ÉTAT ÉCONOMIQUE DES POPULATIONS. — LE PAYS DE CAUX
(les traditions agricoles fortement caractérisées. Il a fallu les misères de la fin du dix-septième siècle et d'une partie du dix-huitième à la veille de la Révolution pour justifier, momentanément la peinture peu avantageuse qu'en a faite Arthur Young. Encore est-il vrai qu'en accusant l'état arriéré de l'agriculture cauchoise, Young déclare le sol inépuisable. La population agricole de Caux était dès lors entourée de manufactures, et c'est à cette circonstance même que Young attribuait sans trop s'expliquer l'infériorité agricole. Youlait-il dire que dans les pays où les capitaux sont absorbés par l'industrie, l'agriculture est exposée à souffrir de l'insuffisance des intelligences et des bras? Pourtant ne sait-on pas aussi que ce voisinage est très souvent profitable? Il est certain que les manufactures se sont multipliées, développées dans le Caux, et que l'aisance des populations rurales n'a fait qu'y gagner. Le voyageur anglais n'incrimine pas seulement le voisinage des usines, mais le mélange de la manufacture et de la ferme. S'il revenait vjsiter le pays de Caux, il verrait que le même mélange persiste aujourd'hui, sans que ce soit, il s'en faut, toujours au préjudice des exploitations. Il s'est établi dans les fermes d'assez nombreuses distilleries de betteraves. L'expérience a permis de conclure en général que les industries dont les travaux peuvent être annexés à la ferme doivent souvent être accueillies avec faveur; elles servent même au progrès agricole, et deviennent la source de bénéfices importants pour les cultivateurs qui savent en tirer parti. Pourtant il y a là un écueil. On peut craindre que l'appàl des premiers bénéfices considérables réalisés par la
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distillation des racines sucrées n'ait pour effet de multiplier à l'excès ce genre d'exploitation. Il est arrivé plus d'une fois qu'une partie du capital agricole passait dans des exploitations chanceuses, condamnées à employer un matériel dont il fallait, malgré tout, continuer à se servir, pour ne pas subir les dépréciations inévitables que le chômage entraîne*.
Le pays de Caux tire mieux parti qu'autrefois des circonstances physiques, qui n'ont pas changé, mais qui sont exploitées par une population plus instruite. Lepecq de la Clôture, au moment de la Révolution, accusait les cultivateurs d'une négligence extrême dans la manière dont ils faisaient la récolte de bons grains qu'ils laissaient perdre en partie. Si les cultivateurs de ('-aux ne sont pas les plus laborieux de la Normandie, ils ne reculent plus devant la nécessité du travail. Comme au dix-huitième siècle, ils continuent à estimer les jouissances du bien-être et de la table, mais ils les achètent par leur assiduité à remplir leur lâche quotidienne. On connaît leurs succès dans les concours agricoles. La
* « A moins de circonslaiiccs exceptionnelles, écrit M. Marcliant) dans SCS Études sur le pays de V..a\\, le cidtivalenr cauchois ne doit pus se faire indusiriel, et malgré cerlaincs doctrines (pic l'on clicrchc à faire prévidoir aujourd'hui, il d»it rester avant tout le père nourricier de son pays; il doit s'attacher à produire le blé et le vendre ai.x meilleures conditions, parce que, s'il le fait avec convenance et hahilelé, il le fait aussi avec grand profil. Cependant il peut aussi qucl'|uefois, et il doit même, parce que c'est pour lui une source de revenus assurés, se faire rapprovisionneur de l'industrie, pourvu qu'elle lui paye ses laines, ses colzas, ses lins et ses betteraves h un taux rémunérateur; mais il ne saurait pas aller au delà, et il ne le duit faire que dans les les limites restreintes par la quantité des agents de fertilisation dont il peut disposer, sans diminuer lintensité de sa production en froment. » C'est donc une question de mesure.