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QUANT AUX CARRIÈRES

L'instruction primaire a suivi le même cours en Normandie que dans le reste de la France. On sait que les

L'INSTRUCTION l'UlMAlRE EN NORMANDIE. 101

premiers efforts un peu sérieux pour la propager dans les campagnes datent à peine de la Restauralion. Un ministre éclairé de cette époque, M. Laine, écrivait aux préfets, le 20 mai 1816 : « Je ne vous répèlerai pas combien il est urgent de régulariser enfin l'instruction primaire. Vous êtes comme moi convaincu delà nécessité d'arracher la classe indigente à rignorance profonde dam laquelle elle est plongée^ et qui n'est que trop souvent la cause des délits et des crimes que les tribunaux ont à punir. »

M. Siméon, ministre de l'intérieur, parlait de l'état déplorable de l'instruction élémentaire dans les campagnes (circulaire du 19 juin 1820); de son côté M. de Yatimesnil , Iraçait , dans une circulaire aux recteurs, le 20 janvier 1858, le tableau le plus affligeant delà détresse de nos écoles.

La Normandie agricole, malgré ses progrès en richesse dus depuis 1789 à la liberté civile et à la division des propriétés, ne faisait pas exception pour le peu d'avancement de l'instruction populaire. On peut voir les progrès successifs de cette question, suivis pas à pas, dans un livre consacré à l'enseignement populaire, et qui est lui-même le plus éloquent plaidoyer en faveur de celte grande cause *. Il y est établi par preuves abondantes et précises, que les écoles se sont peu développées, tant que leur établissement a été laissé à l'arbitraire des conseils municipaux et mis troj) exclusivement aux frais des communes.

' V. VEcolc, par M. Jules Simon, thap. v et vi.

Gomment en aurait-il été différemment à cette époque? Les conseillers municipaux étaient souvent eux-mêmes fort ignorants. Bon nombre ne savaient seulement pas lire. Il y avait même, clans quelques communes, des maires qui ne parlaient que patois. Le subside accordé par l'État était insignifiant. La gratuité, posée en principe par l'ordonnance de 1816, imposait une charge qui, en réalité, eût été souvent au-dessus des ressources communales. En restreignant la gratuité, l'ordonnance de 1824 laissait encore peser un trop lourd fardeau sur les communes. Rien qui assurât l'existence des écoles, rien qui fixât le sort des instituteurs. Ce que pouvait être un tel corps dans de pareilles conditions de préparation, de recrutement, de rétribution, on ne le devine que trop. La place de beaucoup de ces pauvres instituteurs eût été sur les bancs de l'école, car ils avaient à apprendre les choses les plus élémentaires qu'ils étaient chargés

d'enseigner.

On ne peut se lasser de répéter que l'ère vraiment nouvelle pour l'instruction primaire date de la loi de 1855, à laquelle M. Guizot a glorieusement attaché son nom. Cette loi salutaire rendait obligatoire l'existence des écoles pour les communes. Elle fixait le minimun du traitement pour l'instituteur. Elle imposait à chaque département l'entretien d'une école normale. Elle prélevait les dépenses de l'école communale sur les revenus ordinaires de la commune, ou, à défaut sur les centimes additionnels ou sur des fonds départementaux, ou encore sur les impositions spéciales établies par ordonnance, enfin sur une allocation de l'État. La gratuité

était étendue par la même loi à tous les enfants pauvres. La liberté de l'enseignement primaire était reconnue. En outre , l'idée féconde d'un enseignement primaire supérieur était posée. D'autres mesures, d'un caractCTe pratique, complétaient l'économie et assuraient l'action efflcace de cette loi fameuse, laquelle ne saurait être placée trop haut dans la reconnaissance des générations qui datent de cette époque.

La Normandie ne fut pas la dernière de nos provinces à entrer dans cette voie nouvelle et féconde. On pourrait citer nombre de témoignages officiels qui confirment les heureux effets produits à cette époque par l'application de la loi de 1833 dans les cinq départements dont elle est formée. On nous permettra d'y ajouter nos souvenirs personnels. Aux années de la jeunesse, nous avons assisté, dans ce pays, où nous passions deux ou trois mois chaque année, à l'accroissement successif des écoles. Leur développement frappait tous les yeux et faisait l'objet de tous les entretiens. Il fut, de 1836 à 1840, très sensible, il nous en souvient, dans l'arrondissement de Bernay : témoin ces cantons et ceà communes de Brionne, deMontfort, d'Authou, du Bec-Hellouin, vieille abbaye qui rappelait les souvenirs savants, mais lointains et fort effacés, des Lanfranc et des saint Anselme. Nous avons vu se multiplier ces écoles, leur local devenir plus convenable, quelquefois presque d'une élégante propreté, et les enfants destinés au travail rural, ceux qui fréquentent les fabriques des bords de la Bille, s'y rendre en nombre croissant.

