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Argument de Charlier, tiré de la voie lactée

A l'exemple d'Aristote, ce savsint souscrit à l'infini tem-r porel, mais rejette l'infini spatial. Il résulte, dit-il, des obser-

(1) Aristote. De Cœlo, lib. 1. C. IX. Ed. Didot, t. Il, pp. 380-383.

valions et des travaux d'Herschel que la voie lactée n'a pas une extension illimitée. La lumière, dont la vitesse est de 300,000 kilomètres à la seconde, mettrait environ douze mille ans pour la parcourir deuis le sens de sa longueur. Les plus puissantes imaginations se trouvent confondues devant pareille grandeur, mais il reste vrai que cette étendue a des bornes. Or toutes les étoiles fixes et les nébuleuses appartiennent à la voie lactée. Donc le système entier est limité (^) .

Ce travail avait à peine vu le jour qu'il devenait l'objet de violentes critiques. Gutberlet, entre autres, ne lui adresse pas moins de cinq reproches :

P L'observation, écrit-il, peut bien nous renseigner sur la longueur et la largeur de la voie lactée ; elle est impuissante à en pénétrer la profondeur ;

2" Il se peut que depuis Herschel les cistronomes considèrent toutes les étoiles fixes comme appartenant à la voie lactée, mais ici encore l'expérience ne nous donne aucune certitude à ce sujet;

3° Il n'est nullement prouvé que l'infinitude ne soit aussi attribuable au monde des étoiles qu'au monde des nébuleuses ; on pourrait même l'attribuer à la voie lactée comme à d'autres systèmes stellaires indépendants, d'autant plus qu'Herschel lui-même s'est demandé, dans ses dernières publications, s'il avait bien atteint la limite de cette voie ;

4° Les preuves invoquées à l'appui de l'opinion qui rend toutes les nébuleuses solidaires de la voie lactée, jouissent, non d'une certitude, mais d'une probabilité plus ou moins grande;

5° Enfin, admettons même la limitation de la voie lactée suivant une triple dimension, on en conclurait à tort la limitation des nébuleuses; rien n'empêche, en effet, que celles-ci

(*) CharlIER, Ist die Welt endlich oder unendlich in Raum und Zeit? (Archiv. fur systematische Philosophie, H. B., 18%, pp. 488-493.)

ne s'étendent de toutes parts, autour d'elle, à l'infini, ou qu'elles constituent une multitude illimitée en extension (^) .

Ces critiques de l'auteur allemand nous pairaissent en tous points fondées. A notre avis, elles énervent même d'avance toute preuve empruntée uniquement à l'observation. Et, en effet, que les hommes de science fixent im jour les limites du monde auquel nous appartenons, que leurs découvertes fassent briller ce fait des clsurtés de l'évidence, l'infinitiste se contentera de conclure : notre univers est donc un des mondes finis qui constituent la série infinie des mondes.

Qui nous dit qu'au delà de cet univers, à des distances presque incommensurables, n'existent point des milliers d'autres univers plus complexes et plus vastes que le nôtre, qu'au delà de ces mondes supposés, d'autres encore s'échelonnent ScUis fin dans l'espace seins limites ? Pourquoi notre monde serait-il seul à posséder le privilège de l'existence ? D'autres congénères sont aussi possibles que lui. Chacun d'eux peut avoir, comme le nôtre, sa qusintité finie de matière et d'énergie, ses lois, sa physionomie propre. Chacun d'eux p>eut aussi, comme le nôtre, se mouvoir librement et avec une complète indépendance à l'égard des autres, dans l'orbite que lui a tracée son auteur.

Si loin qu'on la prolonge, la méthode purement empirique ne saurait nous empêcher de redire cette belle pensée de PasceJ : (( Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature ; nulle idée n'en approche, nous avons beau enfler nos conceptions au delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses (^) . »

(1) GUTBERLET, Ist das Weltall begrenzt oder unbegTcnzi? (Natur und Offenbarung 43, B.. 1897, p. 134.) (^) Pascal, Pensées.

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