ÉTAT ÉCONOMIQUE DES POPULATIONS. — LE PAYS DE CAUX
de vie diffère sensiblement de celui des cultivateurs du Gaux. Les loisirs y sont plus grands. Quoique ces populations soient bonnes en général, on y rencontre plus de délits et de crimes que dans la population cauchoise. La richesse du pays de Bray a dû ses principaux accroissements aux qualités de son sol. Il est éminemment propre à nourrir le bétail, l'espèce bovine notamment, et à obtenir une quantité et une qualité de lait remarquables.
Mais un industrieux travail s'est joint à ces dons naturels. La fabrication du fromage et du beurre est pour les habitants une source importante de revenu et de bienêtre. La principale ville de l'arrondissement, Neufchâlel, donne son nom à un fromage très connu. Ces produits désignés tantôt sous le nom de frais^ ou de raffiné., ou de fromage de /oin, esi)èce k beaucoup meilleur marché et qui sert à la nourriture des ouvriers, empruntent leur nom générique à la même ville, bien qu'un grand nombre soit fabriqué à Gournay, ou près de cette localité. Tel de ces fabricants reçoit chaque jour des fermes qui l'avoisinent le lait de 5000 à 4000 vaches. Tel autre emploie le lait de 1500 vaches, dont 100 sont entretenues sur son exploitation. Dans la première de ces exploitations, vous trouvez 150 ouvriers employés chaque Jour. A Gournay, on en voit 50 dans une véritable usine. A Paris, où les produits sont expédiés chaque soir, 50 autres ouvriers sont employés dans une maison où s'achèvent les travaux préparatoires faits à Gournay ; enfin 50 autres ouvriers sont employés à Clermont, dans l'Oise, où l'on confectionne les boîtes qui sont toutes
en peuplier abattu dans le pays de Bray\ Ces détails expliquent quelle source de travail et d'aisance une seule industrie agricole accessoire peut être pour ces contrées, lorsqu'on voit dans une de ces usines, le nombre de fromages fabriqués chaque année n'ôlre pas moindre de 6 millions, qui représentent 1200 000 francs, et lorsque la fabrication de l'autre établissement que nous avons cité peut, dit-on, être évaluée à 800 000 francs. Plusieurs autres établissements de ce genre contribuent à la richesse du Bray. L'industrie fromagère de l'arrondissement de Neufchâtel était évaluée par M. Guesdon du Lesmont, il y a peu d'années, à un chiffre de 6 480000 francs. Ajoutez une autre fabrication due au môme heureux concours de la nature et du travail, le beurre de Gournay, production qui représente environ 7 millions de francs, et qui est loin d'équivaloir à toute la production du pays de Bray, moins encore à celle de toute la Seine-Inférieure, laquelle en vend près de 26 millions et demi ! Ce que représente de salaires comme de profits une pareille somme, on peut s'en faire une idée*.
Les conditions physiques n'ont pas seules et falalc-
1 V. la brochure do M. Morière sur V Inditslrie fromagère, dans iaScinc- Inférieure (Caen, 1877), et celle sur VIndustrie heurriérc, dans le même département, à laquelle nous empruntons aussi des indications et des chiffres.
- D'après les calculs de M. Morière, l'estimation de M. Guesdon de Lesmont est aujourd'hui fort dépassée, et serait au-dessous de la réalité, même pour l'époque à laquelle elle se rapporte. Les deux tiers de ces 20 millions doivent être attribués au seul arrondissement de ÎNeufchâtel. C'est un bon et pour une région de médiocre étendue. Le pays de Bray justifie par là les avantages spéciaux dont la nature l'a pourvu.