MOYEN DE MORALISATION DANS LES CAMPAGNES NORMANDES
Quelle qu'en soit l'importance, ce caractère mixte de certaines populations si curieuses à étudier n'offre qu'un accessoire plus ou moins étendu dans le travail agricole, qui est en général exercé d'une manière exclusive. C'est
à moraliser les populations agricoles qu'il faut tendre en attaquant les vices qui se mêlent à leurs fortes et saines qualités. On a raison d'invoquer les remèdes généraux, le sentiment religieux par exemple. Mais suffitil de s'en tenir à des généralités, à des vœux? Ne feral-on aucun effort pour susciter, entretenir le sentiment de la sociabilité, du devoir, sous toutes les formes, par un appel à toutes les idées élevées et généreuses trop peu développées dans les campagnes? Une société comme la nôtre, en possession des droits de la démocratie, n'est elle pas astreinte à toutes les obligations qu'implique cet état social fondé sur la responsabilité individuelle et sur le dévouement? L'instruction primaire suffîra-t elle? Sans doute, lorsqu'on veut exercer une action sur les populations agricoles, leur caractère de dissémination ne rend pas toujours cette action facile. Pourtant on pourrait en certains cas tenter plus qu'on ne fait. Il existe trop peu de rapports établis entre les grands propriétaires et la masse rurale. Pour le campagnard normand, l'habitant du château c'est encofe trop souvent le noble d'autrefois, quand bien même ce propriétaire châtelain est un financier, un négociant, un industriel. A la défiance un peu fière et susceptible du paysan le château répond le plus souvent par une grande réserve. Peut-être même est-il le premier à maintenir la distance. Ecoutons parler ces paysans et sachons com- • prendre même leurs réticences. Un certain instinct, une sorte de dignité un peu ombrageuse peut-être, mais bien concevable, leur dit que c'est aux supérieurs à aller vers les plus petits au lieu de les attendre. L'inat-
tention leur paraît facilement hauteur, indifférence dédaigneuse. Il faut excepter sans doute bien des propriétaires faisant valoir, plus accueillants et plus disposés à mettre de la cordialité dans leurs rapports avec les gens du pays. On rencontre aussi de grands usiniers occupés des populations agricoles qui encouragent les écoles, font travailler, s'appliquent à connaître les gens de campagne. Le château est loin enfin de manquer habituellement aux devoirs de la charité. Ici encore on retrouve l'action secourable des femmes, empressées à venir en aide aux pauvres, aux malades. C'est beaucoup, est-assez? Non, ce n'est pas assez pour créer une influence morale, cette influence à laquelle le paysan a l'air souvent de se dérober, mais qu'en fait il subit toutes les fois que ceux qui veulent l'exercer se soucient sérieusement de la prendre. Au fond beaucoup de propriétaires n'y tiennent guère. C'est là un fait qui n'est pas sans doute exclusivement propre à la Normandie, et il ne date pas d'hier. Arthur Young l'a observé, et le remarque avec insistance. Nos châtelains, en 1787, ignoraient l'agriculture et les agriculteurs. Ils faisaient renseigner l'agronome anglais par leurs régisseurs. Ils se gardaient bien d'inviter les fermiers à leur table; cela leur eût paru déroger, et aurait déplu aux nobles châtelaines. La même démarcation subsiste aujourd'hui bien souvent. Cela ne change un peu qu'en temps d'élection. La froideur tombe alors d'une manière subite. Mais tous les propriétaires n'ont pas à solliciter les suffrages des campagnes. Le campagnard se défie de ces avances de circonstance ; il s'attend à voir se relever le lendemain cette barrière
qui s'est abaissée un instant, et il est vrai de le dire, ce soupçon le trompe rarement.
Isolement moral du paysan à tous les points de vue, voilà le mal.
