Objection
D'aucuns diront peut-être : L'électromagnétisme, si favorable à l'hypothèse du milieu plein, répond à toutes les exigences d'une interprétation vraiment scientifique de la lumière et de la chaleur. On n'ignore pas cependant qu'il rencontre de grandes difficultés sur le terrain de la pescinteur, et que, selon toute vraisemblance, il n'est pas assez vaste pour embrasser toutes les forces de la nature. Qui sait donc si un
(1) Lorentz, La gravitation (Scientia, avril 1914, vol. XVI, n. 36). — Beginselen der Natnrkunde, 2 vol. Leide, Brill, 1906, etc.
(2) Langevin, ouv. cité, p. 61. — L'évolution de l'espace et du temps (Revue de Métaphysique et de Morale, juillet 1911, p. 459.)
(3) Perrin, Les atomes, p. XV. Paris, Alcan, 1914. — Les principes, passjm, Paris, Gauthier-Villars, 1903.
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jour, il ne disparaîtra pas comme tant d'autres du ciel scientifique au profit de la théorie de l'émission qu'il a lentement mais complètement supplantée ? Or, cette théorie, on le sait, a l'avantage de pouvoir se passer d'un milieu continu, sans se heurter au périlleux écueil de l'action à distance.
Nous sommes loin de méconnaître l' à-propos de cette remarque et la nécessité d'une grande circonspection à l'égard des théories scientifiques. Néanmoins, il nous semble indéniable qu'autant l'interprétation électromagnétique de la lumière paraît définitivement établie, autant l'hypothèse newtonienne de l'émission est impuissante à rendre compte des phénomènes lumineux. En attribuant la lumière à la projection rectiligne, à travers le vide, de particules infiniment petites et parfaitement élastiques, émises par les corps éclairants avec la vitesse constante de 300,000 kiloinètres à la seconde, Newton s'est trouvé aux prises avec des difficultés sans cesse renaissantes, jusqu'au moment où sa théorie vint se briser devant les phénomènes les plus simples de l'optique, notamment la diffraction, les interférences, la réfraction et l'expérience cruciale de Foucault sur la vitesse de la Ivunière dans les milieux réfringents. Comme le dit M. Mannequin, <( l'hypothèse new^tonienne ne dut sans doute qu'au génie et à l'autorité de son auteur d'être si longtemps tenue pour telle {').v
Quoi qu'il en soit, une théorie de l'émission qui représenterait les faits nouveaux devrait être radicalement différente de la théorie ancienne. Encore se demande-t-on comment elle pourrait expliquer les phénomènes électro-magnétiques et l'étroite parenté que révèle l'expérience entre ces phénomènes et ceux de la lumière (^) .
(1) Mannequin, L'hypothèse des atomes, p. 197, Paris, Alcan, 1899.
(*) LanGEVIN, Le temps, l'espace et la causalité dans la physique moderne, (Bulletin de la Société française de philosophie, séance du 19 octobre 1911, p. 34).
D'ailleurs, ce travail de refonte et d'adaptation a été entrepris récemment par Walter Ritz, et l'insuccès complet de cette tentative n'est point de nature à diminuer le discrédit dans lequel est tombée l'hypothèse newtonienne.
D'autre part, une fois cette hypothèse abandonnée, il peu'aît bien difficile pour les partisans du vide de ne pas souscrire aux graves conséquences de l'action à distance, hypothèse que condamnent formellement les lois physiques les mieux établies. La lumière, la chaleur rayonnante, l'électricité, le magnétisme et peut-être même la pescuiteur se propagent dans le vide apparent avec une vitesse finie, fonction de la distance. Or, la diminution progressive que subit l'action à mesure qu'elle se fait sentir à des objets plus éloignés, ne demeuret-elle pas un effet sans cause s'il n'existe entre l'agent et le patient aucun milieu réel capable d'influencer l'action communiquée (^) >