Immobilité de l'espace sur la terre
Notre planète faisant partie du système solaire, doit naturellement participer à la mobilité qui caractérise ce système. Aussi, si dans la question qui nous occupe, nous lui accordons une mention spéciale, c'est uniquement parce que les relations intimes que nous avons avec elle, nous invitent à envisager le problème de l'immobilité spatiale sous un jour nouveau, ou du moins d'un point de vue plus pratique.
La terre, prise dans son ensemble, est animée d'un triple mouvement .
D'abord, comme ses congénères, elle accompagne le soleil dans ce vaste mouvement qui semble entraîner, à l'heure présente, le système entier vers une des étoiles de la constellation d'Hercule.
En second lieu, elle décrit une ellipse dont l'un des foyers est le soleil, et la période de ce mouvement marque la durée de l'année.
Enfin, conformément à la loi commune imposée aux planètes, elle est animée d'un mouvement de rotation autour de son axe et ce mouvement fixe la durée du jour.
Elle se signale donc par une mobilité complète, et l'on se demande comment il est possible de découvrir encore, au sein de ces multiples mouvements, ces points de repère relativement fixes que réclament nos besoins scientifiques et sociaux.
Heureusement, malgré ces déplacements qui engagent sa masse entière, la terre possède une forme sensiblement invariable où se maintiennent pour les êtres répandus à sa surface des points ou des lignes de référence pratiquement immobiles ; tels sont l'équateur, les pôles et les méridiens. La distance d'un lieu à l'équateur, mesurée en degrés sur le méridien, ou grand cercle qui passe par ce lieu et les pôles, nous indique la latitude de ce lieu. L'arc de l'équateur terrestre, évalué en degrés ou
parties de degré, contenu entre le premier méridien et le méridien d'un lieu, détermine la longitude de ce lieu.
Pour les êtres distribués sur la surface de notre terre, il existe donc des situations réelles ou espaces immobiles, mais l'immobilité qu'on leur attribue est toute relative et conditionnelle. Elle est relative à des termes de référence situés sur notre globe. Elle est réelle à la condition d'admettre qu'un espace réel ne perd pas son identité individuelle lorsque des corps divers viennent successivement constituer ses limites.
D'ailleurs, dans la vie pratique, une immobilité beaucoup plus relative encore nous permet de reconnaître l'existence du mouvement, son point de départ, son terme. Lorsqu'un voyageur quitte sa demeure et entreprend un voyage, il se convciinc bien vite que cette demeure est un lieu immobile, c'està-dire un lieu qui ne prend aucune part au mouvement dont il est lui-même animé. Cette immobilité lui suffit, bien qu'elle soit discutable d'un point de vue scientifique.
Article IV.
L'Espace est-il fini ou infini?
I5L — Sens exact de ce problème.
Ecartons d'abord du débat l'espace abstrait, purement idéal, qui, à raison de son indétermination conceptuelle, n'est point susceptible de limites réelles. Tous en conviennent, l'infinitude au sens négatif du mot est une de ses propriétés essentielles. A notre avis, il serait cependant préférable de l'appeler indéfini.
L'espace dont il s'agit est l'espace objectif, réalisé en dehors de nous.
Mais il existe deux sortes d'espaces concrets : l'un, que nous appellerions volontiers l'espace élémentaire, nous représente
ille entre deux corps déterminés. La question ; se pose pas au sujet de cette première forme îlle que soit son étendue, pareil espace est ini. En effet, une relation de distance n'est imites le sont et possèdent chacune une place dans l'espace. Or, supposer infini l'intervalle 5 limites, c'est se mettre dans l'impossibilité une situation réelle. Quel que soit le recul :, il sera toujours possible d'imaginer d'autres oignées. Et d'autre part, rien ne sert de les lent puisque la relation ne prend corps qu'au n fixe les termes.
nde conception spatiale beaucoup plus large : ensemble des relations de distance qui relient lultiples êtres de l'univers. Sous cet angle, 1 espace peui naturellement revêtir de nouvelles propriétés ; et avec raison l'on se demande si ce vaste système de substances corporelles orgcuiiques et inorganiques, rattachées les unes aux autres par des rapports d'extraposition mutuelle ou de distance, ne s'étend pas réellement au delà de toute limite. En d'autres termes, le problème de l'infinitude revient à savoir si l'univers comprend une multitude infinie d'espaces finis.
Deois cette hypothèse, libre donc à l'imagination de se transporter d'emblée au delà du monde sidéral, d'ajouter à la distance qui nous sépare des étoiles fixes, des milliers et des milliards de distances analogues, libre même à l'intelligence <le multiplier par un coefficient toujours croisscuit tous les intervalles concevables, il restera toujours un au-delà réel, c'està-dire des séries sans fin de corps concrets.
Problème ardu, hérissé de difficultés; mais qui de nous ne l'a soulevé à certaines heures de son existence ? Qui de nous, par exemple, ne s'est parfois surpris à se demander devant le spectacle grandiose de l'univers, notamment à la vue des
cieux parsemés d'étoiles : qu'est-ce donc que « l'envers des cieux ? )) Qu'y a-t-il au delà ? « L'étendue de l'univers a-t-elle une limite ? Est-ce possible qu'elle n'en ait point ? (^) ».
En réalité, ce problème est double : à côté de la question de fait, il y a celle de possibilité. Aussi, plusieurs auteurs, partisans de la théorie finitiste, ne cherchent même pas à découvrir dans le monde physique des preuves péremptoires à l'appui de leur opinion. C'est au concept même d'univers infini ou plus explicitement de multitude infinie qu'ils s'en prennent. Procédé radical qui résout du mêmie coup la question de fait. Il est clair, en effet, que l'espace n'est pas infini s'il est métaphysiquement impossible qu'il le soit, c'est-à-dire si les notions de multitude et d'infini s'excluent.
§ I. — Un espace réel infini est-il possible?
1 52. — Source des difficultés que soulève ce problème.
L'hypothèse philosophique qui attribue aux vicissitudes de l'univers un étemel passé, nous met en présence d'êtres successifs, d'une durée plus ou moins longue, mais condamnés à disparaître tout à tour avec l'écoulement des siècles, en sorte qu'à chacune des périodes de ce passé sans limite peut correspondre, en fait, un nombre fini d'existences. La collection infinie que comprend nécessairement pareille durée ne désigne donc que des séries sans fin d'êtres disparus, représentés à l'heure présente peu: un nombre plus ou moins greind^ mais peut-être fini, de descendsmts.
Tout autre est l'hypothèse de l'infinitude de l'espace.. Quelle qu'en soit la nature, l'espace suppose un ordre de coexistants et ne peut donc être infini en étendue que s'il.
(») BalmÈS, Philosophie jondamentale, t. III. p. 75, Liège, 1852.
contient une multitude infinie d'existences simultanées, actuellement réalisées.
Or, cette supposition, on le devine, est grosse de toutes les difficultés qu'on a soulevées jusqu'ici contre la possibilité de l'infini spatial. Une multitude infinie en acte est-elle possible ? ces deux concepts ne sont-ils pas contradictoires ? On a tenté de mille manières de mettre en relief l'absurdité qu'on a cru découvrir dems ce couple d'idées.
11 serait fastidieux et d'ailleurs inutile d'exposer dcins le détail chacun de ces essais. Qu'il nous suffise d'abord de résumer ceux que nous avons longuement discutés dans notre travail sur La Notion de temps, sauf à y ajouter certaines formes de démonstration spécialement appropriées au sujet qui nous occupe.