Le môme mouvement n'a pas cesse de se développer

depuis lors, sous les gouvernements qui se sont succédé ; il s'est accru avec l'amélioration, même insuftisanle, du traitement des instituteurs, et avec l'augmentation du budget de l'instruction primaire. 11 a profité enfin des causes diverses qui ont poussé notre pays à étendre rinstruclion élémentaire comme une des premières nécessités de l'état civilisé.

C'est le moment d'interroger sur l'état de cette instruction primaire en Normandie, et la statistique officielle, et les renseignements que nous devons soit à l'observation personnelle, soit à des communications orales ou écrites recueillies sur place.

Parlons d'abord du nombre. Le ressort académique de Caen comprend la Normandie , plus la Sartlie. Il renferme 5705 communes lesquelles, à la date de 1877, année de ce voyage de mission, possédaient le cbiffre, à peine modifié en ce moment (1880) de 601 i écoles. Sur ce nombre il faut déduire 756 écoles qui appartiennent à la Sarthe. Le nombre des enfants de la même circonscription qui fréquentent les écoles est de 594 071, dont 195 501 garçons et 200 501 filles. Sur ce total on doit déduire également 55 464 enfanis pour la Sarthe. L'augmentation a lieu presque chaque année d'une manière sensible. Elle est pour tout le ressort académique de 5000 et quelques élèves relativement à l'année 1876, et se fait remarquer pour tous les départements, mais peu pour l'Eure, qui compte en 1877 un total de 45 158 élèves au lieu de 45 155. C'est une observation assez curieuse, et qui n'est pas sans quelque portée, que certains déparlements envoient aux écoles

moins de garçons que de filles. Celles-ci forment en somme la majorité de la population scolaire. Si dans l'Orne et dans la Manche, les proportions sont à peu près égales, le Calvados et la Seine-Inférieure envoient plus de filles que de garçons. Cela tient sans doute à ce que les villes manufacturières emploient surtout les garçons en bas-âge, et à ce que les occupations rurales trouvent aussi à utiliser leurs bras. Mais la cause industrielle doit être la principale. Ce qui confirme cette pensée, c'est que, dans l'Eure, département plus agricole, les garçons l'emportent. Au reste je reviendrai sur ces différences des départements industriels et de ceux où l'agriculture domine presque seule, quant à la fréquentation des écoles. Il ne me paraît pas qu'on en ait tiré toutes les conséquences qui en résultent, et le fait même semble avoir passé un peu inaperçu.

Assurément on peut se réjouir — sauf les graves réserves qui restent à faire — de voir le nombre des écoles augmenter en Normandie d'une année à Fautre. Mais je n'hésite pas à dire que le nombre en est encore insuffisant, et j'en tire la preuve de la surcharge des classes, et de la quantité, à mon sens excessive, des écoles mixtes. Avant tout, il faut en faire l'observation ; il y a encore des communes sans école en 1877. L'Eure surtout présente des lacunes regrettables : oO communes y sont sans écoles (1879) ! J'ai pu constater la surcharge du nombre des élèves dans un même établissement scolaire. On en trouve assez souvent cinquante, soixante même, quelquefois jusqu'à soixante-dix ou quatre-vingts, réunis suus un même maître. Or, les juges les plus compétents

estiment que soixante, c'est déjà trop, peut-être de la moitié. Si le trop petit nombre d'élèves rend le maître indolent et nuit à l'émulation, le nombre excessif empêche l'instituteur de donner à chacun d'eux une part d'attention suffisante, et les plus faibles, négligés et trop distancés, sont portés à tomber dans un funeste découragement.

Dirai-je aussi que j'ai été frappé du nombre excessif des écoles mixtes? Je sais qu'à l'égard de ces écoles qui réunissent les deux sexes, on n'est pas complètement d'accord. Le mélange des sexes ne paraît pas chez les enfants présenter à tous les esprits les dangers que l'on croit, et quelques-uns jugent même ce mélange favorable à certains égards. On cite des documents, empruntés à l'étranger, qui semblent établir qu'il rend ou peut rendre les enfants du sexe masculin plus doux, plus persévérants, moins grossiers, les filles plus actives, plus énergiques. On ne voit pas qu'en France on ait jamais beaucoup observé ces avantages. Mais la question est moins simple qu'elle n'en a l'air. Est-il certain que le mélange des sexes même jusqu'à l'âge de douze ans soit sans de réels inconvénients inlellectuels? Les mêmes méthodes s'adaptenl-elles exactement aux garçons et aux filles ? Celles-ci ne sont-elles pas plus précoces? Ceux-là n'ontils pas en général une faculté d'attention un peu plus forte et plus soutenue? Ces diversités fussent-elles peu accusées jusqu'à onze ou douze ans, elles le deviennent plus tard, et, si l'on parvient à retenir à l'école les jeunes générations jusqu'à l'âge de quatorze ans, comme c'est désirable, ces différences ne peuvent que s'accuser

davantage, ainsi que les inconvénients moraux qui s'aggravent à l'époque de la puberté. Aujourd'hui les écoles mixtes se justifient par des considérations tirées de l'économie, et non par des vues systématiques empruntées à la pédagogie. Lorsque les ressources dont disposera bientôt l'instruction primaire, permettront d'ouvrir des écoles de plus en plus nombreuses, la séparation des sexes paraît devoir de plus en plus s'imposer. C'est là, du moins croyons-nous, une opinion qui, s'il ne s'opère un changement bien complet des idées sur le mélange des sexes dans l'instruction, rencontrera peu de contradicteurs dans notre pays.

