‹ La Normandie (passé et présent)Chapitre 14 sur 84 · ETAT MORAL. — LA CRIMINALITÉ · texte numérisé non relu

ETAT MORAL. — LA CRIMINALITÉ

laboureurs! Voyez-les à Granville, par exemple, laborieux, s'occupant, plutôt que de mendier, en temps de chômage, à ramasser des coquillages sur le bord de la mer pour le plus petit salaire. On signale il est vrai, à Granville même, certains effets fâcheux produits par les équipes d'ouvriers étrangers, le déchet de la pêche, quelques habitudes de luxe. Toujours est-il que le nombre des crimes y est pour ainsi dire nul, celui des délits très faible; on ne cite pas depuis vingt ans une seule accusation d'infanticide. Les populations de l'Avranchin, celles des alentours de Cherbourg et de Valognes, présentent ce qu'on peut appeler moralement une bonne moyenne. Les crimes y sont très peu fréquents, et les délits, sans être absolument rares, sont encore plus loin d'abonder.

Les stations de bains de mer ont enrichi les populations qui habitent les bords des côtes. Elles n'ont pas eu sous le rapport moral d'aussi heureux effets. La présence d'un grand nombre d'étrangers, le désir et la facilité du lucre, la vue d'exemples qui sont loin d'être toujours édifiants, ont été pour ces populations une épreuve dont leur moralité s'est plus d'une fois fâcheusement ressentie.

Je ne quitterai pas ce triste sujet de la criminalité sans dire un mot du braconnage. La chasse est devenue une passion chez nombre de ces paysans, chez ceux-là même qui jouissent à peine de quelque aisance. Les moindres cultivateurs y consacrent souvent une partie exorbitante de leur temps, et c'est aussi une occasion de dissipations et de dépenses. Le braconnage n'est pas seu-

lement une manière illicite de satisfaire un tel goût, il a pour but d'assurer aux paysans qui s'y livrent un gain sans travail sérieux. Il est rare qu'un argent ainsi gagne ne serve pas à la satisfaction d'inclinations vicieuses. On ne saurait sans un profond regret voir se répandre dans les campagnes en Normandie, un genre de délit qui entraîne plus d'une fois à de vrais crimes, et qui se lie d'ailleurs à tous les mauvais inslincts de fraude et de révolte.

11 nous faut parler maintenant d'un mal plus grave. On sait quels progrès l'intempérance a faits en Normandie , particulièrement sous la forme des boissons alcooliques, consommées à domicile ou dans les cafés. Cette habitude a quelquefois gagné jusqu'aux femmes. Elle se présente chez celles-ci sous des traits parliculièrement repoussants, et développe dans ce cas des conséquences encore plus préjudiciables pour la famille. Elle produit l'altération du caractère, qui se témoigne par des alternatives d'excitation et de torpeur. La mère néglige alors ou maltraite les enfants. Trop souvent aussi son inconduite en est la suite. Les germes mêmes qu'elle porte dans son sein se ressentent de la manière la plus fâcheuse des habitudes d'ivrognerie. On aurait tort de croire que ce vice est devenu général chez les femmes ; mais il ne faut pas se le dissimuler, il est beaucoup trop fréquent. C'est le plus souvent à domicile que la femme du petit cultivateur ou de l'ouvrier rural satisfait ce goût désordonné des liqueurs fortes.

Le bon marché de l'alcool Ta singulièrement favorisé. On ftibrique de l'eau-de-vie, souvent plus chère, mais très forte, connue sous le nom de calvados. On boit non

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