L'action moralisatrice ne s'exerce-t-elle donc jamais dans les campagnes normandes? Il serait injuste de le prétendre. Une des formes les plus touchantes et les plus efficaces qu'elle revête, est celle qui recueille pour les élever les enfants déshérités des soins de la famille. On sait à quelle destination répondent les établissements qu'on désigne sous le nom d'orphelinats agricoles. Il s'agit de préserver de la misère, de retirer de l'abîme, d'instruire, d'élever dans toute la force du mot, des enfants qui, sans un tel appui, sembleraient voués à la paresse et au vice. On constate l'existence de plusieurs établissements de ce genre en Normandie. On visite, près de Domfront, l'orphelinat de Peyrou. Apprentissage agricole et sorte d'école, comme tous les orphelinats de ce genre, il rend des services fort appréciables, mais il est regrettable que les enfants n'y puissent rester passé l'âge de douze ans. Il venait d'en être fondé un à Giel, dans l'arrondissement d'Argentan, et l'on pourrait en nommer d'autres, même plus importants. INous en avons visité un qui se recommandait à notre attention, parce qu'il est dû à l'initiative privée, et qui se place sous les auspices d'un nom voué héréditairement aux bonnes œuvres; il date de 1865. Propriétaire à Nagel, près de Couches, M. Parent du Chatelet avoulu avant tout donner un bon exemple autour de lui. La petite colonie mérite d'en servir. Elle a eu des difficultés à vaincre; elle en
a triomphé par la volonté d'un homme de bien, éclairé, persévérant. Elle compte 50 orphelins, occupés à des travaux de grande culture et de jardinage sur une surface de 50 hectares environ ; le tiers de ce nombre est composé de jeunes Alsaciens et Lorrains. Les enfants sont admis à l'âge de 10 à 1 1 ans, et doivent rester jus- ([uh 20 ans accomplis. Tous les travaux de l'exploitation sont exécutés par leurs soins. Leur vie, leur nourriture, leur habillement sont ceux des ouvriers de la campagne. Les longues soirées d'hiver, ils les passent en classe, où tous peuvent compléter leur instruction primaire. Les résultats moraux sont satisfaisants; bon nombre de jeunes gens sont déjà sortis de la colonie; beaucoup sont encore sous les drapeaux; d'autres sont placés; tous ils aiment à revenir à Nagel, quand ils le peuvent, et toujours ils y trouvent aide, appui et bon conseil ^
La colonie agricole de la Trappe, dans l'Orne, a nécessairement un caractère plus étendu. Le pays qui portait ce nom de la Trappe, qu'elle a donné aux religieux, a été exploité par les premiers fondateurs de l'Ordre. Dans celte Trappe primitive, où vit encore le souvenir de l'abbé de Rancé, et où l'on conserve son tombeau, tout respire le travail agricole. Un des effets imprévus de celte grande pénitence a été de changer un
* Nous citerons aussi une école professionnelle à Orgeville, près Évreux, l'ondée dans une de ses propriétés par M George Bonjean, fils de l'illustre président, olagc et victime de la Commune. Celle école réunit cinquantequatre enfants, dont les plus âgés ont dix-sept à dix-huit ans, et les plus eunes de huit à neuf ans.
désert sauvage en un lieu foriilc. Les Trappistes ne firent que suivre par là l'exemple qiravaient donné souvent d'autres monastères. Abattre des arbres, faire subir au sol toutes les préparations nécessaires, guider la charrue, semer les grains, couronner de moissons une terre aride, telle fut au dix-septième siècle l'œuvre de ces moines agriculteurs dans ce coin sévère du Perche. Ils agrandirent le domaine, firent l'acquisition de la foret qui l'environne, et se tinrent au courant des progrès de l'agriculture. A l'œuvre qui continue s'est mêlée, depuis un certain nombre d'années, une tâche d'une autre nature plus difficile encore, car il s'agit de soumettre à une culture