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Critique de cet argument

Récemment, H. Poincaré a repris l'argument de son devaincier, en lui donnant une forme toute freuiçaise. « Si l'univers est infini, écrit-il, une droite de direction quelconque, issue

(*) Olbers, « Astronomisches Jahrbuch », 1826, p. 113. — M. Klimke cite aussi cot argument comme l'un des meilleurs que l'on puisse invoquer en faveur de la limitation de l'univers, mais ne le trouve pas péremptoire. — Cf. KliMCKE, Der Monismus, p. 139. Fiiburg im Breisgau, Herder, 1911.

de notre œil, doit finir par rencontrer une étoile; il semble en résulter que le ciel tout entier devrait avoir l'éclat du soleil (^) . » Mais loin de se laisser ébranler par cette difficulté, l'illustre physicien la déclare sans fondement.

« Cette conclusion, ajoute-t-il, n'est pas légitime, parce que la lumière subit toujours une absorption plus ou moins forte dans les espaces interstellaires (") )>.

Au reste, Olbers lui-même avait soulevé l'objection sans tenter de la résoudre.

D'autres auteiurs apprécient tout autrement le raisonnement de l'astronome allemand. Ils le trouvent impeccable et ne comprennent même pas le doute qu'il a suggéré à son auteur. A leur avis, dans un univers sans limite, tout corps doit être infiniment chaud et lumineux, car si la chaleur et la lumière émises peur les astres peuvent être en partie absorbées pai les corps froids et obscurs placés sur leur trajet, ces corps cependant ne possédant qu'un pouvoir absorbant limité, cesseront bien vite de leur faire obstacle. Or, une fois son pouvoir épuisé, la matière obscure toujours sous l'influence des sources calorifiques et lumineuses inépuisables que comprend l'espace infini, deviendra elle-même infiniment chaude et lumineuse. Telle est l'opinion de Gutberlet (") .

Que penser de cette divergence de vues ? Il est peut-être téméraire de vouloir prendre position dcins un conflit où semblent se mesurer plusieurs sommités des

(1) H. PoiNCARÉ. Hypothèses costnogoniques, p. 251. Paris, Hermann.

(2) H. PoiNCARÉ, Ibidem, p. 251.

(3) Gutberlet, Ist das IVeltall begrenzt oder unbegrenzt? (Natur und Offenbarung, 43 B. 1897, p. 142.) D'après cet auteur, ni l'observation, ni la métaphysique ne sauraient prouver la limitation de l'univers actuel. L'unique méthode qui puisse établir ce fait, est la méthode « empirisch-spekulative » c'est-à-dire à la fois empirique et spéculative. Elle revient à montrer que l'hypothèse d'une multitude infinie de masses est inconciliable avec les conditions d'existence et d'activité des corps réels.

LES PROPRIÉTÉS DE L'ESPACE :j69

sciences physiques. Qu'on nous permette cependant quelques observations au sujet de la judicieuse remarque de H. Poincaré.

Grâce au perfectionnement progressif des instruments d'optique, et surtout grâce à la photographie céleste, les astronomes ont découvert, depuis les premières années du siècle dernier, plusieurs étoiles jusqu'gJors imperceptibles à nos yeux, bien que lumineuses.

L'énorme distance de ces astres par rapport à nous, la faiblesse relative de notre puissance visuelle, l'absorption incontestable des milieux interstellaires avaient donc suffi à nous voiler leur existence. D'ailleurs, la loi physique d'après laquelle l'intensité de la lumière diminue en raison inverse du carré de la distance nous laissait soupçonner déjà depuis longtemps la possibilité de ce fait.

Eh bien ! Supposons qu'au delà de ces horizons lointains où les astres lumineux sont pour nous aussi invisibles que des soleils éteints, s'étendent d'autres cieux analogues aux nôtres, peuplés d'astres comme les nôtres. Ces astres, situés à des distcinces presque incommensurables de ceux que nous pouvons à peine percevoir de notre globe, n^échapperont-ils pas nécessairement à notre perception visuelle ? Quelle influence exerceront-ils sur l'éclairement de la voûte céleste qui nous entoure ? Le ciel étoile ne sera donc ni plus ni moins éclairé qu'il ne l'est actuellement. Dès lors, qu'importe-t-il qu'à un second ciel viennent s'ajouter un troisième, un quatrième, une multitude infinie ? La répétition ou la multiplication, même illimitée, de notre univers n'en changera en rien les caractères distinctifs.

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