ÉTAT ÉCONOMIQUE DES POPULATIONS. — LE PAYS DE BRAY
ment déterminé le genre de travail et le degré de bienêtre dans la Haute-Normandie. Les preuves en abondent ; qu'on voie par exemple ce qui se passe près de la grande ville, qui dès longtemps a le privilège de représenter la Haute -Normandie avec éclat. On rencontre près de Rouen des terrains d'une stérilité extrême. Ils forment les communes de Quevilly, de Solteville, etc. Trop peu argileux })0ur admettre la culture des céréales et des plantes industrielles, la pomme de terre en a tiré un meilleur parti. Mais surtout les cultivateurs se livrent à l'engraissement du bétail, à la production du lait. La proximité de Rouen et de tout ce qui peut faciliter un débouché abondant a changé leur condition. Cette circonstance a suffi pour les rendre confiants et actifs. Elle les a forcés à s'instruire. Elle les a fait riches sur un sol pauvre. Un de nos confrères le remai'quait, il y a près de vingt ans : si le progrès est loin d'être égal dans toutes les parties de la Seine-Inférieure, les exemples en sont assez multipliés pour entraîner ce qui Teste en arrière. M. Baude avait raison : le produit brut de la terre qui n'était sous l'ancien régime que le double du produit net, en est devenu successivement là le triple, ici le quadruple ; secondée par quelques circonstances favorables, l'ingénieuse économie des cultivateurs a constitué des capitaux dont la destination uniformément agricole a accru singulièrement la puissance. Toutes ces circonstances naturelles ont été particulièrement aidées par la loi de 1856 sur les chemins vicinaux, dont l'application dans cette contrée a été aussi large qu'intelligente.
La population de la Hautc-Normandic présente en conséquence, avec ses éléments diversifiés de bien-eire, avec ses cultures variées, des populations elles-mêmes remarquablement différentes les unes des autres. J'ai choisi pour exprimer ces diversités les deux régions qui les représentent le mieux, le Caux et le Bray. Mais dans les mêmes arrondissements on rencontre souvent ces deux éléments différents, les laboureurs et les éleveurs, les uns et les autres en nomljre considérable. L'arrondissement de Neufchâtel renferme un grand nombre de propriétaires éleveurs ; car il entretient en effet plus du tiers du nombre des bêtes bovines. Quantité de propriétaires et de fermiers s'adonnent à l'élevage des moulons dans les arrondissements de Dieppe et d'Yvetot. Les chevaux sont répartis presque en nombre égal dans les différents arrondissements. Passons à une autre région.
Les populations de l'Eure couvrent une partie de l'ancienne province de Normandie, et, au sud, quelques parties du Perche. La Seine arrose cette contrée qui la traverse du Sud au Nord-Ouest, dans les arrondissements d'Evreux, de Louviers et des Andelys. Nous y retrouvons l'action exercée sur les occupations agricoles et le degré de fécondité du travail par les mêmes influences de sol et de climat, modifiées par l'aclivilé humaine et par la science. Le département de l'Eure, par sa configuration même, se prête à une assez grande variété de cultures. Il présente des coteaux à la culture forestière et fruitière, des plaines pour les céréales, des vallées pour les prairies, mais là aussi se rencontrent des obstacles caractérisés, et il est remarquable à quel point ils influent