‹ La NormandieChapitre 98 sur 118 · I.A NOH.Vl ANDIK · texte numérisé non relu

I.A NOH.Vl ANDIK

reste : des rdlomics Iroiuiuées, ties rlinitileniix liris('s, ilvi; oyives cliiiii eelaiiles iui\(|iH'lles pcndeiil encore qucNiiics vitraux lèlés. Ces vieux vitraux représentent rj/;o<7//////.s<', el ce n'est pas la seule énigme tic cette ruine illustre. — Les deux clochers restent d(!l)out après tant de révolutions el de tempêtes. — El c'est là tout ce (jui reste de celle

poussière; débris d'autels, statues mutilées, inscriptions qui ne recouvrent pluscjuc la terre nue, murailles croulantes, escaliers à jour, voûtes brisées, ogives, trèfles, stalles, gnomes, serpents ailés, toute la fantaisie de l'art gothique, des formes, des rêves, la double statue des énerves, les fresques éteintes, dont le souvenir ellacé se reconnaît pourtant sur ces pans de murailles; voûtes obscures, passages, église soulerrainc, prisons d'Klat, cellules éternelles... de tous ces ouvrages de la main des hommes, rien ne reste. Un peu de gazon a fait justice de la salle des dardes; la plante qui grimpe au sommet de l'édilice a remplacé l'ardoise, emportée par le vent qui vient de la mer; lesaulc vainqueur perce lièremenl ces voûtes croulantes ; le lierre, ami des ruines, prête sa pâle verdure à ces pans de murailles lézardées; au sommet des clochers où nul ne monte, sinon l'ombre de queh[ue vieux moine, î\ minuit, le hibou, le chal-huant, l'orfraie, les corneillards, poussent leur cri lugubre. Chaque année seulement, revient riiirondelle héréditaire, et à chaque année elle s'étonne d'une pierre nouvellement tombée. Quel lu-

LA NOR.MANDIK. 5.V.)

iiL'Iire rdiiccil ! ((iicllc soliliulc ! (jiu'ls liniils cirantes rcmplisseiil ces l'uines ralmlciiscs! Dans la hroussnille iiéinissanle se lîlisse la couleuvre elïrayée ; le lézanl rapide traverse connue le feu follet ces lombes liéantes; plus bas vous entendez i^éiuir le crapaud et coasser la prénouille : ruin(^ couiplcle, siditude profonde, l'our les liien voir, ces débris sauvés par le zèle ' d'un savant auli(piaiie, attendez que la liiiu' de novembre perct; le nuage; peu à peu la pâle obscurité laisse suri,Mr des formes, des imai;es, des rêves. Le limi>ide rayon va pénétrer ces pierres lamentables, il va couvrir de sa cliaste clarté cetle voûte affaissée sur elle-même; il va éclairel' dans celte unit funeste ce qui reste des maiinilicences d'autrefois : alors, si vous êtes pieux, c'est le cas de prier le Dieu cliassé de cet asile; on, si vous n'êtes qu'un grand politique, vous irez rêvant à la cliule des institutions les mieux faites. Que si vous êtestoutsimplenient un poêle, sons cesvoiîtes fantastiques, sur cette tombe d'Agnès retrouvée par miracle, à la place où s'élevait Taulcl, derrière ces buissons qui s'agitent ausouflle des morts, vous évoquerez la scène terrible du qualriènie acte de Robert-Ie-Diable, le clief-d'œuvre de Meyerbeer! Toute cetle partie de la péninsule est remplie de grâce et de mélancolie. Agnès Sorel est jtarlout. Vous avez vu son visage anmureux cl souriant à cette petite fenêtre ogivale du bord de l'eau, la cbroniqnc nt- Ironve Agnès dans les frais sentiers de la Henlerie, et l'on dit, les joleux de ce temps-là l'afdrmaient, que le roi (Ibarles Vil n'était pas le seul amoureux (jui vint au Ménil. Un vieux if est encore debout qui pourrait nous redire ces amonrs. — Tout ce petit coin de terre est rempli de collines, de vallées, de marécages, de parties stériles et jiiltoresques, de légendes. Ainsi on pourra vous montrer le sentier par où passait le loup de sainte Austrebertbe. Le loup avait étranglé l'a ne cpii portait le linge an couvent ; sainte Austreberllie cliargea le loup du fardeau de l'àne, et ainsi elle en fit un serviteur de l'abbaye. — La légende est partout ; tour à tour elle explique le pbénomène, ou bien elle est expliquée par le pbénomène. Aux tristes jours de l'Iiiver sortent de la terre de grandes vapeurs. — Le trou de fer caclie les trésors que les moines de Jumiéges tenaient en réserve pour racbeter la caplivité du roi de France. Le vaisseau écboué de Quillebeuf n'était-il pas aussi cbargé des trésors deJumiéges? on y a trouvé de quoi faire des cercueils! La forêt de l'abbaye est pleine de mousses et de bruyères. — Une petite cbapelle dédiée à la Vierge où se rendent les pèlerins par centaines; non loin de la cbapelle, est le chêne à l'iliie, l'àne de sainte Austrebertbe ! En

