PREFACE. XI
connaître, pour l'aimer saine et forte, pour la maintenir telle et développer encore ses ressources de tout genre, pour la guérir malade, si les remèdes, comme je n'en doute pas, sont en notre puissance. Comment croire que des études consciencieuses ne peuvent y aider d'une manière sérieuse?
Dans ce travail, nous avons mis peu de généralités, nous n'avons pas fait de polémique. Nous avons pensé qu'elles seraient ici déplacées. L'économie politique comme science vise aux lois, aux lois générales qui gouvernent la production, la distribution, la consommation. Il en est de tellement claires, de tellement établies, qu'on peut s'y appuyer, mais nous évitons toute recherche de cette sorte, et nous avons soin d'écarter non seulement tout appareil, mais toute pensée systématique. Nous ne prétendons pas aller plus loin que les classes, c'est-à-dire que nous décrivons des genres, des types de cultivateurs, qui se dégagent sous l'influence de telle nature de sol, de climat, de cultures. Tels par exemple Vherbayer, le cultivateur de la plaine, le propriétaire ou fermierusinier, qui fabrique le beurre dans le Bessin, le petit propriétaire du Bocage, qui lutte à force de courage et de patience contre un sol ingrat, et aussi ce qu'il y a de propre aux populations agricoles des diverses circonscriptions de la Normandie. Le reste appartient à la statistique morale ou économique procédant, comme toute statistique régulière, d'abord par des cas particuliers qui, lorsqu'ils se présentent en nombre suffisant dans des conditions analogues, deviennent des vérités gêné-
xu TRÉFACE.
raies. Ainsi se forme, appuyée sur des chifl'res, noire appréciation des tendances de la propriété rurale, de In situation des propriétaires qui font valoir eux mêmes, ou des fermiers; de l'état des baux, de l'alimentation, du vêtement, de l'habitation; des questions de maind'œuvre, do salaires et de gages, d'émigration ou dlim- ^ migration, chez les ouvriers agricoles, . ■
Quel avantage il y aurait à ce que de tels documents existassent complets et condensés poùr'toutes les époques et toutes les provinces de Tancienne France ! Ce qui en paraît, à certains moments, est même dans les écrivains. , les plus médiocres recherché avec avidité. Prqsque toujours il faut compulser les vieilles archives, au prix de quelles difllcultés de toute soite, et trop souvent sans succès, comme aujourd'hui encore il faut s'adresser au prix de bien des efforts à tous les moyens d'information. Modestes ouvriers de l'heure présente, tâchons de préparer pour l'avenir de tels documents nets, précis, exacts, dépouillés de ce qui les encombre et les obscurcit, c'està-dire des éléments étrangers qui s'y mêlent; et, en étant de quelque utilité peut-être à la Patrie, qui retrouve là son image fidèlement reproduite sans dénigrement et sans flatterie, nous aurons chance aussi, pour obscur que nous soyons, de laisser quelques matériaux à l'Histoire.
Henri Baudrillart.