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ENSEIGNEMENT DÉPARTEMENTAL ET COMMUNAL

lit L'AGRICULTURE*

Messieurs,

Notre honorable confrère, M. de Parieu, d'accord avec dixhuit de ses collègues, a présenté, l'année dernière au Sénat, un projet de loi relatif à l'enseignement départemental et communal de l'agriculture. M. Victor Borie, au nom de la Section d'économie, de statistique et de législation agricoles, vous a fait, à son sujet, un Rapport dont vous avez accueilli les conclusions dans votre séance du 5 avrhl dernier. Elles tendaient à vous approprier ce projet de loi, et à le transmettre, avec vos vœux, à M. le Ministre de l'agriculture et du

* Rapport fait au nom d'une Commission spéciale composée de MM. Tisserand, désigné par la Section de grande culture ; Lavallée, par celle des cultures spéciales; des Cars, par celle de sylviculture ; Gareau, par celle d'économie des animaux; de Parieu, par celle d'économie, de statistique et de législation agricoles; Barrai, par celle des sciences pbysico-cliimiques agricoles ; Milne-Edwards, par celle d'histoire naturelle agricole; général Morin, par celle de mécanique agricole et des irrigations. — M. Lavallée a été nommé Rapporteur par la Commission aprts une discussion qui a duré plusieurs séances.

commerce, ainsi qu'à M. le Ministre de l'instruction publique.

Le projet de loi, dû à l'initiative du Sénat, a été l'objet de la sollicitude de M. le Ministre de l'agriculture, qui a désiré connaître l'avis de la Société nationale d'agriculture, avant la discussion du projet à la Chambre des députés. M. le Ministre vous a transmis un questionnaire, en vous demandant de répondre aux diverses questions qui y sont formulées.

Vous avez, dans une précédente séance, nommé une Commission de huit membres chargée de faire l'étude des questions adressées par M. le Ministre. C'est le résultat de ses tratravaux que nous avons l'honneur de vous exposer.

Toutefois, avant d'étudier chacune des propositions qui sont soumises à votre examen, il est utile de vous rappeler brièvement les phases qu'a déjà subies la question de l'enseignement agricole primaire. Il convient d'autant plus do la résoudre, que notre agriculture est enfin tout à la fois dotée d'un enseignement supérieur et d'un enseignement secondaire professionnel.

Quoique deux départements aient institué des chaires d'agriculture, dès 1857 et 1838, ces essais, lentes sans aucune idée d'ensemble, restaient isolés, et ce n'est qu'à la suite du décret en date du 5 octobre 1848 , relatif à l'enseignei^ent professionnel, qu'eut lieu une enquête sur l'enseignement agronomique à tous les degrés.

Bien avant cette époque, l'Angleterre et l'Irlande avaient des cours publics d'agriculture, et, à peu près à cette date, des institutions d'ensoignemcnt agricole furent fondées par les gouvernements des divers Etats de l'Allemagne.

La Belgique possédait déjà alors une école d'horticulture. Quant à la France, elle avait, il est vrai, des asiles ruraux, des colonies et des pénitenciers agricoles; mais ces

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établissements étaient, à quelques exceptions près, dans une situation assez peu prospère, pour avoir attiré, en 1845, l'attention du Conseil général de l'agriculture, qui, par l'organe d'une Commission spéciale, admit les Instituts comme des sortes d'Ecoles secondaires, et les fermes-écoles comme le premier degré de cette instruction et le seul mode d'enseignement agricole inférieur. C'est à cette même commission qu'est due l'initiative d'une demande de création d'un établissement d'enseignement supérieur. Elle provoqua la fondation de l'Institut agronomique de Versailles. Parmi ses membres, plusieurs se préoccupaient de ne trouver aucun moyen de faire participer les lilles '■ aux travaux des fermesécoles ; d'autres avaient exprimé la pensée qu'il fallait , avant tout, propager de bons livres relatifs à l'agriculture et provoquer la publication de ces ouvrages par des récompenses et des distinctions accordées aux auteurs. Ils voulaient mettre ces livres à la portée de tous, en créant des bibliothèques rurales. Nous apercevons là, en quelque sorte, pour la première fois, la pensée d'un enseignement communal de l'agriculture.

