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Une conception erronée de l'immobilité de l'espace

Les corps, dit-on, se meuvent, mais l'espace, théâtre de leurs évolutions, demeure immobile.

D'oii vient cet aphorisme qui nous paraît à tous briller des clartés de l'évidence ? D'une représentation spatiale que notre imagination se crée de toutes pièces sous la suggestion des données sensibles.

Lorsqu'un corps se meut, il quitte une position pour en occuper une autre. Cette position que le mobile a délaissée n'est rien par elle-même. En l'absence de la matière, elle n'est qu'une possibilité d'y loger un être corporel. Mais notre faculté imaginative spontanément la concrétise. Elle lui prête une sorte d'étendue vague, incolore, impalpable, trop peu consistante pour être confondue avec aucun corps, assez réelle pour en faire un réceptacle de la matière. Ainsi concrétisée, la position abandonnée par le mobile, comme d'ailleurs toutes les positions occupées par les corps ou susceptibles de l'être, revêtent les apparences d'un être réel, réfractaire au mouve-

(1) Lechalas. Le nouveau temps. (L'année philosophique, 23" année, 1912. Paris, Alcan, pp. 19-113).

{") M. DjuVARA. La théorie électromagnétique. (Revue de Métaphysique el de Morale, janvier 1912, pp. I0I-I02),

(') HôNIGSWALD. Zum Streit uber die Grundlagen der Mathematik- Eine erkenntnische Studie, Heidelberg. Winler, 1912. « Les raisonnements de la nouvelle conception sur l'espace et le temps, dit cet auteur, représentent un mélange inadmissible de subjectif et d'objectif, et surtout une confusion regrettable entre les domaines respectifs de la science et de la philosophie. »

ment, mais destiné, grâce à son immobilité absolue, à en marquer toutes les étapes.

En fait, tel est le processus qui, secondé plus tard par notre intelligence, donne naissEUice à ce que nous avons appelé « espace imaginaire » ou même « espace absolu w. Chimère donc que pareil espace.

Mais si cet habitacle que nous projetons en dehors de nous n'est rien, que peut être l'immobilité dont nous avons coutume de le doter ?

L'unique espace au sujet duquel se pose la question d'immobilité est donc l'espace réel; il consiste, avons-nous dit, en des relations réelles de distance, en des intervalles, en des capacités circonscrites par de la matière étendue.

En d'autres termes, le problème revient à se demander: Y a-t-il dans l'univers des capacités réellement limitées qui constituent des situations fixes, absolument étrangères au mouvement des corps, capables de servir en tout temps de point de repère ?

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