‹ La Normandie (passé et présent)Chapitre 67 sur 84 · AGRICULTEURS DU PAYS DE CAUX · texte numérisé non relu

AGRICULTEURS DU PAYS DE CAUX

triinients, — les machines à battre, les moulins à mouture, lesconcasseurs, les liache-paille, les coupe-racines, etc., qui pénètrent même chez les petits cultivateurs, où ils sont mus par la force musculaire des hommes, quand ils ne le sont pas par celle des chevaux.

« A cet égard il serait à désirer que le perfectionnement de l'outillage, en accélérant les travaux de la ferme et les procédés de la culture, diminuât la nécessité de l'intervention des hommes pour en assurer le prompt accomplissement, car on se plaint généralement dans la contrée de ne pas trouver facilement des bras pour exécuter les travaux de la moisson, et Ton s'accorde à attribuer cette situation à l'émigration des habitants des campagnes vers les villes.

« Cette opinion est sans doute fondée jusqu'à un certain point, car les renseignements donnés précédemment sur les mouvements de la population, depuis 1800, dans nos différents cantons, semblent la justifier. Cependant cette influence n'est pas la seule agissante, et, d'ailleurs, la plainte formulée ne date pas seulement d'aujourd'hui.

« En effet, les bras sont rares, dit-on, mais ils l'étaient déjà au siècle dernier ! Voici ce que dit Lépecq à ce sujet :

« Cette contrée, — le pays de Caux, — ne donne pas autant « de production en denrées qu'il y en pourrait croître avec « une meilleure culture. Et, par une augmentation d'abus, « les habitants deviennent plus indifférents et négligents à « faire la récolle de leurs grains; ils en laissent perdre quel- « quefois une portion en les engrangeant mal récoltés, n'ayant « pas assez de bras occupés de ce travail, et n'en voulant pas « appeler d'étrangers, comme on fait dans plusieurs de nos « contrées. »

« Arthur Young, que l'on a accusé, avec juste raison peutêtre, d'avoir mal jugé le pays de Caux, et qui, dans tous les

cas, paraît l'avoir jugé avec trop de sévérité, — Arthur Young semble avoir entrevu la cause du mal, quoiqu'il l'ait déplacée. Pour lui, c'est à l'influence des manufactures que l'on doit attribuer la situation précaire qu'il trouvait faite à notre agriculture. Voici comment il s'exprime en parlant de nos départements septentrionaux :

« J'ai visité toutes les manufactures; j'ai examiné l'agri- « culture du voisinage, qui est en général si détestable qu'on « serait plutôt porté à croire qu'il y a quelque chose de pes- « tilentiel pour l'agriculture dans le voisinage d'une manu- « facture que de les regarder comme un moyen d'encourage- « ment.

« Le pays de Caux, qui possède un des meilleurs sols du « monde avec des manufactures dans chaque chaumière, offre « une scène continuelle de mauvaises herbes, d'ordures et de « misères ; son sol est si mal administré, que, s'il n'était pas « naturellement d'une fertilité inépuisable, il y aurait long- « temps qu'il serait entièrement ruiné. » Et plus loin il « ajoute encore : « Les fermiers'Cauchois sont non-seulement a manufacturiers, mais encore négociants... C'est une circon- « stance très pernicieuse, etc. »

« Il est facile de justifier les manufactures de ce reproche à elles adressé par le célèbre observateur anglais; il suffit, pour cela, d'envisager les progrès si remarquables accomplis depuis soixante ans par la manufacturière Angleterre dans la culture et l'exploitation de son sol; il suffit de parcourir les riches cantons du pays de Caux, constellés aujourd'hui de manufactures importantes, et ornés de champs cultivés ne ressemblant plus aux tristes tableaux tracés par Lépecq de la clôture et par Arthur Young lui-même, pour reconnaître que l'industrie et l'agriculture peuvent marcher parallèlement, qu'elles peuvent se coudoyer, sans que la première de ces sœurs ju-

Page 1