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RAPPORT DES OCCUPATIONS ET DU RÉGIME DE VIE AVEC LE SOL ET LE CLIMAT

La condition des populations agricoles étant en partie déterminée par les circonstances physiques qui aident ou contrarient leur activité et tendent à la rendre plus ou moins féconde, et lui impriment tantôt une direction, tantôt une autre, nous devons, avant d'examiner la situation économique. des propriétaires ruraux, des fermiers, des ouvriers agricoles, d'abord mettre ces populations en regard du théâtre où elles exercent leurs travaux, montrer leur aspect général, et indiquer le régime de vie propre à chaque région agricole.

Le sol de la Normandie passe pour présenter une fertilité exceptionnelle. Ce jugement n'est exact que pour une partie seulement de la province : il faut commencer par faire exception pour environ la moitié. La presqu'île du Cotentin repose sur le granit. Si les habitants n'avaient dû compter que sur la puissance productive naturelle du sol, ils seraient loin de présenter le spectacle de l'aisance. Le Perche n'est qu'un assemblage de petites chaî-

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lies à sommets stériles. L'autre moitié de la Normandie se ])résente dans des circonstances bien plus favorables, mais avec d'assez grandes inégalités; presque toujours l'homme y est condamné à des efforts habiles et répétés. Il faut moins de travail, quoiqu'il en fiiille aussi pour cultiver les vastes espaces destinés au pacage.

Ces espaces, qui si souvent donnent à la Normandie l'aspect verdoyant de l'Angleterre, couvrent 500 000 hectares, c'est-à-dire plus du sixième du sol.

La culture herbagère joue nécessairement un grand rôle sur un tel théâtre; mais il y a place pour presque toutes les productions qui ne réclament pas les conditions climatériques du Midi. La })lus grande partie des terres appartient à la culture arable. Les populations offriront de même certains traits communs qui les rapprochent et semblent les confondre; elles auront aussi leurs traits dislinctifs déterminés par les circonstances particulières où elles se trouvent placées. Elles feront des a])plications diverses de leur activité, et de tout cet ensemble de causes il résultera des dilférences sensibles dans leurs habitudes et comme des types variés que je m'attacherai à faire connaître.

LA llAUTK-NOnMANDIE — LE CAUX — LE BIIAY — LE VEXIN NORMAND LES POPULATIONS DE L'EURE, DE L'ORNE

Ce qu'on appelait et ce que l'usage persiste à nommer la Haute-Normandie attire avant tout nos regards par son

ÉTAT ÉCONOMIQUE DES l'UI'ULATlONS. — LE PAYS DE CAUX. 205

rapprochement de la capitale. Elle est aujourd'hui en grande partie formée d'abord par la Seine-Inférieure, dont la surface est un vaste plateau sillonné par des vallées, et surmontée de quelques collines peu élevées, qui n'atteignent pas 250 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Tout indique une région prédestinée à la culture des céréales et au labour. Tel est le caractère du })ays de Caux. Les populations y cultivent, outre le blé, divers végétaux qui ont but la nourriture de l'homme et des animaux ou un emploi industriel; la betterave, les graines oléagineuses, les prairies artificielles occu- [)ent une place dans ces terres fertiles en général, et qui le sont particulièrement dans certaines parties où la terre végétale est d'une profondeur exceptionnelle, comme on le voit dans l'arrondissement du Havre.

Aussi les populations de laboureurs qui habitent les cantons de Goderville, de Saint-Romain, de Colbosc, et de plusieurs autres qui les avoisinent, nous présententelles de vrais types d'aisance et d'un bien-èlre dû à un travail très réel, mais non à d'excessifs efforts. Un sol heureux se prête ici à un labeur assidu, mais modéré. Le sol est plus léger lorsqu'on approche de la mer; il devient ferrugineux vers Fécamp. Circonstances favorables encore, mais non pas au même degré : si la nature argileuse du sol le rend fertile, il est froid, et veut être amendé par un énergique marnage. Ce qu'il a de trop léger dans certaines parties exige qu'on ait recours aux engrais. Ailleurs, il faudra combattre la présence du silex mêlé à l'argile dans de grandes proportions. Les arbres fruitiers ne pourront guère se développer au delà

-ion LES POPULATIONS AGRICOLES.

(l'un certain degré. La nalure de l'obstacle change du côlé de Rouen, dans quelques parties aussi de l'arrondissement de Dieppe, si fertile : là c'est l'humidité qu'il faut s'attacher à vaincre. Nulle part donc la lutte n'est absente; mais le travail n'est nulle part découragé; il se montre partout rémunérateur.

Arrêtons-nous un instant sur le pays de Caux, favorisé par des conditions naturelles, qui ont dès longtemps déterminé le genre de travaux de ses habitants et produit leur aisance^ Sauf des interruptions dues à nos guerres et la mauvaise administration du royaume, cette campagne a joui d'un bien-être héréditaire et a vu s'établir

* Caudcbec faisait au quatorzième siècle un commerce considérable de denrées agricoles par terre et par mer. Sa richesse lui créa la sécurité et lui donna le moyen de s'envelopper de fortes murailles. Elle était considérée comme la clef de la Seine, et aucun navire ne pouvait passer sans raser ses quais. Tout ce que fit et souffrit la population de Caudebec pour la cause du pays, pendant la première moitié du quinzième siècle, donne de sa puissance une idée à laquelle ne répond pas son état actuel. Elle soutint en 1-419 un siège de six mois contre les armées d'Henri V d'Angleterre, et après une défense héroïque, elle eut Talbot pour gouverneur. Elle prit une part glorieuse à l'insurrection de li55 contre les Anglais, et reçut triomphalement Charles Vil en 1449. L'expulsion des Anglais fut chez elle le signal d'un essor très remarquable de l'industrie. Plus tard, la Ligue et la couronne se disputèrent avec acharnement Caudebec, dont la possession était alors une des conditions de la sûreté de Rouen. Ces temps de troubles passés, la ville conserva ses fibriques et ses relations de commerce avec l'Angleterre et la Hollande. En 1085, au moment de la révocation de l'édit de Nantes, elle fournissait tout le nord de l'Europe de ces chiipeaux autour desquels Boileau lisiiil la préface des livres que Colin faisait contre lui. Les maîtres et les ouvriers furent dispersés à celle époque désastreuse, cl Caudebec perdit en même temps son état industriel et son état militaire. La campagne s'es>t ressentie des mêmes circonstances. Elle décline à la même époque, i)our passer par des alternatives de souffrance et de prospérité durant les années qui suivirent.

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