Un premier projet de loi sur l'enseignement professionnel de l'agriculture, dû à l'initiative de M. Torirret, fut discuté à l'Assemblée nationale en 1848, et donna lieu à d'intéressants débats, qui permirent de bien comprendre l'insuffisance des fermes-écoles pour faire pénétrer les premières notions de l'agriculture chez les enfants de la campagne.

Un des orateurs^ pro|)osa même, déjà, d'imposer aux instituteurs l'obligation de faire des cours du soir, où l'enfant sorti de l'école primaire, après s'être livré, le jour, aux travaux des champs, viendrait recevoir une instruction agri-

• Enijuête, p. 51.

- Séance du 23 septembre.

cole complémentaire. La loi du 15 mars 1850 autorisait des instructions élémentaires sur l'agriculture dans les écoles j)rimaires, mais à titre purement facultatif.

Lors de l'enquête sui' renseignement professionnel ouverte en 1864, à la suite des traités de commerce, par le Ministre de l'agriculture, on put constater, dans le rapport auquel elle donna lieu, que la pensée d'introduire l'enseignement agricole dans les écoles primaires préoccupait certains esprits progressifs '.

Ils voulaient organiser, dans chaque école, des sortes de conférences, et que l'instituteur entreprît, chaque jeudi, avec ses élèves, des promenades instructives, en les conduisant dans les exploitations les mieux entendues des environs, et en leur cxpii(juant ainsi, par des exemples, les procédés du cultivateur. Cette méthode est appliquée avec succès dans certains comtés de l'Angleterre, pour des études de morale ou de philosophie religieuse. Les Sinday Schools, écoles du Dimanche, réunissent autant d'enfants que dans la semaine ; mais au lieu de l'instituteur, la chaire est occupée par un notable de l'endroit, un marchand, un fonctioimaire, la femrïie du ministre, etc.

Le Dimanche, un mode d'enseignement analogue se pratique en Prusse pour le dessin, la géométrie, la physique ou la chimie, et en Saxe pour l'agriculture. Dans ce dernier pays, des cours ambulants furent essayés par M. Stœchardt, de Thorrenth, à son retour d'un voyage en France. Cet agronome avait été frappé des résultats remarquables obtenus par M. Girardin dans la Seine-Inférieure, puis, peu après par M. Bonnet dans le Doubs. C'est donc à la France que revient l'honneur de cet enseignement; il est intéressant de

* Séance du 21 décembre 1865.

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le reconnaître, au moment de rétal)lir définilivement dans tout le pays.

L'inauguration des cours nomades d'agriculture en Saxe, fut bientùl suivie de celle de sortes d'écoles techniques, les Winther Schule, destinées à compléter, l'hiver, les connaissances de la culture acquises précédemment par l'enfant à l'école primaire.

Ces écoles existent aussi dans le grand-duché de Bade. En outre, les instituteurs sont astreints à donner, en dehors de l'instruction élémentaire proprement dite , et surtout aux séances du Dimanche, des notions de culture.

C'est, du reste, ce qui a lieu dans presque toute l'Allemagne oîi fonctionnent encore les Forbildungs-Schi(le\ écoles où l'enseignement agricole est donné, le soir et le Dimanche, à la fois aux enfants et aux adultes : 689 de ces écoles obligatoires du soir existaient déjà en 1874, en dehors des écoles du Dimanche et des cours d'agriculture.

En Autriche, on a essayé d'annexer des écoles élémentaires d'agriculture à un certain nombre d'écoles populaires, mais la décroissance du nombre des enfants qui les fréquentent, indique très clairement combien ce système est défectueux.

L'enseignement agricole figure, au contraire, dans les programmes de 15 466 autres écoles populaires; l'agriculture générale est professée dans 2126, l'arboriculture fruitière dans 4054, la sériciculture dans 862, enfin l'apiculture dans 1486 autres.

