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Preuves modernes de cette opinion

En somme, si la doctrine des contractions et des dilatations réelles permet de concilier la possibilité du mouvement local avec l'hypothèse du plein, cette hypothèse elle-même Aristote ne l'avait appuyée sur aucune base solide. Avec raison la physique moderne ne ferait grâce à aucun des arguments qu'il invoquait en sa faveur (^) .

(1) D'après Aristote, le mouvement local est impossible dans le vide absolu. Un mouvement réel doit avoir, disait-il, une direction déterminée; il est essentiellement le passage d'un lieu à un autre lieu concret. Or, dans le

Mais chose étonnante, à mesure que les sciences se développent, la vieille hypothèse aristotélicienne reprend une actualité nouvelle et s'affermit au contact des faits.

(( Que la gravité, écrit Nev^ton, soit innée, inhérente et essentielle à la matière, de sorte qu'un corps puisse agir sur un autre, à distance, à travers le vide, et sans aucun intermédiaire qui transmette cette action, c'est pour moi une absurdité si grande qu'il me semble impossible qu'un homme capable de traiter de matières philosophiques puisse y toucher (^) . »

Avec l'hypothèse de l'attraction universelle soupçonnée par Kepler, mise définitivement en valeur par Newton, le problème du plein prend place, on le voit, parmi les questions scientifiques de première importance, et c'est dans le sens des vues aristotéliciennes qu'il semble devoir être résolu. Nevs^ton, il est vrai, s'abstient volontairement de toute hypothèse sur la nature de cet agent mystérieux, appelé la pescinteur. Mais si caché qu'il nous soit, cet agent existe et doit se trouver partout où s'exerce son activité. Or, dans les régions interplanétaires aussi bien que dans cet immense intervalle qui sépare notre globe du monde astral, entre les dernières particules des masses corporelles comme entre les corps sensibles, partout, en un mot, la matière attire la matière, variant peut-être son mode d'activité, mais ne la suspendant jamais.

Dès lors, de deux hypothèses l'une : ou bien cet agent mystérieux dont la présence s'étend à tous les points de l'espace possède en lui-même toutes les conditions d'une existence

vide, le corps serait indifférent à l'égard de toutes les directions possibles, et comme il ne peut les suivre toutes à la fois, il resterait immobile.

11 est à peine besoin de relever la double erreur contenue dans cet argument. D'abord la direction du mouvement dépend, non du milieu, mais de l'impulsion mécanique qui commuràque au corps le mouvement.

En second lieu, loin de paralyser le mouvement, le vide constitue l'unique milieu dans lequel le mouvement peut conserver indéfiniment sa direction initiale, et cela en vertu même de la loi de l'inertie.

(i)Newton, Optices, lib. III, Quaest. 21. Amstelodami, 1714.

indépendante; ou bien il emprunte à un substrat, l'éther, l'appui dont il a besoin. Or, dans les deux cas, l'extension continue et universelle de la force gravifique entraîne avec elle l'extension ininterrompue de la matière, soit pondérable, soit impondérable.

Un autre agent cosmique, la lumière stellaire, ajoute aussi son témoignage à celui de la pesanteur.

« Et notre éther, écrit H. Poincco-é, existe-t-il réellement ? On sait d'où vient la croyance à l'éther. Si la lumière nous arrive d'une étoile, pendant plusieurs années elle n'est plus sur l'étoile et elle n'est pas encore sur la terre ; il faut bien qu'alors elle soit quelque part et soutenue, pour ainsi dire, par quelque support matériel. » Et plus loin il ajoute : « Cela ne nous obligerait encore qu'à remplir, avec l'éther, le vide interplanétaire, mais non de le faire pénétrer au sein des milieux matériels eux-mêmes. L'expérience de Fizeau va plus loin. Par l'interférence des rayons qui ont traversé de l'air ou de l'eau en mouvement, elle semble nous montrer deux milieux différents se pénétrant et partant se déplaçant l'un par rapport à l'autre. On croit toucher l'éther du doigt (^) . ^)

Cette opinion du grand mathématicien français, Leuné l'avait formulée en termes analogues :

(( L'existence du fluide éthéré, dit-il, est incontestablement démontrée par la propagation de la lumière dans les espaces plcinétaires, peu: l'explication si simple, si complète des phénomènes de la diffraction dans la théorie des ondes (^) . »

En réalité, c'est surtout, croyons-nous, le succès inespéré, l'étonnante fécondité de la théorie électromagnétique qui a donné à l'hypothèse de la continuité de l'éther l'immense crédit dont elle jouit actuellement.

(1) H. POLN'CARÉ, La science et Vhypoihèse, pp. 199-200. Paris, Flammarion^

(2) Lamé, Théorie mathématique de l'électricité, 2^" édit., p. 334. Paris, CKuthier-ViUars. 1866.

