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ET DE PLUSIEURS DE SES COLLÈGUES

Relative à l'Enseigneinent départemental de l'Agrienltnre

PAR M. ROBERT-DEHAULT

Sénateur

Messieurs,

Dès 1874, une commission instituée près du ministère de l'instruction publique, par arrêté du 18 janvier de cette même année, pour l'examen de toutes les questions relatives à l'enseignement agricole et horticole dans les écoles normales primaires et dans les écoles primaires rurales, demandait la création de professeurs départementaux spéciaux. Elle y voyait le moyen d'assurer un enseignement fructueux de l'agriculture aux élèves-maîtres et d'accomplir 'une œuvre éminemment utile et moralisatrice en favorisant la diffusion des connaissances agricoles dans nos campagnes.

' Cette Commission est composée de MM. Sacase, Président; Fournier (Henri), Secrétaire; Laboulaye, deVoisins-Lavernière, baron deRavignan, Lacomme, Brunet, comte de Malherbe, Bolfinlon, vicomte de iîodez-Bénavent, vicomte de Pelleport-Burète, Arbel, Ilobert-Debault, Dauphin, Batbie, baron Leguay, baron de Lareinty, Béraldi.

C'est la même pensée qui a inspiré les auteurs de la proposition dont votre 4^ commission est saisie.

D'art empirique ne donnant lieu qu'à une sorte d'apprentissage, comme le dit avec] raison l'exposé des motifs, l'agriculture est devenue une science positive dont les principes et les théories sont malheureusement encore ou ignorés ou tenus en défiance dans la petite culture.

Cet état de choses s'explique par deux motifs :

Le premier tient à notre système d'instruction. Dans nos communes l'enfant ne trouve à l'école ;iucun élément de cette science agricole si indispensable à la vie des champs, qu'il est naturellement destiné à mener. L'école s'efforce de l'initier à toutes les sciences, hormis à celle qui doit lui donner son pain et celui de sa famille. Comment concevoir qu'une fois le manche de la charrue à la main, livré à ce labeur fatiguant, il pourra seul se rendre compte de ces mystères de la nature si décevants parfois pour qui n'en a pas le secret.

Le second motif qui a trait à la défiance du cultivateur pour toute innovation, tient à la difficulté où il est de réaliser de« économies. Tremblant pour son épargne, il laisse à d'autres le soin des expériences et n'accepte les améliorations les plus profitables qu'avec la plus extrême réserve.

Les comices agricoles, les sociétés d'agriculture, les écoles de Grignon, de Grand-Jouan, de Montpellier, l'Institut agronomique sont des institutions dont les services sont incontestables; mais leur action est restreinte à une classe privilégiée d'agriculteurs. Et cependant quel intérêt pour la société tout entière n'y aurait-il pas à ce qu'il en fût autrement?

S'il connaissait les plus simples éléments de la science agricole, le laboureur ne chercherait-il pas, en retournant la terre, à en étudier la composition, à se demander comment il pourrait l'améliorer, la rendre plus fertile, et, dans cette étude

intéressée, dans cette étude de toute son existence, n'îiurait-il pas roccasioii de ces découvertes utiles que seule peut amener une pratique éclairée?

Si, d'autre part, on se rappelle la préoccupation à laquelle a souvent donné lieu l'émigration du campagnard vers la ville, ne serait-ce pas aussi un moyen de l'attacher davantage à la terre qu'il doit cultiver, que de donner au travail des champs, en mettant à la portée de tous l'application raisonnée des principes de la science, l'attrait d'un travail plus intelligent et plus rémunérateur?

Pénétrés de ces sentiments, les honorables auteurs de la proposition de loi veulent faire comprendre dans les matières obligatoires de l'enseignement primaire les notions élémentaires d'agriculture et d'horticulture. Pour atteindre ce résultat, ils demandent que. dans chaque département, une chaire spéciale soit établie. Les professeurs feraient des cours dans les écoles normales, et, sur différents points du territoire, des conférences inspirées, pensons-nous, par le caractère régional de la culture. Les maîtres-élèves répandraient ensuite dans leurs communes les notions qu'ils auraient ainsi reçues à des sources sûres.

Le vœu émis par la commission instituée en 1874 n'est point d'ailleurs demeuré sans effet.

Quelques départements, l'Aveyron, la Corse, les Côtes-du- Nord, le Doubs, le Finistère, la Haute-Garonne, la Gironde, l'Oise, la Somme, la Seine-Inférieure avaient déjà alors créé des chaires établies dans des conditions diverses, payées sur les fonds du ministère de l'agriculture; le vœu de la commission provoqua une circulaire du ministre de l'instruction publique à tous les conseils généraux pour les inviter à prendre l'initiative de créations analogues.

Les Pyrénées-Orientales, l'Yonne, le Cher, la Marne, la

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Haute-Marne, la Mayenne, les Basses-Pyrénées, le Vaucluse, rindre-et-Loire, la Côte-d'Or, le Jura, le Loiret, la Seine-et- Marne, la Vienne, la Haute-Vienne, la Vendée, les Landes ne tardèrent pas à répondre à cet appel et à suivre l'exemple des départements précités.

Aujourd'hui la nécessité de la diffusion de l'enseignement affricole et horticole commence à être universellement reconnue. Dans certaines communes rurales même des instituteurs en ont pris l'initiative, et, là où dans un temps on manifestait quelque répugnance pour cet enseignement, il est accepté maintenant avec empressement ; il a suffi pour cela de quelques récompenses intelligemment accordées par les comices cantonaux.

L'objet de la proposition de loi qui vous est soumise n'est donc point, à proprement parler, une innovation, c'est la régularisation et la généralisation de l'enseignement d'une science positive que son utilité doit faire classer parmi les plus importantes de celles que comporte notre enseignement primaire.

Notre mission, messieurs, n'est pas d'entrer dans l'examen critique de la proposition qui vous est faite. Ce sera l'œuvre de la Commission qui sera nommée pour en faire l'étude définitive. Votre Commission d'initiative n'a à se prononcer que sur la prise en considération ; à l'unanimité de ses membres, elle n'hésite pas à vous demander de prendre en considération un projet qu'elle regarde comme éminemment utile.

ENSEIGNEMENT DE L'AGRICULTUHE. .175

SOCIÉTÉ NATIONALE D'AGRICULTURE DE ERANCbl

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