Instance
On nous objectera peut-être : s'il n'y avait qu'un second ciel ou même im troisième superposés au nôtre, il serait aisé de comprendre que la plupart des astres dont on les suppose
émaillés, échappent à nos regards et n'exercent partant aucune influence appréciable sur Véclat de notre voûte céleste.
Mais si l'on admet ime infinité d'astres disséminés dans les profondeurs de l'infini, le phénomène change d'cispect. Deois cette hypothèse, la superposition devient en réalité une ajoute d'une importance capitaJe. C'est par l'infini qu'il faut alors, multiplier la quantité de chaleur et de lumière transmise par chacun de ces cieux aux différents astres de notre département spatial.
Cette quantité sans doute est petite pour chaque individualité stellaire ; celle que le second ciel nous enverrait pourrait même être déjà, comme on le suppose, insensible. Néanmoins, malgré sa petitesse, elle deviendra une grandeur infinie si on. la multiplie peur l'infini.
En somme, cette objection part d'une hypothèse gratuite à laquelle tout infinitiste opposerait avec raison une fin de nonrecevoir. Elle revient à nier l'absorption de la lumière et de la chaleur par les corps obscurs ou les espaces interplanétaires, pour attribuer à chacun des astres de la série infinie une action thermique ou lumineuse cumulative.
Or, cette action cumulative n'est nullement évidente. Nul astronome jusqu'ici n'a prouvé que les radiations d'un astre quelconque ne peuvent être, à une distance suffisante, complètement absorbées par les corps obscurs échelonnés sur leur trajet.
Cette supposition paraît même très vreùsemblable si l'on se rappelle la rapidité avec laquelle décroît l'intensité de la lumière. Par quelle quantité infinitésimale ne faudrait-il pas la représenter si on la captait à des millions de milliards de kilomètres de son lieu d'origine ? Or, pourquoi ce qui est possible poiu: une étoile, ne le serait-il pas pour toutes les autres ? E^t-il à craindre que les corps absorbants ne deviennent infiniment lumineux et chauds ? Assurément non.
Voici, par exemple, une série infinie de soleils superp)osés.
Les radiations du premier soleil sont, peu: hypothèse, totalement absorbées après im parcours d'un milliard de lieues. Celles du second, beaucoup plus éloigné, traversant des milieux semblables, s'éteignent de la même manière; peut-être arrivent-elles dans le voisinage du premier, peut-être même pénètrent-elles à une certaine profondeur dans sa sphère d'action.
Le même phénomène se passe pour un troisième, pour un quatrième soleil, avec cette différence que la limite d'extinction complète des radiations s'éloigne de plus en plus du commencement de la série.
Pour remplir son rôle, chacun des corps obscurs n'a donc besoin que d'un pouvoir absorbant très limité et le petit accroissement de lumière et de chaleur qu'il pourra subir ne le fera point sortir de son réuig de corps froid et obscur.
Remontez maintenctnt la série, suivez-la par la pensée jusque dans les profondeurs les plus reculées de l'infini, que rencontrerez- vous sinon des sphères d'extinction superposées à d'autres sphères d'extinction, imposcuit chacune au pouvoir accumulatif des limites très rapprochées si on les compeure à l'extension infinie de l'espace ?
Au lieu d'une série linéaire, libre à nous d'en supposer vingt, trente, un millier, ou plus; toujours vous rencontrerez dans chacune d'elles les mêmes lois, les mêmes procédés efficaces que la nature emploie pour maintenir dans l'infinie variété des mondes les conditions normales d'existence qu'elle maintient dans le nôtre.