En 1875, les jardins d'école étaient déjà au nombre de 4032, et celui des jardins fruitiers, organisés spécialement pour l'enseignement des écoles populaires, de 5215 ; 584 nia-

' Enquête de renseignement professionnel, 186i, t. I, p. 265.

gnanerios avaient une même affectation, ainsi que 558 ruchers.

Mais il ne faut pas craindre de le dire, l'enseignement agricole, dans les écoles populaires de l'Autriche, précipitamment organisé, n'a pas eu partout un complet succès. Chaque jour amène des améliorations et des résultats utiles. Au début, les fonds avaient manqué pour accorder aux instituteurs une allocation supplémentaire justifiée par le surcroît d'occupations qui leur était imposé; les livres faisaient défaut, ainsi que le matériel le plus élémentaire de cet enseignement; enfin les jardins n'existaient qu'à l'état de projet.

En Belgique, aucune loi n'a encore imposé cet enseignement, mais le Ministre, par une circulaire en date de janvier 1877, a invité les municipalités à multiplier les conférences agricoles dans les campagnes, et à chercher à donner aux instituteurs l'aptitude nécessaire ; il invite ceux-ci à initier leurs élèves aux notions des sciences naturelles appliquées à l'agriculture.

Le nombre des écoles primaires auxquelles sont joints, en Italie, des jardins d'étude augmente chaque année. C'est le point de départ de l'enseignement agricole, en voie d'organisation.

L'enseignement agricole élémentaire fonctionne déjà dans un certain nombre de nos départements; mais, organisé en dehors de toute sanction législative, il manque d'unité et de méthode. La proposition due à l'initiative de M. de Parieu, et de [)lusieurs membres du Sénat, tend à le rendre obligatoire et à en réglementer partout l'application.

Cette importante question soulevée déjà comme nous l'avons vu, lors de l'enquête agricole, en 1848, et reprise en 1807, avait déjà, à cette date, été soumise à une Commission

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chargée d'étudier et de proposer les mesures nécessaires, pour développer les connaissances agricoles dans les écoles primaires de nos campagnes et dans les cours d'adultes des écoles communales. MM. Dumas, de Monny, de Mornay , de Korgorlay et Wolowski , membres de notre Société , la représentaient avec l'autorité qui s'attache à de pareils noms.

En 1870, M. le maréchal Vaillant appela de nouveau l'attention du gouvernement sur la nécessité de créer un enseignement agricole complet; mais il réduisait, dans sa pensée, la part faite aux écoles primaires à des notions d'horticulture, ou mieux d'arboriculture fruitière.

Enfin, une Commission fut instituée au ministère de l'instruction publique, suivant arrêté du 18 janvier 1874, pour l'examen de toutes les questions relatives à l'enseignement agricole et horticole dans les écoles normales et dans les écoles primaires rurales. Elle était présidée par M. le comte de Bouille. On se souvient que celte commission fit un appel pressant aux conseils généraux pour l'allocation de frais de tournée aux professeurs d'agriculture. Elle avait adopté, à l'unanimité, le principe de l'enseignement agricole dans les écoles rurales. Un vœu analogue a été exprimé par la Société des agriculteurs au Congrès international de l'agriculture, dans sa séance du 14 juin dernier, sur la proposition de M. Gossin.

Nous ne devons pas terminer sans rappeler l'essai tenté par M. Duruy, alors ministre de l'instruction publique, qui institua, par décret du 16 mars 1861), un enseignement agronomique au Muséum d'histoire naturelle, en faveur des élèves choisis parmi ceux « qui sortent, clia(pic année, des « écoles normales départementales, dans la pensée, dit « -M. Chevreul (Notice sur l'enseignement agricole), (pi'après

« deux ans d'études, ils seront aptes à répandre dans « les campagnes des notions positives d'agriculture' ».

Ces jeunes gens étaient destinés à l'enseignement, c'està-dire à contribuer à propager dans les campagnes, comme instituteurs, des notions justes d'agriculture, et nullement à exploiter une ferme.

