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Nouvelle instance

A l'effet de souligner l'insuffisance du pouvoir absorbant des corps obscurs, ou plutôt pour montrer que la loi qui exprime le rapport de l'intensité de la lumière à la distamce n'infirme pas, mais corrobore la légitimité des conséquences

prévues par Olbers, l'astronome Charlier recourt au calcul suivcint :

« Nous supposons, dit-il, la terre située au point central d'une sphère déois laquelle les étoiles sont distribuées comme elles le sont dctns notre ciel visible. Si nous faisons croître le rayon de cette sphère, le nombre d'étoiles contenues deins la sphère augmentera comme le cube du rayon : pour un rayon deux fois plus grand, le nombre d'étoiles sera donc 2^ = 8 fois plus grand; pour un rayon quadruplé, ce nombre deviendra 4^=64; et ainsi de suite.

(( Tandis que l'intensité de la lumière émise par une étoile décroît en raison inverse du carré de la distance, l'intensité de la lumière rayonnée par l'ensemble des étoiles contenues dans la sphère croît donc proportionnellement au rayon de la sphère.-,

« Il en résulte que si la multitude des astres lumineux est infinie, la quEUitité de lumière transmise à notre globe sera infiniment grande (^) . »

Cet argument auquel Gutberlet semble attacher une grande importcince ne nous convainc pas. Il nous semble même que ses partisans prennent avec la logique de bien grandes libertés .

Nous supposons, dites-vous, la densité stellaire uniforme, ou à peu près, dans l'espace infini.

Qu'en savez-vous ? Qui donc a sondé les mystères de « l'envers des cieux » ? Vingt hypothèses opposées à la vôtre, tout aussi vraisemblables et même plus probables, peuvent être imaginées. De quel droit limitez-vous le choix à l'hypothèse qui vous semble plus favorable ?

En voici deux prises au hasard :

Première hypothèse : l'espace sans borne est peuplé d'univers, comparables au nôtre mais distcints les uns des autres

(^) CharUER, ht die Welt endlich oder unendlich in Rahm und Zeit? (Archiv fiir systematische Philosophie, II B. 18%), p. 485.

par des intervalles incommensurables, uniquement pcirsemés de corps obscurs. « Il n'est d'ailleurs pcis improbable, dit l'astronome Seeliger, que la voie lactée, c'est-à-dire le système cosmique dont notre système planétaire fait également partie, se trouve dans l'univers à l'état d'isolement, non seulement mécanique, mais aussi optique, car les corps cosmiques éteints et les masses des poussières cosmiques peuvent très bien affaiblir la lumière provenant d'autres systèmes cosmiques, au point de nous priver de toute information relativement à ceux-ci ; il en résulterait que tout ce que nous voyons dans le ciel appartient à notre voie lactée à nous (^) . »

Autre supposition : au delà de la voûte céleste, la densité stellaire diminue proportionnellement à la distance.

Or, ces deux hypothèses dont on ne peut contester la légitimité, conduisent à des résultats que ne désavouerait aucun infinitiste.

Bien plus, admettons l'hypothèse d'une distribution topographique d'étoiles uniforme dans toute l'étendue de l'espace. Qui nous empêche de supposer que la multitude des corps obscurs, vrais éteignoirs de la lumière, augmente en proportion simple, double ou quadruple des astres brillants, de manière que les sources lumineuses nouvelles laissent toujours inchangé l'éclat moyen des espaces ?

169, — Argument de Wundt tiré de la pesanteur.

Enfin, signalons encore un argument, en apparence très suggestif, dû à Wundt.

Les finitistes avaient demandé surtout à la lumière et à la chaleur les preuves de leur opinion (^) . Le philosophe alle-

(1) Congrès des naturalistes allemands tenu à Vienne, en septembre I9f3. Voir le résumé de la Conférence de M. SeeligeR dans Scientia 1-1-1914, p. 160.

(2) Dans la dernière partie de son travail, Gutberlet a aussi tenté de réfuter I hypothèse de l'infini par les conséquences qui semblent résulter de certains

m£ind s'adresse de préférence à la pesanteur. Ici, au moins, semblait-il, le grand obstacle que rencontrent les premières preuves, à savoir l'intervention des corps obscurs et froids, ne se présente plus: toute matière, on le sait, quel que soit d'ailleurs son état, est soumise à l'action de la force gravifique.

