‹ La Normandie (passé et présent)Chapitre 21 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'ÉTAT INTELLECTUEL — L'INSTRUCTION PRIMAIRE ET AGRICOLE DANS LES CAMPAGNES NORMANDES

ÉT.vT IMELLECTUEL — COTÉS ARRIÉHÉS — ESPRIT LA AUSSI D'INDIVIDUALISME ET D'ISOLEMENT

Nous avons montré à quelle école s'étaient formées dans le passé ces vieilles populations rurales, qui jouirent longtemps d'une autonomie exceptionnelle et d'un élat relativement avancé sous l'ancien duché de Normandie; qui, même sous la monarchie française, profitèrent jusqu'au dix-septième siècle d'un régime qui permettait certaines libertés et donnait quelques garan ties égalemen t favorables aux choses et aux personnes; et qui enfin, déjà façonnées mieux que d'autres provinces à l'apprentissage des intérêts librement débattus ont, depuis la Révolution française, achevé à l'école de la petite propriété d'acquérir les qualités qui rendent les hommes persévérants, réfléchis, bons calculateurs. L'état intellec-

tuel de ces populations atteste encore ces qualités naturelles ou acquises; elles montrent souvent la vigueur unie à la finesse. Pourtant l'esprit a quelque chose d'indécis. On met souvent sur le compte de la dissimulation cette difficulté proverbiale des Normands à se prononcer par oui ou par non; elle tient peut-être encore davantage à l'irrésolution, qui vient d'un fond de prudence et qu'entretient le manque d'idées nettes et arrêtées chez des gens qui n'aiment à se déclarer qu'à bon escient.

Ils n'en ont pas moins leurs crédulités, leur foi superstitieuse dans les faux miracles et dans des charlatans empiriques, comme dans des pays beaucoup moins avancés. Outre le nombre des saints qui passent pour avoir la spécialité miraculeuse de la guérison de telle maladie, on croit encore dans quelques localités aux sortilèges, aux apparitions merveilleuses. Ce qui présente un danger plus immédiat et plus grave, la médecine est exercée en plus d'un village par de grossiers empiriques qui s'entourent d'un mystérieux appareil et s'emparent par là de la crédulité des populations. Ces mêmes campagnards, qui n'appellent les médecins qu'à la dernière extrémité, se mettent à la merci de ces charlatans, leur livrent à la fois leur bourse et leur santé. Les mœurs elles-mêmes — on en a eu la preuve par les tribunaux — ne sont pas toujours à l'abri des cyniques entreprises des mêmes hommes qui savent profiter de tous les genres d'inexpérience. On se demande s'il n'est pas temps de remédier à nn tel fléau qui a diminué, mais qui persiste, et dont la répression des tribunaux ne donne qu'une idée fort insuffisante. Compter sur les progrès de l'in-

Page 1