« L'habitude que ces élèves devenus instituteurs ont « contracté, dit encore notre vénérable Président % de la « méthode scientifique, les horizons nouveaux que les sciences « naturelles ne manquent jamais de découvrir aux jeunes « intelligences, et avec des charmes incomparablement supé- « rieurs aux mirages de l'imagination passionnée, seront, si « je ne m'abuse pas, une source de plaisirs pour eux, bien « différents de ces plaisirs que l'oisif des provinces vient « chercher à Paris, lequel, une fois hors de la grande ville, « est réduit à des regrets sans compensation. »

Vingt-quatre jeunes gens sortis des écoles normales étaient venus à Paris, et, quoique non préparés à suivre les cours si variés du Muséum, ils s'identifièrent vite à ces études scientifiques. Ce premier essai avait fait espérer les plus heureux résultats ; mais, après six mois, il fut abandonné, par suite d'un changement de ministère, avant même une expérience complète, et malgré le succès certain qui devait couronner la nouvelle création par la propagation des connaissances scientifiques, si utiles à l'agricuture.

L'instruction primaire agricole recevait en effet un développement fécond, si les premiers sujets de nos écoles normales étaient, chaque année, admis à faire de fortes études

* M. Chevreul. — Considérations sur l'enseignement agricole ea général el sur renseignement agrononiique au Muséum d'histoire naturelle en particulier. — Imprimerie nationale, 1809.

agronomiques dans notre grand établissement scientifique. Ce serait là le complément nécessaire à la loi proposée par notre digne confrère, M. de Parieu.

Avant d'examiner les questions qui sont posées par M. le ministre de l'agriculture, il est instructif de jeter un coup d'œil sur l'état de l'enseignement agricole déjà organisé dans trente départements.

Quoique les chaires restent soumises depuis 1875 à un même régime, en conformité des instructions ministérielles de la circulaire du 17 octobre 1874, émanée du ministère de l'instruction publique, mais élaborée de concert avec l'administration de l'agriculture, il est facile de se convaincre que les résultats obtenus sont loin d'être partout les mêmes; ils sont remarquables dans plusieurs départements, satisfaisants dans quelques autres et n'ont été négatifs dans aucun. M. Gossin, dans l'Oise, M. Gaillard, dans la Dordognc, M. Isidore Pierre, à Caen, M. d'Hédouville, dans la Haute-Marne, et quelques autres sont parvenus à fonder un enseignement excellent sous tous les rapports. Leurs programmes peuvent être consultés avec fruit lorsqu'on établira un plan général de l'enseignement agricole dans tous les départements. Quant aux ouvrages propres à être mis dans les mains des élèves des écoles primaires, ils sont en réalité peu nombreux, malgré le nombre incroyable de catéchismes agricoles et de petits traités déjà parus. Le questionnaire fort bien conçu, dû à M. Ed. Teisserenc de Bort, les lectures et dictées de M. Heuzé, les traités de M. Gossin, seront à tous égards très bien placés dans nos écoles primaires; les enfants y trouveront des idées justes et précises sur les points principaux de l'agriculture.

Après cet examen rapide des conditions de l'enseignement agricole, départemental et communal, nous devons vous sou-

mettre successivement les questions adressées à la Société nationale d'agriculture et les réponses que votre Commission vous propose de faire.

1° La Société croit-elle qu'il soit utile et urgent d' organiser V enseignement agricole dans les départements et dans les communes?

La Société nationale d'agriculture est profondément convaincue que l'organisation d'un enseignement agricole, à la fois départemental et communal, bien entendu et sagement imité, peut donner d'excellents résultats et contribuer à la prospérité publique. Elle tient toutefois à exposer à M. le ministre, sa pensée tout entière.

Cet enseignement doit être, tout d'abord, professé dans les écoles normales, dont les jeunes gens se destinent aux fonctions d'instituteurs primaires ; mais, en définitive, l'instruction agricole des enfants de nos écoles rurales est le but que l'on cherche à atteindre. Pour y parvenir, il est donc nécessaire que les matières à enseigner dans les écoles primaires de nos campagnes soient rigoureusement déterminées dans chaque département, et que le progranmie n'en soit arrête qu'après mûr examen.

