claude-Maur d'Aubigné ; un saint prèli-e, Amand de Bezons; Nicolas deSaulx-Tavannes; Dominitpu^ de la Rochefoucauhl, illustre prélat des étals-généraux de 1789. Lorsqu'au mois de juillet 1790 l'assemblée nationale eut partagé tout le royaume de Fiance en dix arrondissements métropolitains, subdivisés en quatre-viiigt-lrois évè<-hés, l'arrondissement de Rouen s'apjiela la mriropolc dc.sCàirs ilr ht Manche. Elle se composait des déparlemeiils de la Seine-Inférieure, du Calvados, de la Manche et de l'Orne, de IFiirc. de l'Oise, de la Somme et du Pas de-Calais. Cette luis les électeurs de chaque département devaient nommer les évoques et les archevêques; l'église de R(uieii eiil ainsi ses évêqucs méiropolituim cl coiisiiiaiioinicls , jusiprau j<Mir (u"i le premier
consul eut rendu à lu Fi'ance (-elle icligion de lanl de siècles. Alors l'archevêque de Rouen s'appela M. de Canibacérès. Il s'appelait naguère d'un nom illustre et béni , du nom de monseigneur le cardinal prince de Croï.
Il nous semble que pour la grandeur, l'éclal , la science et la charité évangéliques, ces noms-là, entourés d'obéissance et de respect , sont les dignes garanties de la grandeur dune église. A l'exemple de ses archevêques, le clergé de Rouen se montra |)l('in de zèle, d'activité, de sagesse. Les chanoines, ou, pour parler plus exactement, \e^ frères de la cathédrale, vécurent d'aboid en commun, connue vivaient les premiers chrétiens. En même temps que grandit cette église, le nomlM*e des chanoines augmenta. Le chapitre se composait ainsi : l'archevêque, le doyen, le chantre, le trésorier, le grand archidiacre, rarchidiacre d'Eu, du Grand-Caux , du Vexin français, du Vexin normand, l'archidiacre du Petit-Caux, le chancelier, ciiu[uante chanoines qui jouissaient de grands privilèges. Ce chapitre de Rouen a fourni bien des grands hommes à l'Église catholique. En l'an I66G étaient sortis du chapitre de la métropole de Normandie trois souverains pontifes : Martin IV (1280), Clément VI (13412), Grégoire XI (1372); vingt-huit cardinaux, onze archevêques, soixante-six évêques. Nous avons dit ailleurs le nombre et la magnilîcence des églises, mais nous ne les avons pas nommées toutes ; la liste était longue et difficile, ou en a tant renversé! l'église de Saint- Hébrand, par exenijtle, qui avait servi de temple aux prêtres gaulois; Saint-Lo, consacrée autrefois <à ce dieu ou à cette déesse nommée Roth, (|ui a causé tant d'insomnies aux antiquaires; Notre-Dame-de-Rowle, dont rien ne reste ; Saint-Étieiine-la-Crandc-ÊgUse, ([ui était placée dans l'intérieur même delà cathédrale, à l'endroit où vous voyez aujourd'hui la chapelle du Sainl-Es|)rit; Saint-Claude le Vieux et Claude le Jeune : Saint-Claude le Jeune rappelait aux anciens le nom du chevalier Duplessis, tué en duel à cette même place, pour avoir insulté la noble dame de Tancarville ; Saint- Pierre- du-Chùiel, bâtie par le premier duc de Normandie; Saint-Jean, un chef-d'œuvre à jamais regrettable de l'architecture gothique; Saint-Martin-du-Renelle ^ lieu d'asile dans lequel se réfugièrent Méroyée et Rrunehaut pour échapper à la colèi'e du roi Chilpéric; Saint-Pierre et Saint-Ilonoré, Sainte (}roix-des-Pelletiers, Sai)it- Michel, une chapelle où les abbés du i\lont-Sainl-i\licliel disaient la messe quand ils venaient à Rouen les jours de l'échiquier. Dans celle église, madame la princesse de (^ondi' avait fait sou abjuration en présence du roi Henri IV; hors des murailles, en l(U»0, si'levait l'église de