Nous sommes loin d'avoir atteint un tel résultat, puisque pour nous renfermer dans le ressort académique dont nous parlons, on signale encore 1474 écoles mixtes sur 6014 écoles. Ces écoles existent généralement dans des communes qui ont moins de 500 habitants, et pourtant des communes de plus de 500 habitants en comptent elles-mêmes ; il y en a 10 dans le Calvados, 14 dans la Manche, 19 dans la Sarthe, 55 dans l'Eure. On fait valoir, pour justifier le nombre de telles écoles, que quelques-unes de ces communes présentent une population scolaire assez restreinte, que d'autres touchent à des centres importants où elles envoient les enfants à l'école*. Mais l'excès n'est pas moins réel et il devra disparaître.

Lorsque les écoles sont mixtes, les habitants montrent

^ Y. sur tous ces points auxquels nous touchons ici les excellents rapports de M. Héberl-Duperron, inspecteur de l'Académie de Caen.

en général un penchant assez marqué pour qu'elles soient de préférence tenues par des institutrices. Ils considèrent qu'une femme est plus apte à entourer l'enfance de soins affectueux et intelligents, à se faire comprendre d'elle à force de patience, à ne pas blesser par son langage le sexe le plus délicat. Tout porte à le croire : la proportion des écoles mixtes tenues par des femmes l'emporterait de beaucoup, si rien n'y faisait obstacle, et si les femmes elles-mêmes ne préféraient souvent, à moins d'avantages particuliers, ne pas tenir d'écoles où se trouve le sexe le moins docile. En somme, les écoles mixtes, dirigées pardes institutrices, sont très nombreuses en Normandie, bien qu'elles y soient réparties entre les départements avec une inégalité singulière.

Ainsi, il existe au moment où nous visitons cetle province, 255 écoles mixtes tenues par des institutrices dans la Manche, ce qui établit une infériorité notable pour les écoles tenues par des hommes. Dans le Calvados, 155 écoles mixtes sont tenues par des hommes, 170 par des femmes. Dans l'Orne, 127 sont dirigées par des hommes, 115 })ar des femmes; c'est, du moins peu s'en faut, l'égalité. L'Eure et la Seine-Inférieure, changent totalement les proportions. Dans l'Eure, il n'y a que 41 écoles dirigées pardesinstitutricesmixtessur 527.1)ansla Seine- Inférieure, le rôle des femmes dans les écoles mixtes s'efface presqu'entièrement, puisque sur 501 , il n'y en a que 2 qui soient aux mains d'une institutrice. Enfin, si l'on prend la Normandie tout entière, on trouve 854 écoles mixtes confiées à des hommes et 648 à des femmes.

Quant aux 5928 écoles primaires qui forment le total

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pour les cinq départements, j'ajoute qu'on en trouve 5988 dirigées par des laïques, et 1940 par des congréganistes, un peu moins de la moitié.

Nous avons en partie constaté, dès à présent, et nous allons achever d'indiquer d'une manière plus complète, le développement donné aux écoles. Il faut y insister d'autant plus que les observations critiques ne manquent pas. Mais comment ne pas reconnaître aussi les excellents soins donnés à l'enfance par les salles d'asile, quoique les campagnes soient ici moins favorisées que les villes. Le même ressort académique, qui comprend les cinq départements, avec la Sarthe, possède 173 salles d'asile. La Sarthe est à déduire pour 12 salles payantes et 1 7 gratuites fréquentées par 3518 enfants \ Les salles d'asile doivent être développées aussi h l'avenir même dans l'intérêt de l'école qu'elles soulagent d'un grand nombre d'enfants trop jeunes.

Le nombre des écoles augmente, mais on nous signalait quelques interruptions dans ce progrès qui mériteraient moins d'être signalées, si elles ne dépendaient de causes d'une certaine gravité. On remarque, par exemple , qu'il y avait quatre écoles de moins dans le

* Voici le nombre et la fréquentation des salles d'asile pour les déparlemenls de la Normandie : Le Calvados a vingt salles publiques et cinq libres, recevant 2557 garçons et 2408 filles. Total, 5005 enfants. — La Manche, onze payantes et treize gratuites, fréquentées par 2907 enfants.

— L'Orne, onze publiques et douze libres, fréquentées par 2061 enfants.

— La Seine-Inférieure, cinquante-cinq fréquentées par 12 840 enfants. Ces chiffres se rapportent à l'année 1877-1878. — l'Eure, pour laquelle je n'ai pas le chiffre de fréquentation, en a treize publiques et quatre libres. Je n'indique pas les changements secondaires accomplis depuis un an. Ils n'influent pas sur le résultat général.