La Société verrait, en effet, de graves inconvénients à lro|) étendre le champ des études agricoles devant de jeunes élèves qui cessent de se présenter à l'école, pour la plupait, dès leur douzième année. Ils ne sauraient retirer aucun profit de matières abstraites, hors de hi portée de leur âge et de leur instruction sommaire.

M. Chevreul, dans une communication sur l'enseignement agricole*, dit expressément « que l'art, comprenant les pra*

' Séance du 10 Juillet 18G7.

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« tiques, les procédés, peut élre enseigné partout, même, à « la rigueur, dans les institutions primaires, oîi le maître se « bornera à mettre les résultats de la pratique sous les yeux « de ses élèves en les leur appliquant, sans en appeler à la « science proprement dite » .

Le but du nouvel enseignement est de faire pénétrer dans l'esprit des enfants, pendant les quelques années qu'ils passent à l'école primaire, des notions précises et très élémentaires. Ce sont, en quelque sorte, des leçons de choses qui, résumant ces notions en un petit nombre de formules et d'exemples, conviennent à d'aussi jeunes intelligences. 11 est très important de les soustraire aux matières abstraites, aux termes techniques, et de les dispenser de toutes les études scientifiques qui seraient sans profit et même dangereuses, puisqu'il s agit d'enfants de douze à treize ans au plus, ne pouvant recevoir, à l'école de la commune, qu'une instruction primaire des plus élémentaires.

L'instituteur trouverait des exemples précieux à placer sous les yeux de ses élèves, en leur faisant faire le jeudi ou le dimanche, des promenades instructives, dirigées spécialement en vue du nouvel enseignement.

'2° Le délai de six années accordé aux départements pou y voter les fonds nécessaires à V onjanisation de l'enseignement lui semble-t-il trop considérable?

Quelque intéressante que soit la création dans toute la France d'un enseignement agricole départemental, il parait difficile de l'organiser plus rapidement.

On peut parvenir, dans ce délai, à doter les écoles normales de chaires d'agriculture, à instituer des conférences sur divers points de chaque département. Mais on ne peut espérer

que les instituteurs seront de suite et, dans toutes les communes, à même de donner cet enseignement agricole.

Les jeunes gens qui sortent chaque année des écoles normales primaires sont peu nombreux ; la nouvelle loi ne sera complètement applicable qu'après avoir mis tous les instituteurs à même d'acquérir les connaissances qu'ils auront à enseigner. Leurs occupations quotidiennes, l'absence d'ouvrages spéciaux, l'inertie même de quelques-uns, sont des obstacles que l'on ne saurait surmonter immédiatement.

o" Convient-il d'obligé)- le professeur à prendre sa résidence près de V École normale?

La résidence près de l'Ecole normale, imposée à chaque professeur départemental , offre , à divers points de vue, beaucoup d'avantages. Il paraît néanmoins difficile d'exiger impérieusement une telle condition, car il faut que chaque titulaire puisse parcourir le département, visiter les exploitations, continuer à s'instruire et à se tenir au courant des cultures. Le voisinage d'une bibliothèque publique, de fabriques d'instruments aratoires, de pépinières ou de jardins, de cours spéciaux même, peuvent légitimement entraîner quelques-uns à fixer leur résidence dans un quartier éloigné de l'École normale primaire, ou dans une autre localité.

iS'est-il pas possible, d'ailleurs, qu'un praticien établi, un exploitant, ne brigue la nouvelle position ? Il est donc fort utile de ne pas éliminer, par des règlements trop absolus, des professeurs dont l'enseignement serait probablement d'autant meilleur qu'ils seraient à même de placer iifcessamment sous les yeux de leurs élèves des exemples variés empruntés à leur propre pratique.

La Société nationale d'agriculture croit donc suffisant

d'inviter les professeurs départementaux à choisir leur domicile de préférence dans le voisinage de l'École normale primaire, sans toutefois les y astreindre.

4° Est-il nécessaire d'imposer aux candidats aux fonctions de professeur d'agriculture, en dehors des conditions d'âge et de nationalité, V obligation d'être muni d'un diplôme de bachelier es sciences, ou celle d'avoir suivi les cours d'une école d'agriculture ?

