‹ La Normandie (passé et présent)Chapitre 57 sur 84 · XOURUITUUE DE LA CLASSE RURALE OUVRIÈRE EN NORMANDIE · texte numérisé non relu

XOURUITUUE DE LA CLASSE RURALE OUVRIÈRE EN NORMANDIE

Nous trouvons pour la nourriture de la classe rurale un progrès remarquable partout, mais d'assez grandes inégalités selon les régions. Le niveau le plus élevé des besoins, et, il faut bien le dire aussi en plus d'un cas, des exigences, paraît marqué par le département de l'Eure. Voici ce qu'écrit à ce sujet le savant professeur d'agriculture M. Londet : « La nourriture, distribuée aux ouvriers en trois repas pendant l'hiver, et en quatre repas pendant l'été, est toujours très abondante. Elle se compose de pain, de viande de porc, de légumes; pommes de terre, choux, carottes, navets, liaricols» ; de beurre, de fromage, d'œufs, de fruils, istc. On sert de la viande deux fois par jour. Aux époques des grands travaux, la viande de porc est remplacée par de la viande de boucherie. Le cidre est donné à discrétion. La population est active, mais elle est exigeante sous le rapport de la nourriture. Les cultivateurs qui nourrissent mal leurs ouvriers trouvent difficilement à se faire servir. »

Le tableau devient beaucoup plus modeste pour certaines parties montagneuses que nous avons signalées dans le Calvados, dans quelques régions de l'Orne, dans la Manche ou du moins dans certaines circonscriptions

de l'Avranchiii et des environs de Cherbourg. On y est assez bien nourri, c'est-à-dire suffisamment, mais d'une manière moins variée et parfois moins substanlielle. Dans les fermes de la Hague, arrondissement de Beaumont, près de Cherbourg, les hommes employés à la ferme ont pour principale nourriture un mets fort apprécié et qui est presque national dans le Calvados et dans la Manche sous le nom de soupe à la graisse; cette soupe, oîi les légumes sont cuits à petit feu, forme un mets apprécié en Normandie même par les gens aisés. Un tel ordinaire appellerait certains compléments, les œufs, la viande.

La boisson présente de grandes inégalités en Normandie. Le cidre que boivent les fermiers a des qualités savoureuses et nutritives. Celui qui est distribué aux ouvriers agricoles varie beaucoup en force selon les départements et, dans le même département, selon les localités. En des cas trop nombreux il est trop faible et d'une acidité qui n'est pas sans inconvénient. Un tel breuvage n'a rien de réparateur et peut agir même d'une façon débilitante. Telle eau très pure vaudrait mieux que tel de ces cidres. L'abus que font les ouvriers agricoles, même dans ces régions plus pauvres, du café et de l'alcool, loin de réparer le mal, l'aggrave beaucoup au contraire. Le café, s'il ne servait pas de prétexte aux nombreuses libations d'eau-de-vie, pourrait à dose modérée présenter quelque avantage comme complément et correctif d'une boisson si peu tonique.

Dans les grandes fermes, les repas se font dans les conditions les plus satisfaisantes. De vastes réfectoires

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