champ de Mars norvegien
comme un jesuite. Ilprit la corne, et, avant de boire, il fit le signe de croix pour b6nir le breuvage paien. La houle du peuple se souleva jusqu'^ I'autel, pour en arracher le monarque ; mais lepontife, quivoulait tout pacifier : <cNe voyez-vous pas, dit-il, que votre roi vient de tracer la figure du marteau de Thor ? » Le peuple crut ou feiguit de croire, et le roi fut sauve. Des invasions, des luttes intestines ne lui permirent plus de s'occuper officiellement de propagande religieuse. Mais les missionnaires, qu'il favorisait secrfetement , repandaient pen k pen le germe des id6es chretiennes dans I'ame du peuple. A sa mort, il y eut reaction violente. Son fils Harald, deuxifeme du nom, fut tue par le iarl Haquin, qui monta sur le trone de Norv6ge. Les ceremonies paiennes furent retablies violemment. Mais le paganisme devait trouver un puissant ennemi dans le petit-fils de Haquin le Bon, Olaf Tryggveson, le premier fondateur de Nidaros, le Trondhjem d'aujourd'hui. Apr^s la mort de son p^re, Olaf, n6 dans I'exil, fut fait prisonnier, et vendu comme esclave par des pirates ; rachet6 bientot par un de ses parents, qui vivait en Russie, il fut amen6 a la cour du prince Wladimir, qui regnait a Novogorod. II y passa tout le temps de son enfance et sa premiere jeunesse. Mais bientot le sang de Harald se reveilla. A dix-neuf ans, Olaf prit la hache des Vikings et courut la mer ; il 6cuma les c6tes et pilla les lies de la Baltique, de la Manche et de I'Ocean. Les traditions ajoutent qu'il franchit Gibraltar, penetra dans la Mediterran6e et visita la Grfece, oil il argumenta avec des docteurs subtils. On entoure sa conversion de circonstances extraordinaires. Le vent le poussa vers les Sorlingues : il y aborda. Un moine qui le regut lui enseigna le cliristianisme, lui donna le bapt^me et lui pr^dit qu'il serait un jour roi de Norv6ge. Le pirate se fit apotre, et alia porter aux Orcades paiennes la bonne nouvelle do I'Evangile. C'est la qu'il etait quand Haquin I'usurpateur, trouble par le bruit de
son nom, envoya un traitre pour I'engager k revenir en Norvege, ou, disait-il, le peuple I'attendait. Olafrevint; sans le savoir, le messager de Haquin avait dit vrai. La Norvege etait soulev6e ; le roi cliass6 venait d'etre assassin6 dans sa fuite. Olaf se mit h, la tSte des r6voltes, dispersa les derniers partisans de I'usurpateur, et remonta sur le trone paternel. Bientot il entreprit la conversion en masse et par ordre de ses sujets ; la foi clir6tienne fut declaree loi de I'Etat. Assiste d'un pretre saxon, Thangbrand, il parcourait son royaume, prechant, baptisant et hatant, par la promesse ou la menace, la conviction trop lente. Les contrees du Sud, familiarisees dejaavec les id^es nouvelles, inclinaient vers I'Evangile ; elles I'accepterent dans une assemblee g6nerale. Mais le Nord resista ; et, quand il se vit le plus faible, il emporta I'image d'Odin et le culte de ses dieux dans les forets. Centre lui la persecution meme fut impuissante, et aujourd'liui encore toute trace des superstitions finnoises n'a pas disparu. Mais les obstacles ne rebutaient pas le roi ; il mit au service de son proselytisme une infatigable activite et le prestige de sa toute - puissance ; seulement il avait parfois d'6tranges fagons d'argumenter. II y avait dans I'lle de Mosrd un temple celebre, dedie h. Thor. On y accourait de toutes parts ; c' etait le dernier rendez-vous du paganisme. Olaf passa dans I'ile, et entama avec le pretre du dieu une discussion tlieologique ; par malheur il s'embarrassa dans les noeuds d'un syllogisme. Renongant alors a la parole impuissante, il prit sa haclie et brisa le dieu sur son autel ; ses compagnons egorgferent le pretre. D'autres fois, quand le paien mettait trop de subtilite dans la discussion, on lui faisait avaler un serpent ; ou bien encore on I'attachait sur un ^cueil, et on lui donnait pour r6flechir le temps qu'il fallait k la maree pour monter jusqu'i ses Ifevres. On le detachait s'il se declarait convaincu ; s'il persistait, on laissait passer le flot et la justice du roi. Olaf ne se contentait pas
LT
-ID