Calvados en 1875 qu'en 1874, et quelques centaines d'élèves de moins dans l'Orne. D'où venait cette diminution si peu conforme au cours ordinaire des choses? De la dépopulation. La Normandie n'en avait pas moins gagné 26 écoles d'une année à l'autre.

Il resterait à établir, ce qui n'a pas moins d'importance que le nombre, la qualité de cet enseignement dans les campagnes. Il faudrait constater l'étendue réelle des services qu'il y rend. Donner une notei^our ainsi dire à chacune de ces écoles, leur assigner des rangs, comme le maître établit le mérite comparé de ses élèves, ne serait pas chose facile. Pourtant, nous trouvons des indications de ce genre dans le rapport déjà cité de M. Hébert-Duperron pour le Calvados. MM. les inspecteurs primaires, pour l'année 1877-1878, qualifient 30 écoles de médiocres, 159 de passables, 510 d'assez bonnes^ 556 de bonnes, La majorité des écoles serait donc bonne, ou au moins assez bonne, d'après ces calculs. Il est évident que ce jugement favorable s'applique aux écoles telles qu'elles sont, et n'a qu'une valeur relative. Il resterait à savoir si les meilleures enseignent tout ce qui devrait être enseigné, si l'enseignement restreint qu'elles donnent est lui-même assez fort, enfin, si les enfants profitent suffisamment des efforts que font les écoles placées dans les conditions les plus satisfaisantes.

Nous n'avons pas à tracer le programme de ce que doit et peut être l'instruction primaire complétée par certains enseignements trop absents peut-être. Nous ne toucherons à ce point que pour l'enseignement de

l'agriculture. Mais je n'hésite pas à dire avec M. l'inspecteur de l'Académie de Caen qu'il faut fortifier « l'enseignement de la langue française, que l'on ne sait pas assez féconder par l'étude des textes; l'histoire, que, malgré de bons livres, on condamne trop à reproduire dans le mot à mot d'un abrégé ; la lecture qu'il faudrait rendre plus intelligente par l'explication du texte, du sens des mots, de leur rôle dans la phrase et du pourquoi de leur orthographe; la composition de style qui est généralement faible, parce que l'on ne sait pas, comme en Amérique, habituer de bonne heure les enfants à dire ce qui les frappe autour d'eux, dans la classe, dans leurs promenades, et parce qu'encore leurs premières compositions portent sur des sujets trop compliqués ou impossibles pour eux, un orage, un lever de soleil, etc. »

Les fruits retirés du genre d'instruction actuellement établi peuvent être appréciés pour la Normandie par les résultats consignés officiellement pour le Calvados, et qui portent sur le degré de savoir des élèves sortis des écoles primaires. Pour l'année que nous avons déjà citée, il y en avait 2095 qui avaient à peu près toute l'étendue des connaissances que peut donner l'instruction primaire; 1154 joignaient des notions de calcul à l'écriture et à la lecture; 473 étaient tout juste capable de lire et d'écrire; 175 avaient appris à lire seulement, et 102 ne savaient même pas lire.

Pour la Seine-Inférieure, on trouve contre 430 698 sachant lire et écrire, 280 267 qui ne savaient ni écrire ni lire et 70 382 qui savaient lire seulement.

La cause du mal est eu grande partie dans une insuffisanle fréquentation. Pour la Normandie, c'est envii'on 15 ou 14 p. 100 qui manquent à l'appel. Contre ces abstentions volontaires, presque toujours on invoque l'instruction obligatoire. Il restera toujours un autre mal à combattre chez ceux qui viennent, les absences trop nombreuses. Les prétextes ne manquent pas. L'hiver, c'est la distance, quelquefois trop longue en effet; ce sont les mauvais chemins, assez rares en Normandie, sauf dans certains moments d'inondation ; c'est telle ou telle raison domestique. L'été, ce sont les travaux de la moisson; plus tard, quand vient l'automne, les pommes à cueillir ou ta ramasser, etc. Le manque de bras favorise cet appel au travail de l'enfant de la part du fermier : et l'élévation du salaire, dans les temps de travaux exceptionnels, fait que l'ouvrier rural s'y prèle volontiers. Le paysan, petit propriétaire, sent aussi le besoin de réunir pour les mêmes taches tout son monde au complet.

Dans le conflit engagé entre l'école et la culture, l'école a trop souvent tort. On oublie que l'ignorance doit un jour retomber sur l'agriculture elle-même. En augmentant le nombre des écoles, on ôtera ses plus sérieux prétextes à cette incurie. En attendant, on affirme que les absences particulières réduisent la présence effective des élèves au plus au 9/10". Joignez à cela que l'année scolaire ne représente guère que huit mois. Combien voilà de temps perdu !

