‹ La Normandie (passé et présent)Chapitre 25 sur 84 · CONFERENCES AGRICOLES · texte numérisé non relu

CONFERENCES AGRICOLES

quable par l'ampleur des vues, qui conclut à la fondation de fermes expérimentales, de chaires d'économie rurale dans les écoles centrales et les Universités, et de trois grandes écoles d'agriculture à placer dans les trois principales régions culturales de la France. Tout le monde connaît les courageux efforts de Mathieu de Dombasle, suivis, dans l'ordre pratique, par quelques créations utiles de la Restauration et du gouvernement de Juillet. On ne peut avoir oublié enfin un plan complet, présenté en 1855, par le Conseil supérieur de l'agriculture, et surtout la loi du 5 octobre 1848, avec les trois degrés d'enseignement agricole, desquels on ne laissa subsister que les fermes-écoles et les écoles régionales.

C'est aussi delà même époque que date l'Institut agronomique, alors placé à Versailles, et qui a été rétabli récemment au Conservatoire des Arts et Métiers. Il ne reste plus qu'à rappeler les mêmes vœux énergiquement exprimés lors de la grande enquête agricole de ^1867 par une commission spéciale, après une discussion fort approfondie. A cette tradition déjà longue et si imposante rien ne manque, sinon la consécration des faits.

Pour la Normandie en particulier, si insuffisant que soit, comme je viens de le dire, ce genre d'enseignement supérieur ou moyen, il a été l'objet d'efforts appréciables. Il serait très injuste en effet de ne pas reconnaître que la Normandie possède des professeurs d'agriculture d'un grand savoir, malheureusement trop peu nombreux, et bien éloignés des foyers de la vie rurale. Peu d'agriculteurs peuvent profiter de cours faits à Piouen ou à Caen. On a compris la nécessité de cours nomades. Il y a de temps

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à autre des Conférences agricoles au clief-lieu d'arrondissement ou de canton. Elles sont faites par des hommes zélés et spéciaux, plus souvent par les professeurs officiels. L'initiative en était prise il y a déjà bien des années dans le Calvados, par le- savant professeur d'agriculture à Caen,M. Morière, et antérieurement dans la Seine-Inférieure, par M. Girardin, correspondant de l'Académie des sciences et directeur de la grande école préparatoire scientifique el littéraire de la ville de Rouen. Les conférences de M. Girardin, en 1868, suf les engrais ne furent pas sans influence sur les progrès de l'agriculture pratique en Normandie, non plus que ses éçiits sur la chimie agricole. En rendant justice aux conférences agricoles, on doit pourtant se garder d'en exagérer l'efficacité; les maîtres habiles qui s'en chargent le savent mieux que personne et le disent eux-mêmes tout haut.

Nul doute qu'un petit nombre de cultivateurs n'en tire un excellent parti, car ces leçons portent en général sur les questions agricoles du moment; mais on ne peut se le dissimuler : elles sont peu suivies. Chez les uns c'est l'effet de ces présomptueux dédains de la pratique pour la théorie, de plus en plus rares, sans doute, mais non tant s'en faut effacés ; chez la plupart c'est négligence, crainte de perdre une journée, d'éprouver un dérangement. De telles leçons supposent d'ailleurs déjà quelque savoir. La phiparl ont pour objet les sciences appliquées à la culture. Or, ces sciences, la chimie agricole par exemple, fort à la mode avec raison, car elle a fait de véritables merveilles, ces sciences ont leur nomenclature, leur vocabulaire qu'on ne devine pas, et qu'il est un peu

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lard d'apprendre dans l'âge mûr, lorsque d'autres occupations absorbent la vie d'une manière à peu près complète.

Les fermes-écoles ne soulèvent pas au même degré les préjuges de la pratique ou plutôt de la routine contre la théorie. Elles n'ont pas le caractère déjà scientifique à quelque degré de ces écoles dites régionales, qui existent plus souvent à l'état de projet que de réalités. Cet enseignement des écoles régionales, d'après son programme, joint en elTet à l'agriculture les éléments de chimie, de botanique., de géologie, de zoologie ou de zoothecnie, d'économie ou de législation rurales. Les fermes-écoles ont des prétentions plus modestes. Il n'est guère de classe de cultivateurs qui ne puisse y trouver son compte. Elles devraient se rencontrer fréquemment en Normandie. Il s'en faut de beaucoup pourtant qu'il eu soit ainsi, elles sont à vrai dire extrêmement rares. Nous citerons comme exemple à Domfront, celle de Saint- Gauthier, dirigée par M. Houssin de Sarnt-Laurent, qui relève comme les autres établissements du même genre, du Ministère de l'agriculture et du commerce; elle forme aussi des régisseurs et des contre-maîtres pour les exploitations, et l'instruction s'y présente sous ses aspects les plus pratiques dansdes conditions de gratuité faites pour exercer, ce semble, un attrait plus décisif. Ce solide apprentissage agricole dure deux années. L'établissement de Saint-Gauthier donne bien l'idée d'une ferme qui mérite le nom d'école, avec son vaste champ d'expériences, formé par un domaine de I4o hectares, dont 100 en prairies et en teries cultivées, et 45 en bois. Une

lulle éLendue a de quoi largement suffire à des éludes variées. Chacun, tout en recevant des notions générales de culture, peut s'occuper d'une spécialité. Ceux qui veulent étudierl'élevage, l'engraissement des animaux, l'industrie laitière, trouvent là un nombreux bétail; des jardins, des pépinières sont à la disposition des futurs maraîchers et jardiniers, initiés aux détails de l'arboriculture, des plantes de serre, etc. La ferme-école de Saint-Gauthier a eu plus d'une épreuve à traverser avant d'arriver à acquérir une existence solide. Elle peut se flatter aujourd'hui d'avoir doté l'agriculture de quelques centaines de jeunes gens bien préparés à leur tâche. C'est quelque chose qu'un tel résultat, mais combien c'est peu par rapport à de si nombreuses populations et à des besoins si étendus!

L'esprit positif de ces populations devrait s'en convaincre pourtant. L'instruction professionnelle peut enrichir un pays. On nous faisait remarquer, dans l'arrondissement de Bernay, des perfectionnements sensibles introduits depuis quelques années. On les attribuait à un petit nombre de fermiers et de cultivateurs instruits et munis des procédés les plus avancés, venus du Nord et de la Belgique. Ce que leurs prédécesseurs ne faisaient point, ils l'ont fait. L'exemple a servi de professeur. Les progrès d'un enseignement plus fort assurent et multiplient presque parlent de tels résultats. Par contre le défaut d'une éducation véritablement spéciale cause d'irréparables dommages. Par exemple, rien n'est plus rare en Normandie qu'une bonne comptabilité agricole dans les fermes. C'est que la pratique

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