morale des enfants nés dans de fâcheuses conditions. Ils sont au nombre de 240; on s'efforce de faire de ces petits vagabonds d'honnêtes gens et de bons ouvriers. En général leur physionomie n'a rien qui annonce de mauvais instincts; elle est même souvent avenante. Les exceptions sont trop faciles à expliquer, quand on se reporte à l'origine de ces enfants. Au reste les délits qui leur sont reprochés sont presque toujours bien légers; ce sont de petits vols commandés le plus souvent par leur famille, et plus fréquemment le vagabondage, qui accuse leurs parents bien plus qu'euxmêmes. Ces enfants, soumis à une discipline exacte et régulière, mais traités avec douceur, reçoivent les éléments de l'instruction primaire dans des salles d'école propres, bien éclairées, bien aérées. Admis près du Père abbé, nous avons reçu de lui sur cet établissement des renseignements dignes d'intérêt. La colonie existe depuis environ 25 ans. L'abbé, son prédécesseur, en avait
tout d'abord accueilli l'idée. L'abbé actuel avoue qu'à la même époque il y répugnait un peu. Il prévoyait des difficultés financières, des contacts peut-être pénibles avec l'administration qui désirait en charger cet établissement religieux. Mais aujourd'hui que le bien qui peut en résulter n'est plus un problème à résoudre, tous s'y dévouent de grand cœur. Outre les travaux des champs, qui ont pour théâtre une exploitation considérable, les enfants apprennent à la Trappe les métiers de charrons, de menuisiers, etc. Beaucoup entrent vers 10 ou 12 ans; ils ne sortent qu'à 18; il est très rare qu'ils tournent mal. La surveillance se fait par les frères convers, sauf pour les travaux agricoles, et c'est dans ce dernier cas qu'il n'est pas toujours facile de trouver de bons surveillants. Les paroles du Père abbé, son aspect môme semblent annoncer que les enfants ne peuvent que rencontrer là des soins affectueux. Nous avons pu nous convaincre d'ailleurs que le jeune âge n'a pas sous les yeux le spectacle attristant de ces lugubres Trappistes lesquels ont donné lieu à une légende un pou fantastique, qui prétend que ces religieux creusent leurs tombes et qu'ils se saluent en évoquant l'idée de la mort. Leur gravité n'exclut pas l'enjouement. Quelle que soit l'opinion qu'on ait sur ces ordres religieux, nous constatons seulement que les enfants apprennent à cette école qu'on peut vivre de peu en ce monde, et vivre satisfait. La tempérance et le travail sont des leçons en action, fussent-elles données par des Trappistes, qui peuvent combattre bien des vices. Nous avons rencontré un établissement de Trappistes consacré à l'agriculture, près de Cherbourg et de Valo-
gnes, à Bricquebec, qui est une vraie ferme modèle, et qui a aussi une certaine action morale sur le pays, où cette maison s'occupe des pauvres. Elle se fait remarquer par une grande habileté agricole. Les terrains qu'elle cultive étaient encore en 1824 couverts de ronces, de broussailles, de rochers, et d'une humidité marécageuse. Aujourd'hui le sol défriché offre des herbages et des terres de labour qui sont au nombre des meilleures de la contrée. Les eaux ont été dirigées et emmagasinées dans des réservoirs qui font marcher deux moulins. Nous trouvons ces faits confirmés dans les rapports de plusieurs administrateurs, dont quelques-uns n'avaient, à vrai dire, aucune sympathie particulière pour ce genre d'établissements. Ils s'accordent à louer les services très réels rendus par ces religieux, qui ont transformé aussi en bonnes routes des chemins jusqu'alors inondés. L'esprit d'initiative et de progrès représenté par un couvent de Trappistes peut paraître une singularité piquante. Il n'est pas moins vrai que leurs exemples ont excité l'émulation, et qu'ils ont fait quelque bien par leur charité.