Si l'action instEintanée de la pesauiteur, écrit Wundt, part de tous les points de l'univers infini, l'attraction et par suite la pression exercée sur chaque masse élémentaire doivent être infiniment grandes. Dans ce cas, puisque tous les corps subissent la même attraction infinie, tous les corps seront au même titre le centre d'attraction de l'univers, centre qui par là même se trouvera partout ou plutôt nulle paît. Or, la gravitation n'est possible que s'il existe un centre commun à tous les systèmes (^) .

Comme tous les autres arguments, celui du philosophe allemand a été l'objet, lui aussi, de violentes critiques.

Des physiciens, notamment Lasswitz, ne lui accordent aucune force probante. « L'univers infini, dit cet auteur, peut être constitué de systèmes finis dont chacun sereiit soumis à nos lois naturelles. 11 est permis de supposer que ces mondes limités, placés à des distances relativement infinies les uns des autres, n'exercent aucune influence sur leurs congénères, que chacun d'eux possède un centre spécial d'attraction vers lequel convergent toutes les parties du système. Or cette hypo-

changements introduits dans une série infinie d'étoiles, par exemple, l'enlèvement d'un certain nombre d'unités, un mouvement de recul imprimé à chacun des membres de la série, etc.

A notre avis, nous croyons d'ailleurs l'avoir prouvé plus haut, p. 341, pareil tadsonnement s'appuie sur une fausse conception de la multitude infinie. Cf. GUTBERLET. ht das Weltall hegrenzt oder unhegrenzt? pp. 153-155. (Natur und Offenbarung, 43 B. 1897.)

(1) Wundt, Ueber das kosmologische Problem (Vierteljahrsschrift fur wissenschaftliche Philosophie, t. I. 1877, S. 104.

thèse s'accorde en tous points avec nos conceptions cistronomiques et mécciniques (^) . »

Avec une loyauté qui l'honore, Wundt reconnut aussitôt le bien-fondé de la critique. « M. Lasswitz et moi, écrit-il, nous sommes partis d'hypothèses différentes. Je me suis représenté l'univers infini sous la forme d'un monde unique constitué d'une matière partout et unifonnément répandue. Or, dans semblable chaos le centre d'attraction doit être partout ou plutôt nulle peirt. »

M. Lassv^itz, au contraire, se figure, en dehors de notre monde visible, ime multitude d'autres systèmes, semblables au nôtre, à des distances relativement infinies les unes des autres.

Il va de soi que pareille hypothèse est irréprochable (~) .

Frappés de ce fait que l'action de la pesanteur diminue à mesure que la distance augmente, d'autres savants se sont demandé si cette action ne subit pas, elle aussi, une certaine absorption dans les milieux qu'çlle traverse. Ce phénomène se constate pour toutes les forces de la nature. Y a-t-il lieu de soustraire la pesanteur à cette loi universelle ? Cette absorption est peut-être insensible dans les limites de nos observations actuelles ; s'ensuit-il qu'elle n'existe pas ?

Dans cette hypothèse, la force gravifique aurait comme la lumière et la chaleur une sphère d'extinction qui, pour être plus étendue, n'en serait pas moins réelle et limitée.

Mais la preuve invoquée par Wundt se heurte à une difficulté beaucoup plus grave. Elle tire toute sa force d'une hypothèse, à savoir, l'extension de la loi newtonienne à l'univers entier, quels que soient d'ailleurs les mondes qui le constituent.

{') Lasswitz, Ein Beitrag zum kosmologischen Problem (Vierteljahrsschrift fur wissenschaftliche Philosophie, t. I., 1877, p. 358.

(2) Wundt. Einige Bemerktxngen zu der Abhandlung von Lasswitz (Vierteljahrsschrift fiir wissenschaftliche Philosophie, t. I., 1877) ; S. 364.

Or, des savants de première valeur contestent aujourd'hui, au nom même de l'expérience, la généralisation absolue de cette loi.

{( On a beaucoup discuté, dit encore Tsistronome Seeliger, la question de savoir si nos lois natiu'elles s'appliquent à l'imivers tout entier. L'expérience ne nous apprend rien sur la façon dont la loi de la gravitation de Newton se comporte à l'égard des distances qui séparent les étoiles fixes, et si l'on essaie d'étendre cette loi aux distances en question, on se heurte aux plus grandes difficultés. On doit également considérer comme une généralisation arbitraire l'extension à l'univers des deux lois fondamentales de la thermodynamique (^) . ))

L'hypothèse sur laquelle s'appuie cet essai de preuve est donc une hypothèse arbitraire, difficilement conciliable avec les faits, condamnée même à rester toujours une hypothèse caduque, à moins qu on ne parvienne à prouver que la force gravifique est une propriété essentielle de la matière.

Autant vaudrait, croyons-nous, tenter la quadrature du cercle.

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