La Normandie use largement de la gratuité accordée à quiconque invoque une indigence qui souvent est à peine de la gène. On constate que la majorité en béné-

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ficic, quoique l'écart eiitrô les graUiits et les payants soit peu considérable. La statistique donne pour la Normandie 194 852 payants, et 195 942 gratuits. La Seine- Inférieure, contre 40 744 payants, compte 75 085 gratuits. C'est aux grandes villes qu'il faut imputer cette su- ])ériorité du nombre des gratuits. Chose digne de remarque ! Dans un département plus particulièrement agricole, l'Orne, les paysans font, dans une proportion bien supérieure, les frais de l'éducation de leurs enfants; les payants et les gratuits dans ce département se partagent à peu près par moitié le chiffre de 52000 et les villes ont plus de gratuits que les campagnes. La majorité paye dans l'Eure, oiî domine l'élément agricole, ainsi que dans le Calvados, qui offre la même prépondérance. Dans la Manche cela s'équivaut : on compte un peu plus de gratuits seulement : 55782 payent, 50 815 ne payent pas. Mais au total l'élément rural, malgré ce qu'on dit avec raison de la force d'inertie de certains pères de famille, ne fait pas trop mauvaise contenance devant les villes'. Une autre remarque dont la portée est plus grave encore, c'est que les parents font quitter l'école aux enfants beaucoup trop tôt. Je ne prétends pas en faire un reproche exclusif à cette province, mais, je ne puis constater qu'avec regret le degré de gravité qu'il y présente. La première chose qui m'ait frappé, qui frappera tout étranger, en entrant dans les écoles de villages, c'est

' Ces résultats n'auront plus bientôt qu'un intérêt historique après la promulgation de la loi assurant la graluilé universelle comme l'oliligation de l'instruction primaire. Ils ont pourtant une valeur morale qui les rend dignes d'être consignés dans une telle enquête.

l'extrême jeunesse des enfants. Il y en a là beaucoup qu'on aimerait bien mieux voir près de leur mère, mais la mère est absente, occupée, ignorante d'ailleurs le plus souvent et incapable de leur enseigner les premiers éléments. L'école leur sert de salle d'asile, surtout quand celle-ci fait défaut, et ils commencent à balbutier quelques mots de lecture. Dieu sait combien ils y mettent de temps ! Rien que pour le Calvados, 6246 n'ont pas six ans ; 7708 ont de six à sept; en tout, 15 954 enfants dont les plus âgés ont sept ans. Le plus grand nombre a de sept à dix ans; ils sont 22 602. Le chiffre décroît déjà sensiblement pour ceux qui atteignent onze ans, encore plus douze et surtout treize; ils sont en tout 17 474 pour le même département, et le nombre tombe à 5645 pour ceux qui ont plus de treize ans. Ainsi, pour la plupart, le temps d'école atteint à grand'peine l'âge de la première communion, cette limite extrême ou s'arrêtent les études primaires dans l'usage et on peut dire dans le préjugé populaire. Dès lors le père de famille se croit quitte envers ses enfants, quitte envers le pays. Quant à l'enfant, qui est censé en savoirassez, il travaille à Fa terre, instrument de gain pour les siens, jusqu'au momentoù il s'établit, ou jusqu'au jour où le tirage au sort l'appelant, il fera connaître officiellement qu'il ne sait que peu de chose ou qu'il ne sait rien.

Est-ce du moins l'agriculture qui le retient, et seraitil vrai que l'instruction })riniaire ne fasse dans ces départements où la population agricole décroît, que favoriser l'émigration en préparant des recrues pour la population urbaine?

Si le fait est vrai, il n'en faudrait pas rendre l'instruction responsable. On serait tout au plus en droit d'en accuser le manque d'appropriation suffisante aux besoins de la vie rurale. On ne doit pas non plus s'étonner outre mesure que l'instruction, qji augmente les aptitudes, favorise dans une certaine mesure les changements de lieu et de carrière. L'immobilité absolue n'est pas plus un idéal que l'instabilité sans fin. On ne saurait poser en principe que tout enfant instruit doit rester paysan en tout état de cause. Ce serait aller beaucoup plus loin que l'ancien régime lui-même, qui a dérogé bien souvent au principe de la fixité des situations et qui s'en est écarté avec raison toutes les fois qu'un enfant né dans la campagne, ou sorli des plus humbles rangs du travail, s'est élevé aux charges ecclésiastiques, civiles et militaires.

