LES FERMES-ÉCOLES EN KORMMDIE
ne l'enseigne pas ; il faut avoir pris des leçons. Les fermes où il y a des registres tenus avec soin sont exceptionnelles, et la plupart n'ont pas de registres du tout. Ceux qui en ont aiment à les montrer comme une preuve de supériorité qui les distingue de leurs voisins. Ils nous font voir ces tableaux, où rien n'entre, où rien ne sort de la ferme, qui ne soit inscrit, évalué. Ce qu'a coûté ou rapporté tel animal de trait ou destiné à l'engraissement depuis le jour de sa naissance ou de l'achat qui en a été faite au marché, jusqu'au moment où il a été vendu, est consigné avec le plus minutieux détail. Chaque existence a pour ainsi dire son dossier. Nul budget mieux établi, nul avertissement plus efficace si on fait fausse route. Un tel registre peut frapper les moins spéciaux en ces matières, car l'ordre est une chose belle à voir sous toutes les formes. Pour les intéressés c'est tout profit que de telles habitudes. Il est rare que ceux qui les portent dans ces comptes ne les aient pas dans leurs autres façons d'agir. N'est-ce pas à ce registre en définitive que tout vient aboutir, leurs travaux , leurs calculs, le passé, le présent et l'avenir de l'exploitation? Si l'on nous demande quelle est, en définitive, au milieu de tant de desiderata, la source la plus féconde de l'instruction agricole en Normandie, nous répondrons : l'émulation qui résulte d'exemples lentement suivis, et ensuite les récompenses données aux cultivateurs depuis les plus modestes, jusqu'à ces primes d'honneur qui s'adressent aux agriculteurs émérites. On a remarqué que de tout temps les Normands ont poussé très loin le goût des distinctions. Ils n'ont pas dégénéré à cet égard.
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On disculc beaucoup en Normandie comme ailleurs sur la valeur de ces récompenses relativement aux résultats sérieux obtenus. Il n'est pas douteux qu'elles n'aient stimulé plus d'un progrès. L'amour-propre est ici moins timide que l'intérêt; il pousse à oser. Les concours ont du bon, disent eux-mêmes ces cultivateurs, à demi satisfaits, qui se croient lésés par ce que qu'ils n'ont pas atteint la plus baute récompense. Quelques-uns pourtant mettent dans leurs plaintes une certaine amertume. Les agriculteurs, à cet égard, ne sont pas moins irritables que les industriels. Ils accusent aisément leurs rivaux de brigues et de manœuvres. Mais il est rare qu'ils ne se jettent pas dans l'arène avec une ardeur nouvelle. La fierté légitime et souvent toucbante des cultivateurs qui ont été distingués dans les concours s'étale avec leurs médailles dans le salon ou la saile à manger. Les objets donnés en prime occupent une place d'bonneur. C'est un trophée dont la famille tout entière est fière, et qui se transmet du père aux enfants.
J'ai nommé les Sociétés d'agriculture et les Comices agricoles comme les principaux foyers d'instruction agricole en Normandie. On ne saurait, en effet, leur contester ce genre de services. On ne voit nulle part plus d'activité. Ce n'est pas assez pour ces associations d'encourager les notions d'agriculture dans les écoles primaires par des prix, elles mettent des questions à l'étude qui, préparées dans des commissions, deviennent l'objet des discussions, de rapports. Outre ces associations, réparties sur tout le territoire, et qui y entretiennent un certain mouvement favorable à l'agriculture, j'en citerai
SOCIÉTÉS n'AGRlCULTURE. — COMICES —ASSOCIATION iSORMANDE. I'.»7
une autre plus nombreuse et plus importante comme société savante, VAssociation normande, qui occupe un rang éminent parmi les sociétés du même genre dans noire pays. Organisée par un homme d'un grand zèle et d'un grand mérite, M. de Caumont, elle a compté et compte des hommes considérables, plusieurs qui furent l'honneur de l'Institut de France, tels que M. Elie de Beaumont, M. Vitet, M. Guizot. Cette association a surtout deux grandes spécialités, l'archéologie et l'agriculture. Elie réunit ses travaux chaque année dans un .4/1nuaire, que toutes nos provinces feraient bien de prendre pour modèle pour compléter leurs annuaires statistiques, trop secs et trop peu féconds en ce genre de documents qui ne sauraient se traduire toujours par des chiffres. Chaque année l'Association se transporte sur un point de la Normandie ; elle y tient des séances publiques, et son séjour est accompagné de fêtes locales. L'agriculture spéciale de la contrée, ses essais, ses desiderata, y deviennent l'objet de rapports et de débats souvent pleins d'intérêt. C'est bien là aussi une sorte d'enseignement où les populations sont conviées, un peu rarement sans doute, mais qui jette quelques heureux germes et qui donne à l'esprit des campagnes un salutaire éveil. On organise dans quelques régions — et c'est aussi une des questions qui ont été disculées par V Association normande * — des musées agricoles cantonaux. Un
5^ * L'auteur de ce projet est M. Et. Groult, docteur en droit, à Lisieux, qui, lui-même, a organisé quelques musées de ce genre dans plusieurs cantons de la Normandie. Il s'en est fait aussi ailleurs depuis deux ou trois ans.
tableau indique et représente les différentes races d'animaux élevées ou qu'il convient d'élever dans le canton. D'autres font le même office pour les insectes utiles ou nuisibles. Une liste est dressée des plantes cultivées dans le canton et de celles qu'on pourrait introduire, comme des plantes nuisibles qui y croissent spontanément. Un autre tableau représente les modèles des principaux instruments primés dans les concours régionaux de la dernière année. Il s'y joint où il doit s'y joindre une vitrine géologique comprenant un spécimen de tous les terrains du canton, et en face, une gravure indique ou devra indiquer les principaux fossiles propres à ce terrain. Le même plan de musées agricoles, plus ou moins réalisé déjà, ajoute une carte géologique du canton, avec une vue des différentes couches, et achève ainsi de donner l'idée de la constitution du sol. On fait aussi figurer dans ces musées agricoles des préceptes d'hygiène, les noms et la biographie abrégée des hommes distingués qui ont honoré le canton.