ETAT UORÀL. — LA FAMILLE
l'objet d'un de ses concours*. Une Société s'est fondée à Paris pour combattre les progrès de l'intempérance. Les Congrès agricoles tiennent des récompenses à la disposition des ouvriers tempérantset d'une bonne conduite. Nous dirons un mot tout à l'heure des moyens de moralisation essayés en Normandie, qui se proposent de combattre directement ou indirectement un mal dont rougit la civilisation et qui menace les forces vives du pays.
LA FAMILLE DANS LES CAMPAGîsES NORMANDES — LA DÉPOPULATION ET SES CAUSES MORALES
Les unions illicites présentant un caractère plus ou moins permanent sont très rares dans les campagnes normandes. Le concubinage, si fréquent dans les villes, y serait énergiquement flétri par l'opinion. Le paysan craindrait d'y aliéner son indépendance dans une situalion qui offre à peu près, en les aggravant à plusieurs égards pour les conjoints, tous les inconvénients que le mariage peut présenter, sans avoir sesavantages moraux, matériels et légaux. Le paysan veut être maître chez lui, avoir une famille, travailler, épargner pour elle. C'est le l)on côté de la vie rurale.
En revanche, les naissances illégitimes ne manquent pas, et elles attestent trop souvent la facilité des mœurs.
* L'Académie des sciences morales et politiques a récompensé trois mémoires instructifs de MM. E. Bertrand, J. Lefort etAnt.Rouillet; nous avons sous le yeux les deux prenaiers imprimés, et ils méritent d'être consultés.
iU LES POPULATIONS AGRICOLES.
Elles ne sont pas pourtant plus fréquentes enNormandie qu'ailleurs. Si le mal est assez commun dans quelques localités exceptionnellement mal notées, il est rare dans d'autres où la loi morale est mieux observée et où l'opinion garde toute sa sévérité pour les chutes. On pourra se faire une idée de cette proportion des naissances illégitimes par les chiffres suivants. Elles ne sont que de T» pour 100 dans l'Orne, et de moitié seulement de ce dernier chiffre pour les campagnes. Pour les populations rurales de l'Eure, ces naissances ne s'éloignent pas beaucoup d'une moyenne de iOpour 100. Dans la Seine-Inférieure, malgré les grandes villes de commerce et d'industrie, le chiffre de 35 pour 1000 est au-dessous de la moyennegénéraledelaFrance,quiesl sur 1000 naissances de 45 illégitimes. Nombreux encore dans le Calvados, les enfants naturels le deviennent beaucoup moins dans la Manche, où le frein religieux garde plus de force ainsi que les traditions de famille. On remarque ici encore que, toutes choses égales, la culture herbagère tend à développer ces désordres de mœurs plus que les autres cultures. Les sexes y sont plus mêlés dans les travaux du dehors et dans ceux de la ferme. La surveillance est en outre rendue à peu près impossible à cause de la fréquence des rapports et de l'éloignement des herbages. La famille existe donc d'une manière générale, le célibat n'étant que l'exception assez rare. Il reste à en consister l'état. Ici encore, il faut se garder de ne voir que le mal. Il existe dans nos campagnes normandes un nombre incalculable de bonnes familles. Pourtant il y a de fortes ombres au tableau. Il arrive assez fréquemment que des