‹ La Normandie (passé et présent)Chapitre 17 sur 84 · ETAT MORAL. — LA FAMILLE · texte numérisé non relu

ETAT MORAL. — LA FAMILLE

filles égarées, séduites, plutôt que profondément corrompues, deviennent des épouses sages; mais quel mal n'entraîne pas l'infidélité dans le mariage? Et si même ce n'est pas l'immoralité qui règne, mais seulement la désunion, quel état est plus déplorable? Tous les villages ruraux en Normandie ne sont pas exempts de ces désordres ; les ménages n'y présentent pas toujours le spectacle de la concorde ; il s'y remarque même, dans certaines régions du moins, des désordres plus graves. Le manque de principes ireligieux et moraux, le rapprochement des centres industriels, ont sur certains points développé les mauvaises mœurs. Il faut le reconnaître : les exemples donnés de plus haut dans certaines localités y contribuent aussi. Quoi qu'il en soit, l'infidélité de la femme mariée dans les campagnes reste l'exception dans la plupart de ces contrées ; il n'en est pas partout ainsi de celle de l'homme.

Les relations des parentsetdes enfants appellent aussi notre attention.

L'affection paternelle et maternelle y subsiste dans toute sa force. Elle paraît même plus tendre. On gâte les enfants bien plus fréquemment qu'autrefois. L'instinct malheureusement domine, et s'appuie trop peu sur le sentiment du devoir. Il s'inspire rarement d'une sage prévoyance. Lorsque cette affection pour les enfants j)rend une -forme plus réfléchie, le campagnard n'a ([u'une idée fixe : leur laisser du bien, se préoccupant beaucoup moins de leur léguer des vertus.

Ce qui a diminué, c'est le respect des enfants pour les parents. Parfois ceux-ci mêmes donnent un regrettable

exemple en traitant les aïeux avec peu d'égards. Les parents ne se rendent pas non plus toujours respectables par leur langage et leur conduite : mais n'est-ce pas ici que le devoir doit venir en aide à l'amour filial ? L'cducalion maternelle chez les cultivateurs et les travailleurs salariés est trop souvent un mélange de sévérité et d'indulgence sans discernement et sans mesure. Elle punit avec emportement des fautes qui méritent d'être reprises avec douceur; elle glisse sur celles qui doivent êlre réprimées sans ménagement. L'affection trop aveugle des parents sème et récolte l'ingratitude.

De cette absence de déférence dans le jeune âge à l'indifférence, à la dureté plus tard, il n'y a qu'un pas, trop souvent franchi quand les parents deviennent vieux et infirmes. Fréquemment les pères et les mères âgés abandonnent leurs biens à leurs enfants moyennant une rente viagère, ou, chez les plus pauvres, à la charge de les nourrir, de les loger, de les soigner. Les conditions imposées dans ces donations sont loin d'être toujours remplies. Les renies viagères restent plus d'une fois en souffrance, soit par une coupable avarice, soit que la gêne y fasse obstacle, et qu'on n'ait pas pris un soin assez exact de distraire des dépenses courantes la somme promise. La situation des parents qu'il faut soigner à domicile laisse donc souvent à désirer. Pourtant l'abandon total et complet, les mauvais traitements sont loin d'être le cas le plus ordinaire; souvent même les vieux parents sont environnés des soins qui leur sont dus. On trouve également des preuves d'une union d'intérêts entre les fils et les pères chez certains fermiers, et même chez

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