La Normandie compte plus d'un lieu de refuge pour les enfants déchus qu'on cherche à relever par l'éducation et à préserver contre les chutes ultérieures par l'apprentissage d'un métier. Tel est l'atelier refuge de Darnétal, près Rouen. Il reçoit près de 500 jeunes filles atteintes par les articles 66 et 67 du Code pénal, qui concernent les accusés ayant moins de seize ans. S'ils ont agi sans discernement, ils sont acquittés à ce titre, et doivent être renfermés dans une maison de correction. S'ils ont agi avec discernement, ils sont condamnés à y
être renfermés pendant une durée qui peut aller pour les cas les plus graves jusqu'à dix et même vingt années d'emprisonnement. Dans l'établissement de Darnétal on ne se borne pas à enseigner les principaux métiers habituels aux jeunes filles libérées et détenues. Elles y reçoivent — et ceci ne s'applique pas moins à celles de la campagne qu'à celles de la ville — une instruction professionnelle en rapport avec leur naissance et leur destination future. Nous avons là en un mot la reproduction des types de colonies agricoles qu'on rencontre à Cîteaux, aux Douaires, à Mettray, au Val-d'Yèvre et dans d'autres endroits bien connus. Depuis trente ans que ce lieu de refuge est établi, on a pu se convaincre des heureux fruits qu'il a portés pour les campagnes sous le double rapport de l'agriculture et de la morale. On est étonné d'apprendre que tous les travaux de la ferme et du potager sont entièrement faits par les jeunes détenues sous la direction de quelques sœurs. Bien plus : ce sont elles encore qui labourent, hersent, ensemencent, fauchent, moissonnent, chargent et conduisent les charriots. Il y a même telle route, celle par exemple qu'on suit pour aller de la maison de Rouen à la ferme de la Grande- Mare, qui a été construite parées jeunes filles. On tient compte d'ailleurs des inégalités de force et dosante, pour les faire passer alternativement de la ferme à l'atelier. Le corps gagne en vigueur à ce régime. Elles apprennent aussi à faire le pain, la cuisine, à brasser le cidre, à blanchir le linge, et d'abord à faire et à raccommoder leurs vêtements. L'éducation religieuse et l'instruction élémentaire ont leur part dans cette maison. L'abbé Po-
ÉTAT MORAL. - MOYENS DE MOP.ALISATION. l.'."
devin, le principal fondateur de l'établissement, s'est fait, assure-l-on, de la première une idée juste et large, en cherchant dans la religion un moyen de toucher les cœurs et de les changer, sans abuser des exercices religieux qui, trop multipliés et prolongés, ne produiraient que l'ennui chez ces jeunes âmes, où il s'efforce de faire naître l'idée et l'amour de Dieu, la pensée de la règle et du devoir, car elles ont besoin avant tout d'être initiées aux sentiments affectueux el à l'habitude du bien. L'instruction laisse peut-être à désirer. Il faut engager une lutte difficile pour fixer l'attention de ces enfants, dont les jeunes années se sont pour la plupart du temps passées à courir les rues et les grandes routes. On cherche du moins à leur apprendre à lire, à écrire, à compter. On permet aux plus sages, avant libération complète, et comme apprentissage de la liberté, de faire à la ville quelques commissions, d'y vendre les produits de la ferme. On croit que la réclusion trop rigoureuse aurait plus d'inconvénients. Les punitions sont plus rares au reste à la ferme qu'à l'atelier. Il y a très peu de cas où il faille envoyer les jeunes détenues dans une maison plus sévère, très peu d'évasions. Sur 1278 jeunes filles, admises depuis 1850, 22 seulement ont dû être transférées à Nevers, pour évasion ou autres causes. Il n'y a eu que 20 évasions dans ces 27 années \ Nous avons parlé surtout des détenues. La maison de Darnétal a admis en outre, à ti-
1 Rapport de M. le docteur Marjolin. On trouve des relations non moins favorables à cet élablissement dans un discours de M. Ch. Robert à la distribution des prix aux enfants de l'Assistance paternelle des fleurs et plantes, dans le témoignage qu'en a rendu M. le pasteur Yernes, etc.
Ire de réfugiées, 150 libérées sortant de la prison départementale. Sur ces 1428 jeunes filles, 700 ont été placées par la Société de patronage; 250 ont été rendues directement à leurs familles. Il y avait encore 22 libérées à l'atelier-refuge : sur ce nombre 10 remplissaient les fonctions de surveillantes. On doit ajouter quant aux 12 autres, que leur conduite et leur caractère n'inspirant pas assez de confiance pour les placer, elle sont réparties dans les divers services.