D'après cette théorie, chaque particule électrisée est entourée d'une chevelure de lignes de force électriques tendues dans le milieu environnant et grâce auxquelles elle exerce et subit des actions électriques à distance. Isolée et au repos, la particule électrisée a sa chevelure disposée radialement et produit autour d'elle un champ électrique déterminé. Si ce centre électrisé est soumis au mouvement, il s'entoure d'un nouveau champ qui lui permet cette fois d'exercer certaines actions sur des aimants ou d'autres courants placés dans son voisinage; on l'appelle, pour ce motif, champ magnétique.

Ce double champ, celui des lignes de force magnétiques circulaires et celui des lignes de force électriques radiales, suit la particule dans son mouvement. Il est entraîné avec elle et forme le sillage électromagnétique de la peirticule, sillage lié au centre électrisé, invariable par rapport à elle tant que la vitesse reste constante « et ne dépasse pas quelques milliers de kilomètres à la seconde ».

A vitesse constante ou uniforme, cette distribution d'énergie engage donc uniquement l'espace qui environne la particule en mouvement; elle en suit les destinées en sorte qu'aucune partie de cette énergie n'est rayonnée à distcuice.

Il en est tout autrement quand la vitesse change. « Une particule électrisée dont le mouvement n'est pas uniforme, qui subit une accélération ou un changement de vitesse, émet une onde qui se propage autour d'elle dans toutes les directions avec la vitesse de la lumière )) (^) . Cette onde sphérique qui parcourt 300,000 kilomètres à la seconde est constituée d'un champ électrique et d'un champ magnétique perpendiculaires l'un à l'autre et perpendiculaires tous deux à la direction de propagation.

Ce double champ, l'onde le produit de proche en proche

(^) LVNGEVIN, Les grains d'électricité. (Les idées modernes sur la constitution de la matière, p. 78, Paris, Gauthier-Villars, 1913.)

dans le milieu où elle passe en vertu de l'énergie qui lui fut communiquée lors de son émission par la particule électrisée.

D'après leur longueur respective, ou si l'on veut, d'après la rapidité des mouvements qui entrent en jeu dans les particules électrisées, sources de l'émission, ces ondes constituent les rayons lumineux, la chaleur rayonnante, les rayons Rontgen et les rayons T. les ondes hertziennes.

La lumière émise par la matière nous apparaît ainsi comme l'écho lointain des chauigements continuels de vitesse auxquels sont soumises les peirticules électrisées ou électrons intérieurs à cette matière, soit par suite des chocs perpétuels dus à leur mouvement d'agitation thermique, soit par suite de la nécessité d'incurver leurs trajectoires pour ne pas abandonner l'atome auquel ils sont liés (^) .

Telle est dans ses grandes lignes la théorie électromagnétique qui domine actuellement toute la physique.

On le voit, à la base de cette théorie se trouve la conception de l'éther continu que Maxwell (^) et Hertz (^) avaient établie en poursuivant le développement des idées de Faraday sur la transmission des actions électromagnétiques à distance. Ce dernier physicien, dans l'intention de bannir de la mécanique les actions à distance, avait mis en relief le rôle essentiel joué par le milieu.

Cette idée qu'un même milieu, l'éther, est présent partout^

{^) Langevin, Les grains d'électricité. (Les idées modernes sur la constitution de la matière, p. 88, Paris, Gauthier-Villars, 1913.)

(2) MaxWEL'u, Traité d'électricité, t. II, p. 781.

(3) Hertz, Gcbammelte Wer\e, vol. 1. Leipzig, 1895. Dans ses Principes de Mécanique, ce physicien essaye de ramener toutes les forces matérielles à 1 inertie des masses en mouvement. Selon lui, même là où l'on ne perçoit pas de matière, l'espace est rempli de masses cachées qui, accouplées ensemble, transmettent les forces d'un corps à l'autre, en sorte que partout où des forces semblent agir à distance, il faut toujours supposer des actions immédiates exercées par des masses cachées. — Cf. ABRAHAM, La nouvellemécanique, (Scientia, 1-1-1914, vol. 15, pp. 10-11.)

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dans le vide interstellaire comme à l'intérieur des atomes, et que les milieux matériels doivent leurs propriétés électromagnétiques à ce qu'ils renferment des particules électrisées distinctes sép£U"ées par l'éther et mobiles par rapport à lui, cette idée, disons-nous, fut aussi le point de départ de la théorie électronique de Lorentz et des larges développements donnés par ce physicien aux idées de Maxwell (^) .

« L'éther, écrit Langevin, sera pour nous un milieu continu et homogène en chaque point duquel peuvent se superposer deux modifications cciractérisées respectivement par deux grandeurs dirigées, le champ électrique et le champ magnétique (') . »

(( Une matière indéfiniment discontinue, dit Perrin, trouant par des étoiles minuscules un éther continu, voilà donc l'idée qu'on pourrait se faire de l'univers (^) . »

En résumé, l'existence d'un éther continu, doué de propriétés électromagnétiques, tel est le postulat communément admis par la physique moderne.

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