LES POPULATIONS DE L'EURE
sur les occupalions et sur le degré même de ractivilé des cultiva leurs. Comment ne pas être frappé chez ces populations, avec un bien-être qui frappe les yeux, de rares qualités de travail patient, d'économie, de prévoyance? Eh bien, elles sont le fruit en partie des conditions physiques qui imposent aux habitants une prévoyance calculatrice ! — L'eau même, on ne se la procure pas facilement; elle est pour la plupart des habitations rurales une sorte d'acquisition à titre onéreux. Très inégalement répartie, elle manque souvent dans la plaine, et la nature du sol ne permet pas toujours aisément d'établir des citernes et des puits, qu'il faudrait creuser à une trop grande profondeur. On recule devant les frais qu'exigent de pareils travaux, et l'eau est très fréquemment recueillie dans des mares. — La température ne force pas à moins de prévoyance. Les variations thermométriques oscillent entre 8 ou 10 degrés au-dessous de zéro et 25 ou 50 au-dessus, et les changements sont souvent soudains. Les alternatives, brusques aussi, de gelée et de dégel, compromettent les récoltes ensemencées. Ce n'est que par une perpétuelle attention que ces difficultés peuvent être surmontées. La composition du sol vient s'y joindre. Elle n'exige pas de moindres efforts de calcul. Il résulte d'un travail savant et bien connu, dii à M. Antoine Passy, sur la géologie du département de l'Eure, que la composition de ce sol offre à la fois ce caractère de favoriser la culture par quelques-unes de ses qualités et de présenter des obstacles tels qu'ils tiennent en éveil l'activité des populations sans la décourager. Tantôt c'est l'excès du sable et de
la pierre qu'il est absolument indispensable d'amender par des marnages et des fumures répétés. Tantôt c'est la craie blanche, qui se rencontre à peu près partout dans ce département, mais qui, dans les plaines, est recouverte le plus habituellement par un mélange d'argile et de silice, tandis que, formant le versant même de nombreux coteaux, elle les rend peu propres à la culture. Au contraire le mélange d'argile et de sable n'a rien le plus fréquemment qui puisse désespérer l'effort des populations. Ces terres sont au nombre des meilleures pourvu qu'on y ajoute en quantité suffisante du calcaire et des engrais ; ce sont celles qui donnent dans l'Eure les meilleures récoltes. La terre siliceuse, convenablement amendée, livre au moins des récoltes passables.
Des renseignements recueillis avec soin, il y a peu d'années par M. Londet, professeur à l'école d'agriculture de Grand-Jouan, permettent d'apprécier dans l'Eure cette diversité de productions, qui accompagne une remarquable aisance. Je ne fais qu'indiquer quelques chiffres qui n'ont pas sensiblement varié. On peut prendre une idée de cette riche région par la simple énuméralion des cultures si variées qui se la partagent. Ici, c'est l'arbre indigène, le pommier, qui couvre 22 607 hectares ; là, ce sont le froment, le méteil , le seigle, l'orge, l'avoine, la pomme de terre, les légumes secs, le colza, le chanvre et le lin, plantes textiles qui couvrent 1057 hectares, dont 849 pour l'arrondissement de Pont- Audemer, le seul qui fasse de cette culture une spéculation. Ailleurs, c'est la betterave. On rencontre encore