BEAUTÉS ET LAIDEURS D'AUJOURD'HUI
La vie n'est pas l'école de l'indulgence.
A Paris, l'important avant tout est de plaire ; la première impression est tout.
A Paris, il faut débuter de bonne heure dans sa branche de commerce ou de snobisme. Notre société n'ad-
met que les spécialités ; elle vous classe femme galante, femme du monde, homme politique ou de théâtre, journaliste ou clubmann, mais ne vous permet pas de marauder dans les plates-bandes voisines.
Il faut parfois faire mentir sa légende, l'exagérer aujourd'hui, la démolir demain, c'est ainsi qu'on tient l'opinion en haleine. C'est le système de la douche écossaise appliquée à la publicité.
Sachez que, rentrant dans un salon, les femmes vous regardent aux épaules et les hommes dans les yeux. Un bon tailleur vous fait la taille droite, et la conscience d'être bien habillé vous fait porter beau.
Dans le monde, il faut descendre
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au niveau de la majorité, la médiocrité rassure.
La musique est la dernière religion de ce siècle sans foi. Les auditions de Tristan et de Parsifal entassent au Châtelet,dans les places supérieures, une population ardente et figée d'hypnose, en tout point pareille à celle des premiers chrétiens assemblés dans les Catacombes.
La sottise des gens m'a révélé la beauté des paysages.
On rencontre de telles misères et de telles iniquités que tout le mal qui arrive aux riches vous paraît mérité tant la chance d'autrui vous semble du bien volé.
Le tiers de Paris vit aux dépens des deux autres.
C'est là une des tares de nos mœurs modernes que l'amour y soit devenu un marché. La beauté y a bien moins de valeur que le désir inspiré, la convoitise y est immédiatement taxée ; et dans le monde, depuis le haut jusqu'en bas de l'échelle, tout être, homme ou femme, qui se sent aimé, y prend l'âme affreuse et commerçante d'un marchand de curiosités.
On a tout Paris quand on a une bonne table.
Quand une courtisane sortie du peuple ruine un banquier millionnaire, c'est toute une lignée d'ancêtres obscurs qu'elle revanche ; tout
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un atavisme de rancunes qu'elle satisfait dans ses goûts de luxe inutile et destructeur. Dans l'entreteneur mis à sec elle châtie toute une race d'oppresseurs ; elle est inconsciemment justicière. Meurtrière, ourdisseuse de ruines et de scandales, la courtisane est presque un mal nécessaire ; elle répare les séculaires injustices, supprime les distances arbitrairement établies, met en circulation les biens mal acquis, dissémine les thésaurises et nivelle les orgueils à la façon des révolutions et des guerres qui bouleversent et nivellent, elles aussi.
Si on ne prenait pas le parti d'ignorer de quoi vit la moitié des gens, on ne verrait plus personne.
«ifs»
Partout l'argent donne droit à tous les respects.
Dans les familles unies on a toujours la tentation d'enfermer en d'admirables maisons de santé, pour les contraindre à se soigner enfin ! les vieilles parentes fortunées, imprudentes et délicates.
La pauvreté met le crime au rabais, la médiocrité des situations bourgeoises cote les chutes des femmes et supprime la fantaisie de l'amour.
Certes, je plains les êtres de vieillir ; mais, ma pitié va surtout à ceux qui vieillissent emmurés dans une grosse fortune, emmurés et isolés, car autour de ceux-là la cupidité tue tout bon sentiment, toute velléité de tendresse, leur mort est guettée comme une échéance. Ils s'éteignent dans un désert, sevrés de toute affection, dans une atmosphère de mensonges et de grimaces, et quand, par hasard,
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ce sont des avertis auxquels l'expérience a peu profilé, ils meurent dans un affreux scepticisme, ayant percé à jour les comédies de leur entourage, le cœur douloureux et sec et peut-être encore plus à bout d'illusions que de souffrances...
Il n'y a pas de pauvres hommes, il n'y a que des hommes pauvres.
Il faut bien se défendre à l'heure où nous vivons ;l'arg-ent qu'on chipe, c'est encore des rentrées.
Dans un dîner, c'est celui qui parle qui doit toujours solder la dépense. Rien n'est plus cher que de se faire écouter.
Les femmes ! Ces délicats bibelots de chair et d'amour dont malheureusement les années déprécient la valeur I...
Être désirée, pour une femme, c'est ne pas vieillir.
Ce désir qu'ont les femmes de prolonger une beauté finie, ce besoin de plaire et de tromper encore n'est qu'une politesse vis-à-vis du monde et surtout des amis. Les femmes très entourées de famille, de fils et de petits-enfants ont seules le droit de vieillir; les cheveux blancs ne siéent bien qu'aux aïeules.
Les miroirs mentent, mais les regards des passants ne trompent pas.
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On n'asservit pas un homme en l'achetant. L'instinct d'indépendance qui est en nous pousse l'esclave à toutes les révoltes. Toute liberté aliénée contre des espèces finira toujours par s'affranchir dans un scandale ou par une trahison.
