Critique de cet argument
]" Le mouvement absolu est possible; il conditionne même
le mouvement relatif.
La grande majorité des physiciens modernes opposent à
{') Euler, Theoria motus corporum solidorum, c. 2. Paris, Courcier, 1812. — Réflexions sur l'espace et le temps (Histoire de l'Académie royale des Sciences et Belles-lettres de Berlin), t. IV, pp. 324-333, 1750.
(*) Anspach, La Terre toume-t-elle? (Revue de l'Université de Bruxelles, novembre et décembre 1903).
(^) Flammarion, Le mouvement de la terre et la théorie du mouvement absolu (Bulletin de la Société astronomique de France, août 1903).
(*) Delbet, La science et la réalité, p. 136. Paris, Flammarion, 1913.
(5) Neumann, Die Principien der Galilei- Newton'schen Théorie, s. 27. Leipzig, 1870.
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l'argument précité une fin de non-recevoir en niant simplement la possibilité du mouvement absolu.
Cette attitude scientifique nous paraît injustifiée. A notre avis, l'étude des phénomènes nous fournit des preuves péremptoires, non seulement de la possibilité mais de l'existence même de ce mouvement. Bien plus, elle nous montre que jamais il ne se produit dans l'univers un mouvement relatif qui n'ait pour fondement un mouvement absolu.
Reprenons l'hypothèse de Newton et d'Euler, ou plutôt, supposons que l'univers soit réduit à deux corps seulement, distants l'im de l'autre, séparés par le vide absolu.
Le Créateur communique une impulsion mécanique à l'un de ces corps, par exemple au corps A. La distance entre les deux mcisses matérielles véirie, elle s'accroît ou diminue, peu importe. De l'avis de tous, même des relativistes les plus décidés, il se produit vm mouvement relatif, un changement réel de distance.
Où se trouve la cause physique de ce changement ?
Puisque nous admettons une vgiriation réelle, il faut bien qu une cause soit intervenue. Celle-ci ne peut se trouver que dans le corps A, car lui seul a reçu l'impulsion mécanique.
Mais une cause qui agit amène nécessairement à l'existence une réalité concrète. Agir et ne rien produire est un non-sens. Où se trouve l'effet physique réalisé par cette cause ?
Cet effet réside dans le même corps A, et pas ailleurs. D'abord, par hypothèse, le Créateur n'a exercé aucune influence sur le corps B. De plus, le corps fî n'a pu éprouver le contre-coup des modifications subies par son congénère puisqu'il en est séparé par le vide absolu, et que l'action à distance est impossible, au moins physiquement.
Cela étant, que le Créateur supprime maintenant le corps B, sans modifier d'aucune manière le corps A. Pourquoi donc ce mobile solitaire cesserait-il de se mouvoir dans l'immensité du vide qui l'entoure ?
Ne conserve-t-il pas l'impulsion qui fut la cause du mouvement, impulsion dont lui seul fut le dépositedre ?
N'est-il pas actuellement, comme il l'était avant la disparition de son congénère, le sujet récepteur du chemgement réel et physique produit pair cette impulsion ? Complètement indépendant du corps B lorsqu'il existait, pourquoi ce changement ou cet effet physique deviendrait-il dépendant de ce même corps disparu ?
Enfin, quel obstacle pourrait entraver les évolutions pacifiques de ce mobile solitaire lancé dans le vide absolu ?
Soit, dira-t-on, mais si ce corps est unique, comment constater l'existence de son mouvement, et surtout, comment le mesurer ?
D'accord, à défaut d'un point de repère qui nous permette de fixer le point de départ et d'arrivée du mobile, la constatation et la mesure du mouvement sont impossibles, pour le motif que toutes nos mesures sont nécessedrement relatives. Mais cette impuissance qui provient exclusivement du caractère spécial de nos moyens de contrôle et de mensuration, ne diminue en rien la réalité de la chose à contrôler et à mesurer, savoir : le mouvement absolu. Et c'est tout juste pour avoir confondu ces deux points de vue distincts que la conception purement relativiste du mouvement est indéfendable.
A propos d'une hypothèse smalogue à la nôtre, imaginée pai Neumann pour démontrer la possibilité du mouvement absolu, M. Mach se contente de répondre: « Il me semble, dit-il, que l'on n'a rien gagné si, pour éviter une contradiction, on fait une hypothèse qui est, en soi, dépourvue de sens (^) . »
Certes, au lieu de pareille réplique, l'illustre physicien eût été mieux inspiré s'il avait indiqué, soit les contradictions internes de l'hypothèse, soit les principes de physique ou de métaphysique qui la rendent inadmissible. Mais à semblable
(1^) Mach. La mécanique, p. 490. Paris, Hermann, 1904.
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besogne il eût perdu son temps. L'hypothèse, en effet, est très intelHgible, remarquable même de simplicité, et nul jusqu'ici n'a pu mettre sérieusement en doute sa possibilité. En fait, un seul grief lui est imputable, celui d'être très encombrante pour les relativistes outrés.
J4. — 2° L'existence du mouvement absolu ne prouve point l'existence de l'espace absolu.
Le mouvement absolu est donc possible, ou plutôt, il existe partout dans la nature où se révèle un mouvement relatif; celui-ci n'est même jamais que la conséquence de l'autre.
Dès lors, ne faut-il pas souscrire à l'hypothèse newtonienne <le l'espace absolu ?
Du point de vue historique, on ne peut contester que les deux théories, celles du mouvement absolu et de l'espace absolu, ont eu généralement les mêmes destinées et que la conception absolutiste du mouvement a conduit d'ordinaire à la conception absolutiste de l'espace.
Cependant ce serait une erreur de croire que ces deux théories se commandent. Et en effet, replaçons-nous un instant dans l'hypothèse exposée plus haut. D'où vient l'aptitude à se mouvoir que possède le corps solitaire ? Uniquement de l'impulsion motrice dont ce corps est dépositaire. Que l'espace qui l'entoure soit réel ou purement imaginaire, l'impulsion communiquée qui est la cause du mouvement, demeurera inchangée. En un mot, la cause réelle du mouvement est indépendante de la nature du milieu.
Quant à l'exercice de ce pouvoir moteur, il n'est pas davantage conditionné par l'espace absolu. Il en est même si peu tributaire, que l'absence de tout corps, de toute réalité quelconque, en un mot le vide absolu est le milieu le plus favorable que le mobile puisse rencontrer pour le déploiement de son énergie motrice.
A tous égards, la supposition d'un milieu réel, préexistant» est pai conséquent une superfétation.