' M Ciiiiiiioiil (le Jiimii'm'^,

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revanche la vallée est rerlile,siirIoiil l'ei'lile en IVuils, eai' la culline aluile les arbres el relient les rayons du soleil : ceci s'appelle le Sablon (h; Jumiéges. 11 y avait aussi le marais de Juniiéyes ; c'est ceipii a l'ait dire (jue la Seine passait par là, elque Jumiéges était tout à lait une Ile. — La liai elle est une l'orét submergée ; la lurêt est devenue une tourbière.

— Dans ces régions malheureuses la marée l'ait de grands ravages, quand elle s'en va elle emporte toujours quelque chose avec elle, un arbre, un acre de terre, une maison. — Chaque année, au retour du priulemps, les pécheurs de Jumiéges venaient saluer l'abbé de Jumiéges, le lilet sur le dos et la rame à ta main. La i)elute est encore un usage du pays; le dernier marié renferme dans un morceau de tôle une pièce d'argent, el les garçons de la paroisse se battent à qui l'aura,

— Superstitieux et patients. — A les entendre, il n'est \k\s de uialadie que ne guérisse le grand sa'nit Fini. — Mort, si vous tombez dans le purgatoire, vous venez réveiller la nuit votre ami le plus cher, el il va en pèlerinage pour vous, votre ombre le suivant, déjà consolée. — Si le jour de la Saint-Jeau-Baptisle, avant le lever du soleil, le berger a le soin d'arracher deux poignées de seigle en récitant l'Evangile du jour; ce seigle cueilli à temps peut guérir tout un troupeau. — Un cierge allumé s'en va au fil de l'eau chercher le noyé dont le corps a disparu. — Et la cérémonie du Loup-Vert, elle est charmante. Le Loup-Vert est le supérieur d'une confrérie de Saint-Jean-Baplisle ; il porte bonnet verl, houppelande verte et rubans verts. Le jour de la Saint-Jean, la confrérie va chercher le Loup-Vert au sou des clochelles, au bruit du mous- <(uet. M. le curé vient attendre le loup au seuil de l'église ; la croix, la bamiière et vêpres; après vêpres, grand dîner el chère lie chez messire Loup. Le dîner lini, un diner maigre, on allume le feu de la Saint-Jean : alors les jeunes filles el les jeunes garçons entrenl en procession à leur tour ; les cloches sonnent à toute volée, les bannières llottent aux vents, des cris de joie se mêlent au Te Deum! Autour du bûcher le loup de cette année court après le loup de l'an prochain. A la lin le loup eslpris: Au feu le loup ! au feu le loup! Cependant les jeunes gens chaulent en chœur la ronde de la Saint-Jean, el plus d'un grand poêle avouerait sans façon celte ronde- là.

Voilu la Sainl-Jeaii, Le mien y sera, El moi dans un lil,

L'heureuse journée, J'en suis assurée ; Avec lu concliée.

Que nos amoureux 11 m'a apporté De l'allendreici

Vont à l'assemblée! Ceinture dorée, Je suis ennuyée.

Marclions, joli cœur, Je voudrais, ma lo'. Marchons, joli cœur,

La lune est levée. Ou'elle ti\l hriike. La lune est levée.

LA N 0 U M A N l) 1 1-:

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