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Conception aristotélicienne

A la suite de Platon, Aristote s'est toujours montré un adversaire résolu du vide. Dans l'atmosphère qui nous entoure, dans les pores dont est parsemée la masse des corps, dans les interstices où nos sens ne découvrent aucune étendue corporelle, le stagirite supposait néanmoins la présence d'une matière réelle. Pour lui, l'éther, certains corps gazeux remplissent si bien les vides apparents que rien ne peut briser la continuité de l'univers.

Au quatrième livre de sa Physique, il expose les divers arguments dont se réclcimaient les partisans du vide. Parmi ces difficultés il en est une qui mérite une attention spéciale, cai elle est la seule difficulté d'ordre métaphysique que soulève l'hypothèse du plein. Plusieurs physiciens modernes l'ont signalée sans pouvoir y donner une solution satisfaisante; d'autres y ont vu une pierre d'achoppement pour la théorie.

« Dans un milieu matériel continu, dit-on, un corps ne saurait se mouvoir. Deux corps, en effet, ne peuvent occuper simultanément le même espace ; le déplacement de l'un présuppose donc l'absence de l'autre. En un mot, le vide conditionne la possibilité du mouvement local (^) . »

(^) ApistoTE. PhysicoTum, lib. IV. c. 9. Edit. Didot.

Pour se dégager de l'étreinte de cet argument, Platon, nous lavons dit, recourt au mouvement tourbillonnaire qui se ferme sur lui-même. Lorsqu'un corps se déplace, l'air se meut en cercle autour de lui comme une roue qui tourne autour de son axe Tel est aussi le subterfuge par lequel Descartes tenta plus tard de sauver l'hypothèse.

Cette explication ne plaît pas à Aristote. Observateur passionné de la nature, il y avait découvert, à côté des mouvements tourbillonnaires. d'incontestables mouvements de treinslation où l'interprétation platonicienne se révèle d'une insuffisance manifeste. 11 lui faut donc une raison explicative plus profonde et plus large, et c'est dans les relations les plus intimes des propriétés et de leur substrat substantiel qu'il va la puiser.

La matière de tous les corps, dit-il, est la même, mais l'étendue qui la dissémine dans l'espace produit en elle des effets bien divers. Ici, elle condense la masse matérielle et rend le corps lourd; là, elle la dilate et donne au corps sa légèreté naturelle. Comme toute qualité corporelle, l'étendue subit des variations multiples sous l'influence des causes extrinsèques. Tantôt, soumise à de fortes pressions, elle resserre ses limites et emprisonne sous un plus petit volume la matière qu'elle affecte. Tantôt, moins contrariée dans sa tendance native, elle accroît ses dimensions en répandant cette même matière dans un espace plus vaste. Grâce à cette plasticité de l'étendue, le même corps peut donc occuper, d'après les circonstances, les volumes les plus divers (^) .

Guidés par cette doctrine, il nous est facile maintenant de nous représenter le mouvement d'un corps à travers un milieu matériel continu. Qu'un mobile reçoive une impulsion mécanique, aussitôt il comprime et refoule sur les deux côtés de sa route les corps qui entravent sa marche. Mais à mesure qu'il

(^) Aristote, Physicorum, lib. IV, c. 9.

s'avaoïce, occupant les positions abandonnées par la matière comprimée, celle-ci reprend son état normal et vient combler les vides momenteinément produits par le passage du corps. L'espace reste donc toujours rempli, ou du moins, le vide qui éventuellement se forme n'a qu'une existence de très courte durée.

Cette hypothèse aristotélicienne rencontrera sans doute peu de sympathie parmi les hommes de science. Le discrédit de la métaphysique a fait naître chez beaucoup d'entre eux tant de préjugés que les spéculations philosophiques les plus solides leur paraissent même suspectes. On ne peut nier cependant qu'elle est aussi fondée qu'ingénieuse. Y a-t-il, en effet, ime seule propriété corporelle qui ne soit soumise à des changements plus ou moins profonds ? La chaleur, l'électricité, le magnétisme, les forces motrices, et s'il faut en croire les physiciens modernes, la masse elle-même éprouvent des variations continues dans la mêlée des agents cosmiques. Pourquoi donc l'étendue réelle, distincte d'ailleurs comme toutes les autres qualités de son substrat matériel, serait -elle réfractaire aux influences qui tendent à augmenter ou à diminuer son volume ? On ne voit aucune bonne raison d'admettre, au profit de l'extension, cette diversité d'allures.

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