Il n'est pas rare qu'on entende en Normandie même quelques personnes trop défiantes à l'endroit de l'instruction primaire, se plaindre à l'excès de cette mobilité qui en résulte, et qui est une conséquence de l'instruction comme elle est le caractère de nos races occidentales. Mais il ne faut pas non plus se hâter de prendre tout changement de place pour un progrès. On peut douter qu'ils fassent un bon calcul ceux qui désertent ces florissantes campagnes normandes, où souvent les bras manquent, où la terre appelle de nouveaux perfectionnements. Ce qu'ils vont cherclier ne vaut pas toujours ce qu'ils abandonnent. Ils se trompent souvent en allant dans les villes tirer un médiocre parti du peu d'instruction primaire qu'ils ont reçue. Nous nous sommes

enquis de ce que deviennent les élèves soiianl des écoles primaires du Calvados, un des départements qui souffrent le plus de la dépopulation. Sur 5545 sortis en 1875, il en est resté au champ 2710. Beaucoup sont allés grossir les rangs souvent encombrés de la petite industrie, du petit commerce ou des emplois subalternes de l'administration. On en compte 925 qui se sont casés dans des industries diverses; 147 se sont faits domestiques dans les villes; 501 sont entrés dans le commerce de détail et dans différents états; 151 ont trouvé à se placer dans les bureaux. Les bureaux! on ne peut croire quel prestige ce mot exerce sur l'esprit de beaucoup de ces paysans. Les bureaux se recommandent à leurs goûts casaniers et à leur esprit prudent comme une profession sédentaire et par l'appât des appointements fixes.

ItCs écoles ont réalisé dans leur installation des améliorations réelles, il nous a été facile de le constater. On s'en fait honneur pour ainsi dire devant les étrangers, par un empressement de bon augure à leur faire voir l'école. Comment ne pas recevoir une impression favorable de ce mobilier scolaire plus complet, de ce matériel d'enseignement parlant plus aux yeux, et se prêtant mieux aUx démonstrations simples et frappantes, aux « leçons de choses »? Comment aussi ne pas se réjouir à la vue de ces conditions mieux observées de l'hygiène, de cette lumière et de l'air qui abondent dans ces locaux, (pic nous vîmes si souvent tristes et si insalubres autrefois ! 11 semble que l'esprit y respire aussi plus à l'aise, en même temps que la plante humaine y pousse et s'y

développe mieux. L'instruction donnée dans un lieu ténébreux et humide est, en effet, comme une conlradiclion, une anomalie qui afflige les yeux et l'âme.

La Normandie a pourtant encore beaucoup à faire de ce côté. On y rencontre encore trop souvent de ces chaumières délabrées, du moins de ces maisons louées dans les conditions les pi us médiocres, qui servent de bâtiments scolaires. On les évaluait à mille pour les seuls départements de la Seine-Inférieure, de l'Orne et du Calvados. Chaque année amène quelque amélioration. Le Calvados venait d'installer des écoles dans 29 maisons nouvelles et d'améliorer 126 locaux scolaires; les autres départements marchaient dans la même voie. On répare, on construit. Le temps approche où chaque école aura été bâtie en vue de sa destination spéciale ^

Les cours d'adultes méritent aussi d'être signalés. Ils sont moins suivis que dans les villes, mais ils ont aussi porté quelques fruits dans les campagnes. Jl ne peut en être autrement lorsqu'on voit le développement pris pour le Calvados par ces cours nouveaux, naguère peu nombreux; ils s'y sont élevés il y a deux ans à 456, dont 527 pour les hommes, 109 pour les femmes; les premières comptent 4779 adultes, les seconds, 1208. Ces cours renferment, outre les autres matières d'enseignement, des notions de comptabilité et d'arpentage qui achèvent d'en démontrer l'utilité dans les campagnes.

En résumé une double impression résulte de l'état de

' Les millions volés libérak'iiit'iit ji;ir l;i Chambre des dépiilés à celte iiileiilion el pour le dévelopiieiiient de l'instruction donneront en peu de temps salisfaclion aux. vœux que nous formions ici.

rinstruction primaire chez les populations normandes. La première est satisfaisante, parce qu'elle naît de la comparaison du présent avec le passé; on se réjouit de voir presque toutes les catégories de cette population, le petit propriétaire, le petit fermier, l'ouvrier rural, tirer bon parti de notions précieuses, bien qu'incomplètes; on applaudit à l'esprit libéral, généreux, intelligent, qui a amené ces progrès ; on constate avec bonheur que ces paysans sont moins grossiers, plus ouverts, comme ils sont plus dignes et plus fiers, malgré ce que nous avons dit de leurs défauts. L'autre impression est moins favorable, quoiqu'elle n'ait rien de décourageant. On attend un complément nouveau et nécessaire de l'instruction primaire par l'accroissement des écoles, on l'attend aussi par un surcroît de solidité dans ce qu'on y apprend, et par le développement des matières à enseigner. Il reste à faire de ces filles de campagne de bonnes ménagères; il faut que les garçons deviennent de plus en plus des serviteurs fidèles et capables de l'agriculture. Mais toute la tâche n'est pas à l'État, ni aux départements, ni aux communes. Les pères de famille ont ici à remplir un devoir qui n'est pas le moindre de tous, et qui, négligé, compromettrait tout le reste. Ils sont responsables des irrégularités de leurs enfants et de leurs études trop abrégées. Comment les corriger de cette négligence? Par de bons conseils et par d'énergiques appels, sans doute, mais aussi et avant tout par le succès. C'est par ses fruits qu'ils apprendront îi apprécier de mieux en mieux l'instruction primaire, et aussi l'instruction supérieure, si peu connue jusqu'ici

de ces campagnes, et qui y est pourtant si nécessaire à toute une élite nombreuse. La question de l'instruction qu'on a appelée professionnelle et spéciale se pose aussi et très particulièrement pour les classes rurales. Propager à l'école les éléments de l'agriculture, et, dans des établissements supérieurs ou spéciaux, ses règles et ses procédés sous une forme plus complète, est une des parties les plus essentielles de cet enseignement. Voyons donc où en est celte question de l'instruction agricole en Normandie : procédons comme nous l'avons fait pour l'instruction primaire, c'est-à-dire mettons en regard ce qui existe et ce qui manque.