Les Comices agricoles cherchent à exercer une action morale sur ces campagnes, et ils y réussissent en partie. Ils donnent des récompenses aux ouvriers ruraux, laborieux, économes, tempérants, ainsi qu'aux vieux serviteurs, hommes ou femmes. C'est un spectacle touchant que celui de ces hommes rustiques et de ces femmes de campagne venant recevoir, au milieu d'applaudissements, qui les déconcertent un peu, les prix modestes auxquels ils attachent un naturel sentiment d'orgueil. Nous avons vu récompenser tels de ces serviteurs dévoués, qui étaient restés quarante, cinquante et même soixante années dans les maisons, où ils finiront leurs jours. Nul doute que ces récompenses ne produisent des résultats favorables; elles mettent en relief des vertus obscures; elles sont, quand elles s'adressent aux anciens serviteurs, un hommage à la stabilité de l'existence, qui forme un heureux contraste avec la mobilité excessive qui domine aujourd'hui. C'est un encouragement pour les plus jeunes à suivre de tels exemples, et pour les maîtres à s'attacher par de bons traitements ceux qui se vouent à les servir. Les comices agricoles sont un des
moyens qui se recommandent pour réveiller chez les cultivateurs normands ces sentiments de sociabilité aujourd'hui un peu endormis. Les fêtes de l'agriculture dans les campagnes, comme les fêtes de l'industrie dans les villes, tendent manifestement à se substituer en très grande partie à celles qu'avait instituées et que prodiguait un peu trop l'ancien régime.
Nous avons entendu pourtant en Normandie de bons esprits se plaindre que les divertissements et les exercices, qui fortifient le corps, comme ils sont une source de distraction pour l'esprit, manquassent trop dans ces campagnes, animées et même souvent égayées autrefois par leur présence, et où l'on ne connaît plus guère d'autre amusement que le jeu et le cabaret. C'est un vœu des plus légitimes. La gymnastique, le tir, les jeux de force et d'adresse donnaient lieu à des concours dans les derniers siècles. Pourquoi ne verrions-nous pas renaître, sous les formes que natre temps comporte, ces diversions bien nécessaires en ce pays plus qu'ailleurs? L'hygiène et la morale commandent de rompre cette uniformité trop pesante de la vie qui cherche à secouer l'ennui et la torpeur par l'abus quotidien des excitants. La Normandie a vu tenter à plusieurs époques des essais de fêtes morales, un peu trop factices pour réussir longtemps, mais qui attestent un besoin réel. Avant la Révolution le grand-père d'un savant illustre, récemment enlevé par la mort, M. Elie de Beaumont, avait institué dans son château seigneurial, près de Caen, une fête désignée sous le nom de Fête des bonnes gens, dont la trace subsiste dans le nom actuel de cette localité — Canon-les-bonnes-
gens rappelle celle inspiralion philanthropique. Les prix, consistant en sommes d'argent, étaient au nombre do quaire. C'étaient, selon le langage sentimenlal à la mode, le Prix du bon vieillard, — ceux de la bonne fille, — du bon chef de famille, — de la bonne mère. Les trois communes admises à concourir étaient Canon, Vieux-B'umé et Mézidon. Elles nommaient des délégués, qui, par bulletins, désignaient pour chaque prix trois candidats, entre lesquels M. de Beaumont se réservait de faire un choix, La Révolution a beaucoup institué en Normandie de ces fêtes morales, mais on a pu voir combien ce genre d'institutions était difficile à établir par décrets. On se préoccupe dans cette contrée de chercher des distractions ayant un caractère d'utilité. Ainsi, on établit des expositions agricoles; on forme des réunions musicales sous le nom de fanfares. Malheureusement les paysans en Normandie sont en général peu artistes, ils ne sont pas poètes comme dans le Midi. La question se pose ainsi : créer des divertissements utiles, moraliser le j)laisir luimême comme diversion aux grossières habitudes de jeu et d'ivrognerie; elle a, nous y insistons, ses raisons d'être particulières dans ces campagnes. Peu favorisées souvent par la température, peu égayées par la vue d'un beau ciel, mornes parfois, elles feront bien de ne pas négliger ces moyens de distraction plus intelligents qui ont aussi leur importance morale.
Nous avons indiqué les principaux moyens de moralisation qui existent ou qu'on voudrait voir s'établir duns ces régions. L'instruction y a sa place marquée. Nous devons en constater maintenant l'état en Normandie.