L'ORNE. — L'ANCIEN PERCHE, LE DUCHÉ D'ALENÇON. ETC
Avant 1790, l'Orne comprenait le duché d'Alençon, la plus grande partie du Perche et une petite portion du Maine. L'élevage des chevaux et de bétail y occupait déjà une place considérable, selon les indications fournies par le sol lui-même, qui offre, en effet, quelques particularités assez frappantes. Des collines élevées y forment de vastes plateaux. On y trouve des landes et des champs fertiles, des bruyères et de gras pâturages, des coteaux boisés et des plaines, semées de parcs et d'habitations. Les ruisseaux, les petits étangs y abondent, eton y compte jusqu'à 518 rivières. Cette abondance de l'eau ne permet pas seulement le développement d'une nombreuse population d'herbagers et d'éleveurs, elle est la source d'une force qui, venant en aide aux manufacturiers, favorise l'existence de populations industrielles, tantôt tout à fait distinctes de la classe des cultivateurs, tantôt mêlées plus ou moins au travail et à la vie agricoles. Si l'humidité est pour ces populations un auxiliaire puissant, elles ont aussi à en combattre l'excès, impuissantes jusqu'à présent à venir à bout de ces marais qui couvrent 500 hectares, et qui résistent aux dessèchements. L'Orne n'est [)as non plus à l'abri des inégalités de la température selon les régions. Ici l'air est vif et sec (sur les plateaux, notamment dans les environs de Mortagne, d'Argentan,
de Domfront, etc.). Là une épaisse brume couvre fréquemment les vallées. Des printemps exposés à des changements particulièrement rapides, les derniers mois de l'été plus chauds et plus orageux qu'il n'est ordinaire dans les régions du nord-ouest, les pluies, les neiges, les gelées déterminées parles circonstances locales, soumettent la végétation à des épreuves, le cultivateur à des risques qui contribuent certainement là aussi à développer les qualités vigilantes dont la petite propriété a tiré grand profit dans ce département depuis 1789. Les progrès croissants de cette petite propriété, portée dans l'Orne parfois jusqu'à un morcellement dont plusieurs s'alarment, j'aurai à les signaler, à les a})précier, en parlant des propriétaires ruraux en Normandie dans un chapitre suivant.
En attendant, sans dissimuler les imperfections, les souffrances, quand elles se rencontrent, on ne peut pas ne pas reconnaître les progrès accomplis dans l'Orne, quoiqu'ils n'égalent pas ceux de la plupart des régions de la Seine-Inférieure et de l'Eure, et qu'ils soient moins également répartis dans les différentes ])arties du département. Le blé, dans l'Orne, rend 15 hectolitres 40 lities en moyenne à l'hectare, soit 6 fois 1/2 la semence. Aussi la récolte ne suffit pas aux besoins de la consommation locale. Il faut faire exception pour l'arrondissement de Mortngne, lequel présente ordinairement un excédant de produits qui s'exporte dans les départements voisins. Au contraire les arrondissements de Domfront et d'Alençon subissent chaque année un déficit qu'explique l'infériorité de leurs terrains, et que peut combler à
LES POPULATIONS DE L'OKNE. S'il
peine le surplus de récolte obtenu dans l'arrondissement de Mortagne. Malgré la fertilité de ses champs, l'arrondissement d'Argentan ne récolte pas non plus suffisamment de blé pour sa consommation, à cause de la très grande étendue des herbages qui avoisi nent le paysd'Auge, et qui composent une partie importante de son territoire dans les cantons d'Exmes, de Gacé et de Yimoutiers.
M. Malo, inspecteur général de l'agriculture, dans un savant travail, et VEnguête de 1867, donnent des renseignements sur celte région qui, confirmant ce que nous venons de dire, achèvent de faire connaître les travaux et le régime de vie de ces cultivateurs. Le méteil, le seigle et l'orge ne fournissent que des rendements jugés inférieurs par les agronomes : 15 hectolitres à l'hectare constituent la moyenne générale : soit sept fois la semence. Le méteil et le seigle sont consommés dans les ménages; l'orge entre aussi dans la fabrication du pain, pour bon nombre de localités pauvres ; mais le plus généralement on la fait moudre pour les animaux. La récolte de cette dernière céréale suffit à tous les besoins.
C'est donc, malgré la part à faire à l'élevage, une population de laboureurs, et qui sont médiocrement nourris dans quelques régions. On cultive beaucoup l'avoine dans les arrondissements d'Argentan, de Mortagne, moins dans ceux de Domfront et d'Alençon. Elle occupe le plus souvent les terres de qualité inférieure, et succède toujours à une première céréale qui a épuisé la fumure qu'on y a mise.
Dans les années de cherté, l'avoine fournit un appoint pour la nourriture à la population nécessiteuse qui ha-
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bite l'ouest cl le sud-ouest du département; et bien que cette céréale soit distribuée à un assez grand nombre de bêtes chevalines, on en exporte encore cbaque année près de 100 000 quintaux métriques,
On peut signaler d'autres preuves d'une infériorité relative à certains égards : « Le sarrasin est essentiellement la plante des terrains pauvres, car il réussit dans les sols granitiques; aussi sa culture se rencontre-t-ellc dans l'ouest de l'Orne. Il y rapporte en moyenne 1675 litres de grain à l'hectare. Tout est consommé sur place, pour la confection de galettes et de bouillie qui servent à nourrir les gens de la campagne. » (M. Malo.)
Toute une population d'éleveurs doit son existence à la nature du sol. Des prairies naturelles forment presque le cinquième de l'étendue du département ; elles sont principalement situées dans les arrondissements d'Argentan, d'Alençon et de Mortagne. L'arrondissement d'Argentan, dont la superficie compte à peu près 187 000 hectares, renferme à lui seul 55000 hectares de prairies; c'est là une des principales richesses de cette région. La valeur des prairies varie entre oCOO et 5000 francs l'hectare; elle atteint parfois 6 à 7000 francs.
Dans cette même région enfin l'industrie modifie le régime des cultures comme des hommes. Les plantes textiles ont pris une importance duc aux progrès des manufacturiers. Le filage et le tissage des toiles de chanvre et de lin occupent, de temps immémorial, beaucoup de bras dans ces campagnes de l'Orne.
Dom front, Alençon, Mortagne et Vimoutiers sont le centre d'une fabrication et d'un commerce jouissant d*unc