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L'INSTRUCTION AGRICOLE — SON ÉTAT EN NORMANDIE L'INSTRUCTION AGRICOLE ÉLÉMENTAIRE

C'est surtout dans l'arrondissement de Caen que j'ai eu l'occasion de constater l'état et d'étudier la question de l'enseignement agricole et horticole dans l'instruction primaire. Rien au premier abord n'aurait désigné pour une pareille étude la partie de l'arrondissement représentée par le canton de Villers-Bocage, car il est naturel qu'on aime à placer en idée les écoles où ce genre d'enseignement est donné, aussi bien que les jardins d'aspect riant qui les entourent, dans des pays de riche culture et d'aisance générale, plutôt que dans des contrées mon» tagneuses et souvent stériles. Le canton de Villers-Bo-

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cage louche au point le plus élevé de la Normandie. Le pays a toute la beauté sévère des grands horizons, mais il est pauvre. L'habitant s'y nourrit médiocrement; la f^alette de maïs, un peu de lard, la viande le dimanche seulement, forment son ordinaire, très inférieur à celui de la plupart des paysans de Normandie. L'aspect des maisons, souvent misérable, présente un contraste avec les beautés naturelles du paysage qui leur sert pour ainsi dire de cadrée J'étais appelé là par un hôte qui avait fait de la propagation de l'enseignement agricole et surtout horticole dans l'instruction primaire, l'œuvre de sa vie, M. Victor Châtel. Comme maire de sa commune, il y avait introduit cet enseignement sous les formes les plus propres à le taire agréer des enfants comme des maîtres et à le rendre fructueux. Il n'avait reculé devant aucun sacrifice personnel pour arriver à l'utile but qu'il poursuivait par la plume, par la parole, et à l'aide de réunions fréquentes, auxquelles étaient conviés les instituteurs des environs. Ce qui donnait à cette propagande le cnractère d'une sorte d'apostolat, c'est que l'hounne dévoué qui s'y consacrait voyait dans ce genre d'enseignement autant une pensée morale qu'une idée matériellement utile; l'âme des enfants ne se trouvait pas moins bien que leur corps de ce travail du jardinage, si salubre, si agréable, si instructif. Cet enseignement, même élémentaire, force en effet l'esprit à réfléchir sur les phénomènes naturels. Aux yeux de ce partisan

' La partie du canton que je décris ici est celle qui est tonnée par la cdiuniunc de Cauipandré-Valcongrain cl les ciminnuics cnvironnaii!es.

un peu enthousiaste de l'enseignement horticole en action le monde végétal devenait pour l'enfant la démonstration des lois sages et permanentes qui régissent le monde, une preuve vivante de la divine Providence.

J'ai vu avec autant d'intérêt que de profit ces écoles créées à d'assez longues distances les unes des autres, à travers bien des obstacles matériels et plus d'une résistance venue des hommes. Elles forment un heureux spécimen de ce que peut être et de ce qu'est parfois l'enseignement agricole et particulièrement horticole dans l'instruction primaire. Dans ces champs pierreux, sur ces côtes désertes, on aime à rencontrer de petits jardins cultivés par les enfants eux-mêmes avec le soin le plus assidu. Si leurs mains n'ont pas beaucoup de force, elles ysuppléentpar la patience; elles ont réussi à transformer des terres incultes en potagers ou en parterres de fleurs, sorte de décoration pour l'école qui s'en trouve comme égayée, et ressource utile pour, l'instituteur et pour le pays environnant. J'ajoute que ces petites cultures sont du meilleur exemple. Leur succès invite à les imiter. La théorie et la pratique sont réunies ici dans un espace restreint, mais suffisant. Le jardin sert de théâtre aux expériences. Chaque jour amène ses petites luttes, ses alternatives d'échecs et de succès. C'est l'image, en raccourci, de la lutte de l'homme avec la nature qui tout à la fois le seconde et le contrarie. L'œuvre croît sous l'œil et sous la main de l'enfant qui en suit les progrès avec autant de plaisir que d'attention. Un tel travail est un véritable apprentissage. A côté du jardin est l'école avec ses appareils de démonstration moins

