L'immobilité spatiale dans le monde stellaire
La partie de l'univers la plus majestueuse et aussi pour nous la plus mystérieuse comprend les étoiles, c'est-à-dire les astres lumineux par eux-mêmes. Actuellement au nombre de trente millions environ, sans compter les étoiles invisibles avix lunettes, entre autres celles qui ont été découvertes par la photographie du ciel et ces autres très nombreuses dont les amas forment les nébuleuses résolubles (^) , les étoiles, disionsnous, font partie d'un monde auquel les mathématiciensastronomes donnent le nom de solide stellaire (^) .
(') Cf. ArrhÉNIUS. L'évolution des mondes, pp. 48 et suiv., Paris, Béranger, 1910. Le nombre d'étoiles découvertes par la photographie du ciel dépasse actuellement le milliard.
(-) En mécanique on appelle solide un ensemble de points matériels ou non, restant à des distances invariables les uns des autres.
Une de ses caractéristiques est l'énorme distance qui le sépare de notre planète. La lumière, qui parcourt 300,000 kilomètres à la seconde, met quatre ans et demi pour nous arriver de l'étoile la plus rapprochée (l'a du Centaure). D'autres étoiles sont tellement éloignées que leurs radiations ne nous parviennent qu'après des siècles. Suivant certains auteurs, la lumière emploierait plus de 300,000. peut-être même un million d'années, pour aller d'un bout de l'univers à l'autre {') .
On comprend que par suite de cet éloignement, les astres aient pu paraître, depuis les temps les plus reculés, rester très sensiblement à des distances invariables les uns des autres.
L'immobilité du monde stellaire n'est cependant qu'apparente. Grâce au perfectionnement des instruments d'optique et surtout grâce à la photographie, l'astronome a pu constater que la grande loi du mouvement étend son empire jusqu'à ces régions lointaines.
Certaines étoiles, en effet, paraissent décrire autour d'une étoile plus importante des orbites elliptiques et forment avec celle-ci des systèmes binaires, ternaires...
S il faut en croire l'analyse spectrale, de nombreuses étoiles ont aussi un mouvement dans le sens du rayon visuel, en sorte que les unes se rapprochent de nous, tandis que d'autres s'en éloignent. Ces mouvements peuvent avoir une vitesse considérable: des auteurs sérieux l'estiment à plusieurs centaines de kilomètres à la seconde. Mais comme ils se propagent deuis le sens du rayon visuel, ils n'empêchent pas les étoiles qui en sont animées de se projeter aux mêmes points de la voûte céleste. Ainsi s'explique aisément leur immobilité apparente (-) .
(1) NoRDMANN. Einstein et l'univers. Librairie Hachette, p. 40, 1922.
i'^) En appliquant à la mesure des vitesses radiales le principe Doppler- Fi::eau, on a découvert récemment des mouvements propres stellaires réellement fantastiques. Pour ne citer qu'un cas, Arcturus, la brillante étoile du
Enfin, on découvre encore dans le monde stellaire des mouvements perpendiculaires au rayon visuel. Sont-ils réels ? Sommes-nous victimes à leur sujet d'une illusion d'optique, d'une erreur d'observation ? Question épineuse, difficile à résoudre, surtout si l'on songe à l'énorme distance où il nous est donné d'observer ces mouvements, à l'extrême petitesse de l'angle sous lequel ils nous apparaissent (^) . Cependant, à l'heure présente, l'existence de pareils mouvements paraît de plus en plus probable.
Pour la détermination, à l'aide d'observations optiques, des mouvements relatifs appartenant aux corps de notre système solaire, le mathématicien-astronome n'utilise pas les étoiles comme points de repère, mais seulement leurs projections sur la voûte céleste. Il regarde ces projections comme restcint très sensiblement à des distances invariables les unes des autres et ainsi accorde aux étoiles droit de cité dans le solide stellaire.
Nul n'incriminera psu"eil procédé scientifique; les immenses avantages qui en résultent le justifient amplement.
