Quatrième objection
« L'univers est fini et borné, écrit M. Véronnet, parce qu'il a des parties réellement distinctes, formant une collection, une pluralité, et que toute pluralité est nécessairement finie et limitée. Sans doute, nous ne pouvons pas apercevoir les limites de notre monde, ni en mesurer l'étendue, mais nous pouvons dire à coup sûr : ces limites existent. Pourquoi cela ? Parce que le monde étant soumis au nombre doit suivre nécessairement les lois du nombre dont l'une consiste à exclure l'infini (^) . »
Toute pluralité, dit l'auteur, est finie et limitée. Le monde est soumis au nombre. Telles sont les doctrines sur lesquelles repose toute l'argumentation.
En logique, pareil vice de raisonnement s'appelle une péti-
(1) Véronnet. L'infini, catégorie et réalité. (Annales de philosophie chrétienne. 1902-1903, p. 176.)
tion de principe. Il consiste à prendre comme point d'appui de l'échafaudage logique l'hypothèse même qu'il s'agit de démontrer. Un infinitiste, en effet, se contentera de rejeter simplement comme dépourvus de vcJeur les postulats invoqués. Pour lui, la multitude infinie et le nombre fini sont deux grandeurs radicalement distinctes l'une de l'autre, irréductibles entre elles, et soumises chacune à des lois propres. Pour lui, l'infini actuel, à la différence du nombre, est donné d'un premier jet, ne se forme pas par des ajoutes successives comme les quantités finies, constitue, en im mot, une quantité sui generis qui ne se prête pas au dénombrement.
Il en conclut, et peut-être avec raison, que l'infini spatial est un domaine où les lois du nombre n'ont point d'application (^) .