vivants, moins amusants, mais plus complets. C'est la carte du pays, c'est l'indication de ses productions par des tableaux, ce sont des représentations figurées dont le maître d'école s'aide dans ses explications. Il fait aussi des dictées sur des sujets agricoles, ayant pour objet d'apprendre aux enfants l'orthographe, qu'ils apprennent un peu moins aisément que les notions de culture. L'agriculture n'est pas comme la grammaire une sorte de violence nécessaire faite à leurs aptitudes naturelles et à leur âge, elle est l'atmosphère même dans laquelle ils vivent. Ils n'ont donc qu'à ouvrir l'oreille à ces explications si simples sur les espèces variées d'animaux et de végétaux, sur leurs propriétés utiles ou nuisibles, sur les qualités natives du sol qu'ils habitent, sur les premiers éléments de l'art de cultiver qu'ils voient chaque jour mettre en pratique sans penser à s'en rendre compte. Ils y trouvent le double attrait de ce qui est familier et de ce qui est inconnu. Mais, disons-le : le maître peut ici beaucoup. Il lui faut de l'intelligence, plus encore, quelque étincelle d'âme et de feu sacré. Alors seulement, tout s'anime et prend pour l'enfance un sens clair et frappant. Son esprit se développe à cet exercice d'observation et de réflexion autant qu'à tout autre, en même temps qu'il se nourrit de notions pratiques. Alors aussi, et ce n'est pas le moindre des résultats obtenus, naît et pénètre dans ces jeunes âmes le goût des choses agricoles, l'amour durable de la vie rurale !

Le personnel enseignant est trop souvent aujourd'hui peu préparé à ce genre d'instruction. Il y a dans les écoles

primaires un professeur chargé de donner l'enseignement agricole; chaque élève est tenu de répéter la leçon qui lui est faite. Mais presque partout cet enseignement reste trop abstrait; il ne met pas assez en jeu les facultés du maître et de l'élève; c'est trop souvent comme un catéchisme, dont on répète les mots. En vain chaque phrase a-t-elle un sens précis, chaque description répond-elle à un objet réel, ce sont des livres, et il faudrait des choses !

Nous devons reconnaître pourtant les efforts sérieux faits en faveur de l'instruction agricole élémentaire depuis quelques années par l'initiative des sociétés d'agriculture. Elles ont institué des concours; elles distribuent des récompenses aux maîtres et aux élèves. Les institutrices sont encouragées aussi dans cette voie de l'enseignement agricole et horticole élémentaire oii elles se distinguent plus d'une fois par leur aptitude et leurs succès. Nous avons pu nous procurer sur les résultats de cet enseignement dans l'arrondissement de Caen des renseignements convaincants, constater que ce seul arrondissement a présenté dans 79 écoles 497 concurrents; la Société d'agriculture décernait 75 récompenses aux instituteurs et aux institutrices, 272 aux élèves; dans les arrondissements de Pont-l'Evêque et de Ronfleur nous avons vu donner des encouragements analogues; dans celui de Pont-l'Evêque, une institutrice avait obtenu la principale médaille.

L'arrondissement de Bayeux nous a été signalé comme des plus avancés pour l'enseignement agricole élémentaire. Sur 160 écoles primaires de la campagne, 140

s'occupent avec fruit de ce genre d'instruction. Le jury, nommé par la Société d'agriculture, a décerne 52 médailles et 21 mentions, récompensé une cinquantaine d'instituteurs et d'institutrices, ainsi que les élèves les plus méritants. Ces encouragements reviennent, dans l'arrondissement deBayeux, tous les six ans. N'est-ce pas un terme trop éloigné pour obtenir tous les résultats que permet d'espérer un genre de concours si utile?

Il n'est guère douteux que ces campagnes se ressentiraient heureusement d'une loi qui rendrait obligatoires les notions d'agriculture pour le brevet d'instituteur.

Telle est celle dont le projet est déposé en ce moment même au Sénat*. On aura enfin des maîtres qui joignent à des connaissances moins superficielles le goût des matières qu'ils enseignent. Un tel enseignement ne doit-il pas aussi être complété par des promenades agricoles, par des visites de ferme, par un contact fréquent et familier avec les expériences de tout genre qui se poursuivent quotidiennement sous la forme d'engrais, de fumures, de machines, d'irrigation, de drainage, de cultures diverses, anciennes ou nouvelles? 11 serait inexplicable qu'on s'en tînt à des mots et à des figures, quand les réalités sont à deux pas, et ne demandent qu'à être vues, maniées, étudiées de près*.

' La proposition a été présentée par notre éminenl confrère M. l'arieu et plusieurs de ses collègues sous le titre d'enseignement départemental d'agriculture. Un rapport favorable a été présente en 1878 par M. Hobert- Déhaut, et enfin, en 1879, la loi qui crée l'enseignement agricole dans nos campagnes a été volée. 11 ne nous reste plus qu'à la voir à l'œuvre.

* M. Victor Borie a- lu sur le même enseignement un rapport à la Société nationale d'agriculture. Nous avons aussi sous les yeux un rapport fait par

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