Il faut avoir, comme les Américaines, vécu dans le mensonge et la plate adulation qui rampent en Europe autour des grosses fortunes pour comprendre leur émotion, que disje, leur gratitude attendrie devant un élan sincère, et leur faiblesse (s'il y a faiblesse àdisposersi généreusement de soi-même) vis-à-vis un désir et sa réalité... Ces fautes-là sont moins un râle qu'un hennissement ; il y entre plus d'orgueil que de luxure, et la preuve, c'est que la femme coupable ne donne jamais de suite à sa faute.
Pas de liaison, pas d'intrigue, pas de mensonge avec ces belles cavales soumises une seule fois au rut de l'é-
talon. En Amérique, il y a des surprises et jamais d'adultères.
A la mer, devant la lumière crue du large, il ne faut pas regarder une Parisienne avant cinq heures du soir.
A la mer, toutes les laideurs s'aggravent : les ridicules y deviennent de la satire.
La femme est le seul animal qui blondisse en vieillissant.
C'est une exaspération de la personnalité qui fait le fond de la névrose ; d'où, chez les êtres atteints, ce besoin d'intéresser à leur sort par des dra-
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mes et des aventures chimériques, d'apitoyer ou de terrifier autrui par le récit d'un passé par eux imaginé, cette manie de mensonges et d'inventions, ce besoin maladif de composer et de créer des histoires toutes d'une pièce, et de les colporter ensuite, embellies et surchargées d'une telle variété de détails que la patiente finit elle-même par y croire ; et c'est là le caractère même de l'hystérie, cette soif d'émotions fortes et d'aventures extraordinaires toujours vécues en imagination, et que la malade s'ingénie à imposer à la crédulité d'autrui. L'hystérique est avant tout avide de faire partager sa folie et d'en contaminer.
La femme est la même partout, bien moins préoccupée de la beauté que de la mode.
Quand une femme se préoccupe
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tant de la question sociale, c'est que les hommes ne s'occupent plus d'elle.
Je connais les femmes et leurs enthousiasmes cérébraux^ l'admiration des intellectuelles ne s'adresse jamais qu'à l'encolure du mâle.
Toutes les femmes qui attentent à leurs jours en réchappent ; je parle des femmes du monde et du demi ; les brunisseuses qui allument un réchaud, elles ne se manquent pas.
Mais, à partir de vingt-cinq mille francs de rente, on se doit à la galerie. On se relève d'un suicide comme on se relève de couche: c'est un prétexte aux jolies attitudes et aux peignoirs de luxe. N'oublions pas que, dans le monde, les femmes apprennent à mourir au cinquième acte des drames ; toutes ont plus ou moins
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l'obsession des langueurs phtisiques de la Dame aux Camélias.
Les originaux des portraits des musées, ceux-là mêmes qui vous troublent, fleurissent seuls dans le peuple. A Venise, les dogaresses de l'Académie et les « Santa Orsola » du Garpaccio se rencontrent couramment dans la Merceria et les petits canaux deMurano.
C'est là peut-être une des revanches obscures de la nature, — la nature ennemie de tout accablement et de tout empiétement d'individualité sur les êtres et les choses — que le jaloux et tyrannique amour maternel déçu dans ses aspirations pourtant si légitimes par l'indépendance oublieuse des fils.
On ne saurait assez tonner et fulminer contre ces cerveaux à l'envers de symbolistes, d'esthètes et autres chasseurs de coquecigrues qui, l'imagination farcie d'idées de l'autre monde, en contaminent, au hasard des rencontres, les jolies filles de la rue parisienne, et, avec leurs prétentieuses pratiques, transforment en insupportable pécore la plus exquise midinette.
La littérature a ses phrases comme la galanterie.
Du quartier Latin, elle émigré à Montmartre et, avec le succès, descend au Boulevard.
Beaucoupd'hommesdelettresfînissent par épouser des « demoiselles ».
On dirait que les professions s'attirent ; c'est en somme de la joie que vendent l'un et l'autre, joie de l'esprit chez l'écrivain, joie de la chair
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chez la demoiselle, le tout est de les épouser riches. A Paris, le mépris des honnêtes gens ne résiste pas à une bonne table.
Etonnants, ces descendants d'hommes de génie I
A croire que la nature, à bout de sève, ne peut continuer quand elle a donné son maximum d'harmonie et de force.
Il n'y a que des gens bien portants qui trébuchent dans le gouffre. Les Arais malades ne meurent pas; ils se
soignent.
C'est une joie féroce chez certains vieillards de constater la mort des autres autour de leur verte sénilité.
Le physique des vieux messieurs s'achemine diversement vers une laideur unique.
Un sosie compromet toujours son homme.
Les ennemis servent souvent plus que les amis, mais il faut les choisir ; les ennemis parlent de nous.
Ce sont leurs besoins qui créent l'amoralité des gens.
Dans la vie il faut s'attendre à l'hostilité de nos amis et à la haine des indiiîérents.