La Société nationale d'agriculture ne pense pas qu'il soit nécessaire d'exiger les titres sus-mentionnés. Il est certain que le jury d'admission devra tenir compte, dans une large part, des diplômes qui constatent les connaissances scientifiques de chaque candidat ; mais on risquerait de se priver des services d'honmies formés à l'école de la pratique, et suffisamment instruits néanmoins, pour subir avec succès les épreuves d'un concours, en limitant le choix parmi ceux ayant déjà conquis le diplôme universitaire ou celui d'une école d'agriculture.

On doit toutefois désirer que les examens constatent d'une façon précise, non seulement à quel point chaque candidat possède les connaissances inscrites au programme, mais même le degré de l'esprit scientifique de chacun d'eux.

5° La Société croit-elle que la loi doive indiquer un programme d'examen?

11 paraîtrait difficile qu'une loi indiquât un programme d'examen. C'est là une attribution essentielle à réserver à l'administration.

Il serait néanmoins intéressant que, dans chaque département, l'on traçât tout à la fois le programme du nouvel

enseignement primaire pour chaque commune ou groupe de communes placées dans des conditions similaires, ainsi que celui du cours qui devra être professé à l'Ecole normale. Ces programmes seraient arrêtés après avis du Conseil départemental de l'Instruction publique, et serviraient tout naturellement à établir les conditions d'examen qu'auront à subir les professeurs départementaux d'agriculture. Telle paraît être la marche la plus logique à suivre pour obtenir avec quelque certitude les résultats désirés.

6" Croit-elle que le concours doive avoir lieu pour un seul, pour plusieurs ou pour tous les départements de la France à la fois ?

L'intérêt départemental étant prédominant dans la question, le concours ne peut être que départemental. Le programme, tout en comprenant l'agriculture dans son ensemble, et les diverses sciences qui s'y rapportent, devra être étendu sur tel ou tel point, suivant l'agriculture propre à chaque région naturelle.

7° Pense-t-elle quil faille soumettre les professeurs actuellement en exercice aux épreuves d'un nouveau concours ?

La nouvelle loi ne saurait, sans de grands inconvénients, avoir un effet rétroactif. Quelque incertitude que l'on puisse avoir sur la valeur professionnelle de tous les titulaires actuels des chaires d'agriculture, il est certain que plusieurs d'entre eux ont donné des témoignages incontestables de leur mérite, en créant un enseignement bien entendu, parfois remarquable même à tous égards. Il serait donc très regrettable de les astreindre à un nouveau concours, car

d'excellents professeurs peuvent n'êlre plus aptes à subir des épreuves, auxquelles des jeunes gens semblent mieux préparés.

8" déterminer de quelle manière doit être composé le jury.

Le concours étant départemental, il faut chercber dans le département même les éléments nécessaires à la composition du jury, dont toutefois la présidence appartiendrait à l'inspecteur de l'agriculture de la région. Il devrait être choisi en nombre restreint parmi les conseillers généraux, les membres des Sociétés d'agriculture, du Conseil d'hygiène, des chambres consultatives d'agriculture, les professeurs d'histoire naturelle de l'enseignement supérieur ou secondaire, enlin les propriétaires-agriculteurs. L'inspecteur d'Académie et le directeur de l'Ecole normale sont aussi naturellement indiqués pour faire partie de ce jury, qui offrirait ainsi une parfaite compétence et aurait, dès lors, la plus grande autorité pour dresser une liste de présentation ^

* Depuis la lecture de mes Rapports à l'Académie des sciences inorales, le projet de M. de Parieu, adopté par le Sénat, a subi quelques modifications à la Chambre des députés. La nouvelle loi porte établissement d'une chaire d'agriculture pour chaque département dans le délai de six ans. Les professeurs sont choisis au concours sur le rapport d'un jury où entreront notamment trois agriculteurs du pays. Les professeurs seront chargés de leçons à l'école normale primaire, et de conférences aux instituteurs, aux agriculteurs, etc. Enfin, trois ans après l'organisation du dit enseignement dans les écoles normales primaires, les notions élémentaires d'agriculture seront comprises dans les matières obligatoires de l'enseignement primaire.

[Note de l'auteur.)

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