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Critique de cette opinion

A l'exception de Leibniz, dont l'optimisme cosmologique est aussi inconciliable avec les faits qu'inutile à la perfection du Créateur, tous les adversaires de la possibilité intrinsèque du vide n'invoquent à l'appui de leur opinion qu'un seul argument : le vide n'étant rien, ne peut être un principe de séparation.

Plusieurs fois déjà, nous avons eu l'occasion de dissiper l'équivoque qui accrédita cet aphorisme. Le vide comme tel, dit-on, n'est rien. Soit. Mais pourquoi lui assignez-vous le rôle de maintenir les corps à distance ? Au lieu de concevoir la distance comme un principe de séparation, pourquoi ne pas y voir, ce que d'ailleurs elle est par essence, une simple résultante négative d'un défaut de contact entre deux êtres matériels ? Voici deux corps situés dans l'espace. Telles sont leurs positions relatives qu'un contact immédiat ne peut avoir lieu. Si aucune influence extrinsèque ne vient les rapprocher l'un de l'autre, il y aura fatalement entre les deux des situations possibles, actuellement inoccupées par la matière, bref, une absence de corps qu'on appelle le vide. Que ce vide ait une réalité ou n'en ait pas, ne reste-t-il pas vrai que la simple possibilité d'intercaler entre ces deux corps une gremdeur déterminée nous autorise à les dire réellement et objectivement distants l'un de l'autre ?

Si le contenu d'un vase fermé était subitement anézmti, ajoute-t-on, les parois devraient se rencontrer.

créer des corps, et partant une distance ; ne pas être distants, ce n'est donc pas, pour deux corps, la même chose qu'être conjoints ; il n'y a pas de contradiction à affirmer qu'ils ne sont ni distants, ni conjoints. » Richardus de Media Villa, Super quatuor libros Sententiarum Pétri Lombardi, etc., t. Il, lib. II, dist. XIV, quest. 131, art. 3. Brixiœ, 1591 (cité par DuHEM, Le mouvement absolu et le mouvement relatif, p. 217. Montligeon. 1909).

D'abord, ce n'est pas en vertu d'une loi métaphysique, on vient de le voir, ce que phénomène se produirait, car la distance comme telle n'implique ni le vide ni le plein. De ce point de vue et abstraction faite de toute influence du dehors, rien donc ne nécessite les parois de se rejoindre. En fait, il se peut que l'écrasement du vase se réalise sous l'action de la pesanteur. S'exerçant en tous sens sur la surface extérieure du vase, et n'étant plus contrebalancée par les résistances internes, cette force tendra naturellement à rapprocher les parois l'une de l'autre. iMais, dans ce cas même, il nous est encore facile d'éviter la contraction ; il suffit de doter le vase d'une force de. résistance pariétale équivalente aux poussées extérieures,, comme cela se fait d'ailleurs dans nos machines pneumatiques.

Au reste, le phénomène dont il s'agit ici, relève d'une loi physique dont les effets peuvent toujours être suspendus par la cause première. La possibilité intrinsèque du vide demeure donc intacte.

Cette conclusion se confirme encore par l'étude de la nature corporelle. Tout corps a une présence limitée et manifeste à l'égard de l'espace une complète indifférence. Il réclame une place, mais il n'en exige aucune de préférence à une autre» Libre à nous de l'imaginer, soit en contact intime avec d'autres êtres matériels, confondant ses limites avec celles de ses voisins, soit à une distance plus ou moins considérable de ses congénères. Dans les deux cas, a raison de son indifférence spatiale, ce corps réunit les conditions d'existence imposées à. la matière. Nous avons beau scruter la nature intime des corps et leurs relations essentielles avec l'espace, jamais nous ne découvrons cette nécessité qu'entraîne cependant avec elle l'impossibilité métaphysique du vide, de concevoir tous les corps de la nature en contact immédiat.

D'ailleurs, pour être conséquents avec eux-mêmes, les adversaires du vide devraient refuser à Dieu le pouvoir de

créer un corps isolé ou un monde fini, car le vide est toujours et partout de la même nature, en ce sens qu'il dénote essentiellement l'absence de la matière. S'il est absolument impossible à l'intérieur du monde, pourquoi le serait-il moins au delà de ses limites réelles ?

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