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OUVRIERS AGRICOLES. — DIFFICULTÉS DE LA MAIN-ICŒUYRE

liberté qui conduit à l'équité par la lutte, est achetée, comme toute liberté, au prix de difficultés et de conflits que la servitude supprime. Dans l'agriculture aussi bien que dans l'industrie manufacturière, le capital et le travail sont étroitement unis, leur intérêt est au fond le même, mais ils se heurtent dans le règlement de la part afférente aux profits et aux salaires, jusqu'à ce que la concurrence termine le différend. Si le propriétaire, si le fermier ne se décident à augmenter les salaires que sous l'empire d'une nécessité qui les y contraint, d'un autre côté la rareté de la main-d'œuvre rend les travailleurs très exigeants. Qu'ils demandent la meilleure paye possible, cela est dans la nature des choses, mais le manque à leurs engagements constitue un abus inexcusable. 11 n'est pas rare que, au mépris de leur parole, les ouvriers quittent les travaux entrepris à la première offre de paye supérieure et même au moindre caprice, ce qui porte l'atteinte la plus grave aux intérêts des entrepreneurs de culture arrêtés en pleine moisson, ou obligés de subir les conditions les plus onéreuses, ou encore de faire appel aux ouvriers les plus médiocres, souvent à des aventuriers qui courent les chemins et n'offrent de sécurité sous aucun rapport.

Certains fermiers ne voient de garanties que dans le livret obligatoire pour les ouvriers agricoles, tandis qu'il n'est que purement facultatif et rarement en usage. Il ne s'agit pas, disent-ils, de certificats de conduite ni de mesures humiliantes ou prétendues telles pour les ouvriers ruraux. Nous voulons seulement savoir ce qu'ils sont et d'où ils viennent. Le livret est la consta-

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lation pure et simple des engagements antérieurs de l'ouvrier, des dates d'entrée et de sortie dans telle ou telle ferme, sans aucune qualification qui porte atteinte à l'honneur de l'ouvrier. La plupart des propriétaires et des fermiers de Normandie, il faudrait dire la presque totalité, se montrent les partisans déclarés de ce livret obligatoire.

Les conseils généraux en Normandie en ont émis le vœu à plusieurs reprises, sans aucune acception des opinions politiques qu'on voudrait à tort mêler dans cette question, sous le prétexte assez peu sérieux que le livret n'est pas conforme aux idées démocratiques. Le conseil général de la Seine-Inférieure émettait récemment encore un vote unanime ou peu s'en faut en faveur du livret agricole obligatoire. Le conseil général du Calvados a réitéré le même vœu dans plusieurs de ses sessions. Une société indépendante, VAssodaiion normande, l'a émis de même plusieurs fois. Nous constatons le fait, laissant à d'autres le soin de le discuter et d'en tirer les conclusions pratiques.

TAUX DES SALAIRES AGRICOLES — LEUR ACCROISSEMENT DANS LES DirFÉRENTES RÉGIONS

JjCS circonstances que nous avons retracées devaient aboutir à une hausse de salaires, qui s'est produite d'une manière générale et dans des proportions considérables. Les salaires des journaliers, les gages des

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domcsliques, valets de ferme, bergers, charretiers, etc., etc., ont reçu dans ces riches régions une augmentation croissante. Cette augmentation de sahiires agricoles est un fait général en France : mais nulle part peut-être il n'est plus marqué qu'en Normandie. Déjà renquête agricole de 1867 constatait une augmentation très notable, du tiers ou du double ; elle s'est encore accrue surtout en temps de moisson. Nous avons vu dans la Seine-Inférieure des ouvriers engagés à '2 fr. 50 et 5 fr. par jour et nourris; c'étaient pourtant des ouvriers médiocres. La nourriture est le plus souvent aujourd'hui ajoutée au salaire en argent. Il faut tenir compte pour les gagistes de la dépense qu'elle peut éviter au fermier. Dans l'Eure, pour les employés à gages tixes, la nourriture à la ferme est évaluée au plus bas mot à 1 fr. pour les hommes, à 75 cent, pour les femmes. Les gages d'un charretier et d'un berger sont annuellement de 550 à 400 fr.; ceux d'une servante de 150 à 200 fr.; mais ce taux s'est encore élevé. Les journaliers, presque tous nourris, reçoivent, en outre 1 fr. 25 à 1 fr. 50 suivant les saisons. Les prix des tâcherons sont établis de manière qu'ils gagnent, dans les jours les plus courts, 1 fr. 75 à 2 fr.; 2 fr. 50 à 5fr. dans les jours les plus longs. Les faucheurs gagnent de 5 à 4 fr. par jour, et les moissonneurs 5 fr. 50 à 6 fr, ; mais alors la journée est de 15 à 14 heures de travail. Pour le salaire des hommes il ne faut pas omettre non plus en certain cas le mélange des travaux industriels et des travaux agricoles dont il a été question précédemment. Cette circonstance produit pour ces travailleurs

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1111 notable surcroît de salaires au lemps de la moisson. Nous en avons été frappé dans l'arrondissement de Bernay. L'industrie des tisserands et celles qui s'y rapportent, très développées dans, les vallées, ne l'est pas moins dans les campagnes. Les ouvriers abandonnent généralement leurs métiers l'été pour prêter leurs bras aux travaux de la récolta; dans les circonstances pressantes, ils imposent parfois .d'assez dures conditions k ceux qui les emploient; il n'est pas rare par exemple de voir la journée de l'ouvrier portée à 7 ou 8 fr., quelquefois à 10 même, nourriture comprise, pendant la fenaison ou la moisson.

Continuons à signaler cette augnïentation des salaires agricoles qui peut être évaluée souvent avec une assez grande exactitude, et qui est un des signes les plus remarquables de la situation depuis une trentaine d'années surtout. Prenez par exemple une ferme de la Seine-Inférieure, de 70 hectares; on n'évalue pas à moins de 600 fr. l'augmentation de main-d'œuvre ^ Vingt-cinq années auparavant, le premier charretier avait 240 fr.; il avait, en 18C6, de 520 à 350 fr.; le second charretier avait passé de 220 fr. à 500. La première fille de basse-cour, au lieu de 160 à 180 fr., en avait 240; la seconde était restée à 80. Le berger, de 240 fr. avait monté à 580, et recevait en outre 50 centimes par moutons gras. Les moissonneurs, autrefois rétribués au taux de 50 fr., étaient payés 70 ou 75; on les payait

>■ Déposilion de M. A. La (JueiTièrc, fermier à Morville, eantoii de Clèves.

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