En réalité cependemt, de cette multitude innombrable d'êtres corporels, disséminés dans ces régions lointaines, y en a-t-il un seul qui jouisse d'une véritable immobilité ? Leurs distances mutuelles et partcuit les espaces réels, déterminés par leur situation relative, ne sont-ils pas tous soumis à de perpétuelles variations ? Si dans l'état actuel de la science il serait encore téméraire de donner à ces questions une réponse catégorique, cependant les constatations énumérées plus haut semblent légitimer, croyons-nous, et cela malgré leur imperfection rela-
Bouvier, aurait une vitesse de 413 kilomètres à la seconde; c'est-à-dire qu'eiv quatre jours, elle irait de la Terre au Soleil. Cf. AbbÉ MoreUX. Connaissonsnous le plan de l'univers? (Revue des Questions scientifiques, 20 janvier 1921» P- J2).
(1) MaRGUET, Translation solaire (Revue de Métaphysique et de Morale), 1912. pp. 169-198.
tive, la conclusion générale : selon toute probabilité, le monde stellaire ne comprend aucun point de repère absolument fixe, aucun espace réel absolument immobile-
149, — Immobilité de l'espace dans le système solaire.
Quelle est d'abord la constitution de ce système ? Le soleil est incontestablement l'astre le plus important de ce vaste ensemble; il en est même l'âme et le principe régulateur. Source intarissable de chaleur et de lumière, il distribue avec profusion ses forces physiques à tous ses congénères et les maintient sous sa dépendance par ses puissantes attractions. Comme un roi toujours entouré de sa cour, il groupe autour de lui tout un monde de planètes, astres autrefois brilleuit comme lui d'une lumière propre, mais actuellement éteints. Bien que ces planètes ne soient point lumineuses par ellesmêmes, nous pouvons cependant les apercevoir lorsque leur hémisphère qui regeurde la terre, est éclairé, soit directement, soit indirectement, par une source lumineuse.
Outre la lune et le globe que nous habitons, les anciens connaissaient déjà Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne.
D'autres planètes, notamment Uranus et Neptune, ont été découvertes à une date relativement récente.
Dans les premières années du siècle dernier, la photographie nous a révélé encore l'existence de plus de 750 planètes, très petites, situées entre les orbites de Mars et de Jupiter.
Enfin à ces astres éteints qui forment le cortège du soleil il faut ajouter les satellites des planètes qui font leur révolution autour d'une planète plus grande et la suivent dans la révolution que celle-ci fait elle-même autour du soleil. A l'exception de Mercure et de Vénus, toutes les planètes citées plus haut ont leurs satellites. La lune est l'unique satellite de la terre.
Le soleil, les pleinètes, y compris la terre, et leurs satellites, tels sont les membres de ce vaste système céleste auquel les astronomes donnent le nom de système solaire ou planétaire. La distance qui nous en sépare est considérable ; elle se chiffre pai des millions de lieues. Mais combien elle paraît petite quand on la compare à celle du monde stellaire ! La lumière émise par l'étoile la plus rapprochée de nous met, on s'en souvient, environ quatre ans et demi pour parvenir à la terre; celle émise par le soleil nous aurrive en huit minutes et demie. Sans doute, certaines planètes sont plus éloignées, mais les plus distantes de nous, telle Neptune, sont en tous cas considérablement plus rapprochées du soleil qu'elles ne le sont des étoiles.
Et maintenant, quelles sont, dans cette partie du monde céleste, les régions privilégiées, exemptes de mouvement; quelles sont les masses figées dans un étemel repos ?
L'astronomie ne laisse auctin doute à ce sujet : tous les membres du système solaire sont soumis à un perpétuel mouvement.
D'abord le système lui-même se déplace tout entier par rapport au monde stellaire. Actuellement il paraît se diriger vers l'étoile Y de la constellation d'Hercule avec une vitesse de 15 à 20 kilomètres à la seconde.
Mais il n'y a pas que ce mouvement d'ensemble. Le soleil, les planètes et les satellites ont encore leur mouvement propre, c'est-à-dire qu'ils tournent sur eux-mêmes autour de leur axe. avec une vitesse plus ou moins considérable.
Bien plus, comme le centre de chaque planète décrit autour du soleil une trajectoire elliptique, la distance entre le soleil et les planètes subit des variations, de même que la distance entre les planètes et leurs satellites.
Nous pouvons donc ciffirmer sans crainte d'erreur qu'il n'y a point d'espace immobile dans le système solaire.