Dejeuner
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pai' leurs relations avec les plateaux de Dovrefijeld ils font p^netrer leurs produits jusque dans la Norv6ge centrals, tandis que le chemin de fer et le Mjosen leur apportent de Christiania toutes les productions du Sud. Lille-Hamer doit k son importance commerciale d' avoir deja une succursale de la banque de Trondhjem , dent le papier, plus precieux que I'or, est en grand honneur dans toute la Norv6ge. Une heure me suffit pour crayonner quelques notes et prendre quelques vues.
M. Hjerpe m'emmena chez lui et nous d6ieun4mes tSte a tete dans le r6fectoire du petit college, dont on avait depossed6 les 61feves. Je trouvai un journal pli6 sous ma serviette : c'etait VOplands-Titende , petite feuille in-4°, qui se donne le luxe de faire de la politique et de parattre deux fois par semaine pour ses trois cents abonnes. Je le parcourais d'un oeil assez distrait , quand mon bote m'indiqua du doigt un entre-fdet parmi les nouvelles diverses. On annonjait , d'apr^s un journal de Christiania , mon voyage dans le Nord , avec la plus gracieuse courtoisie. C'etait encore une de ces prevenances de I'hospitalitdi norv6gienne que je devais rencontrer partout et sous toutes les formes. Je demandai k etre pr6sent6 , comme confrere , au redacteur en chef ; mais le journal ne paraissait pas le lendemain , et le redacteur s'6tait accorde un conge : I'esprit public 6tait aux champs. J'inspectai la classe de M. Hjerpe; je fis d6cliner rvsa, et conjuguer cmio, et je rentrai a une heure precise dans la cour de mon hebergerie.
L'exactitude est la politesse des chevaux de poste. Je trouvai ma karriole attel6e ; un skydskarl, c'est le nom des grooms du pays , me tendit les rfines d'un geste familier , et sauta 16gferement sur la planchette fix6e derrifere la caisse , qui repr^sentait pour lui le si^ge de nos valets de pied.
Nous partimes.
LE MJOSEN ET LE GULBRANDSDAL.
mettait sa tete en pleine lumifere , la detachait avec une nettete vigoureuse sur le fond obscur.
<t God often ! bonsoir, dit-elle en penchant sa tarche vers moi. Bonsoir! repeta-t-elle ; que veux-tu?
— Manger et dormir.
— Entre! >.
EUe me preceda, la torche k la main.
J'entrai dans une immense cuisine ; ma belle Mtesse me montra un banc de bois, une table eclairee par une lampe de fer accrochee au mm', et un gros li\Te.
« Ecris ton nom, » me dit-elle en ouvrant le livre qui n'etait autre qu'un registre de poste.
J'ecrivis men nom. Elle prit le livre, essaya de lire ce que j'avais 6cnt, et, aprfes mlir examen :
<t C'est bien cela ! » se dit-elle , comme si elle eilt reconnu les trois ou quatre syllabes auxquelles je reponds.
Je n'ai pas la vanite assez complaisante pomr croire que mon nom filt venu avant moi a Lille -Hamer ; je regardai la brave fille comme quelqu'un qui ne comprend pas et qui attend une explication. Mais sans meme songer a me repondre, elle courut a la porte d'une petite salle qui touchait k la cuisine.
(c Monsieur Hjerpe , dit-elle, voila le Frangais ! »
Un jeune homme de vingt-huit k trente ans se leva vivement , et vint a moi a travers un nuage de fum6e et la pipe cila main.
« Je vous attendais , me dit-il en anglais assez pur. Nos amis de Christiania m'ont 6crit que vous deviez venir cette semaine , et void dejk trois heures que j'ai funiees ici en votre lionneur. »
Je commandai k souper pour deux; on jeta une brass^e de sapin dans I'Atre , et nous causames.
« J'avais envie, me dit M. Hjerpe, d'aller vous chercher k Christiania , mais ma classe me prend tout mon temps : je suis professeur. AUons, Siegrid, dit-il a la jeune fiUoi
d6p^clie-toi done, tu as les pieds geMs.... J'aurais voulii voir le Mjosen avec vous , monsieur.... Pas de saumon sal6 , ma fille ; une oeuret ' fraiche , ce sera plus au gout du Frangais. »
Siegrid dressa la table en deux minutes , et nous soupames.
« Je vous previens , me dit M. Hjerpe , que c'est ici la derni^re station oii vous trouverez du vin. Jusqu'a Trondhjem , vous n'aurez plus que des boissons impossibles. »
Je fis venir un fiacon de porto, fortement coup6 de brandvin^ , et nous port^mes la sante de la jeune France et de la vieille Norv^ge.
Nous achevions la bouteille comme deux heures sonnaient k la petite 6glise du village. Le jour frappait aux carreaux, et I'aube, aux doigts blancs , me jetait du sable dans les yeux. Siegrid dormait , la tSte renvers^e sur le dossier du grand fauteuil.
1 Eh ! la. pige^ , r6veille-toi ! Ou couches-tu le Frangais ?
— Dans la cour ! dit Siegrid en etirant ses bras.
— Comment ! dans la cour ?
— Ne vous effrayez pas trop , reprit M. Hjerpe , c'est une manifere de dire. La cour d'Eric-Hamer est pleine de petits chalets dflicieux, et vous n'allez pas dormir k la belle etoile. »
Siegrid souffla la lampe , prit une grosse clef , marcha devant nous , et me conduisit vers une jolie maisonnette en bois dont elle m'abandonna la jouissance exclusive.
Je me blottis sous un monceau de couvertures, et je perdis le sentiment des r^alit^s.
Le lendemain, k dix heures, M. Hjerpe 6tait au pied de
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