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Origine de cette opinion

On s'est souvent demandé comment des hommes de science, familiarisés avec cette notion d'espace qui tient une place si

(') Fénelon. Traité de l'existence et des attributs de Dieu, art. IV, Immensité de Dieu, pp. 237 et suiv. Tours, Cattin, 1877.

(2) Malebranche, Recherche de la vérité, p. 200. Paris. Pralard. 1678.

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importante dans les calculs de physique et d'astronomie, aient pu se laisser captiver par une théorie spatiale si étramgère à l'esprit scientifique. Qu'ils aient souscrit à l'hypothèse de l'espace absolu, qu'ils y aient même rapporté toute la mécanique, comme l'a fait Newton (^) , rien de plus naturel; mais de là à diviniser l'espace, il y a de la marge.

Peut-être, — et l'histoire des joutes philosophiques auxquelles Clarke, Newton et Leibniz prirent une part si active semble l'indiquer, — peut-être faut-il rattacher l'origine de cette conception à une réminiscence défectueuse d'une doctrine théologique alors communément admise.

D'après les scolastiques, en effet, en Dieu se trouve le fondement de la possibilité de l'espace. Aucun être créé n'aurive à l'existence sans que Dieu soit présent à son origine. Bien plus, sans cette présence active et permaoïente du Créateur, toute créature rentrerait immédiatement dans le néant d'où elle est sortie.

Si donc les corps occupent une place proportionnée à leur extension réelle, c'est à la condition essentielle que Dieu exerce sur eux son action conservatrice et domine par son être iTiême l'espace qu'ils occupent. L'immensité de Dieu apparaît ainsi comme la raison dernière de toute extension réelle et possible, de toutes les relations concrètes de distance auxquelles les corps donnent lieu pai leurs situations respectives (^) . Pour qui n'y prend garde, la confusion est facile.

Que Clarke notamment se soit inspiré de cette doctrine, le passage suivant de ses écrits semble bien le prouver :

« Dieu, dit-il, n'existe pas dans l'espace, ni déms le temps. Et lorsque nous disons que Dieu existe dans tout l'espace et deins tout le temps, nous voulons dire seulement qu'il est par-

(') Cf. Mach, La mécanique, p. 489. Paris, Hermann, 1904. (*) LessiUS, De perfectionibua tnoribasque divinis, lib. II, c. 2, n** 10 «t suivants.

tout et éternel, c'est-à-dire que l'espace infini et le temps infini sont des suites nécessaires de son existence (^). »

22. — L'infinité de l'espace est irréductible à l'immensité divine.

Quoi qu'il en soit de cette opinion sur le fondement de r espace, le grand tort de ces auteurs fut de rechercher dans un attribut de Dieu la réalité objective de la notion spatiale. Si 1 immensité de l'espace présente certaines analogies lointaines avec l'immensité divine, un abîme n'en sépare pas moins ces deux notions.

Supposons un instant que tous les corps existemts soient anéantis; les relations actuelles de distemce disparaîtront du même coup, et l'espace réel s'évginouira pour ne plus se survivre qu'à l'état idéal dans l'intelligence qui le conçoit.

Eln l'absence de tout être corporel, de quelle réalité peut-il être doué ? Eût-il même une nature corporelle, il disparaîtrait avec la matière que l'on suppose anééuitie.

Lui accorde-t-on un être sui generis et treoiscendantal ?

Ni la raison ni l'expérience ne nous révèlent la présence dans le monde de pareille substance.

Au contraire, malgré la disparition totale de l'univers, l'immensité divine resterait identique à elle-même, parce que Dieu conserverait dans toute son intégralité cette perfection essentielle en vertu de laquelle il doit être présent à toute substance qui sort de ses mains créatrices.

Ainsi que le disait judicieusement Leibniz : « Sans les créatures, l'immensité et l'éternité de Dieu ne laissereiient pas de subsister, mais sans aucune dépendance ni des temps ni des lieux. S'il n'y avait point de créatures, il n'y aurait ni temps, ni lieux, et par conséquent pas d'espace actuel.

(') Œuvres philosophiques de Leibniz, par JaNET, t. II, p. 686.

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« L'immensité de Dieu est indépendante de l'espace comme l'éternité de Dieu est indépendante du temps. Elles portent seulement à l'égard de ces deux ordres de choses que Dieu serait présent et existant à toutes les créatures qui existeraient. »

En second lieu, l'idée d'espace implique essentiellement l'idée d'une étendue réelle ou possible, c'est-à-dire l'idée d'une propriété qui dissémine l'être corporel et en situe les parties les unes en dehors des autres, tandis que l'immensité divine est l'attribut d'un être simple qui se trouve présent avec la plénitude de son existence dans les moindres parties des corps et de l'espace qu'il domine.

Aussi le langage devient-il un répertoire d'expressions inintelligibles dès qu'à l'idée d'espace se substitue la notion de l'immensitié divine. Les corps, dit-on, parcourent l'espace, le pénètrent, le mesurent par leur mouvement, lui empruntent des positions qu'ils ne cessent de délaisser au cours de leur évolution, etc. Autant de locutions vides de sens si on les applique à l'universelle présence de Dieu (^) .

(') Dans un travail intitulé: Etude philosophique sur l'espace, Bruxelles, Bourlard, 1898, M. Jouffret défend une théorie qui paraît, à première vue, apparentée à celle de Clarke et de Newton. Pour lui, l'espace est une chose réelle, absolue, immuable, infinie, antérieure aux corps et distincte de l'étendue créée, a Sans ces propriétés, dit-il, comment l'espace pourrait-il être le réceptacle universel de la matière? 11 est donc à la fois un attribut du moi, du monde et de Dieu. » (P. 100.)

Les analogies des deux systèmes ne sont cependant que superficielles et apparentes. En réalité, M. Jouffret est un chaud partisan du panenthéisme dont l'idée-mère consiste à unifier le monde et Dieu sans les confondre, à les distinguer sans les séparer. Sa théorie sur l'espace est une reproduction appropriée à son sujet d'une opinion émise sur la nature du temps par Tiberghien, autrefois le représentant le plus autorisé du panenthéisme en Belgique. (Cf. Ch. TibeRGHIEN, Dissertation sur le temps, Bruxelles, 1883).

11 est facile de comprendre que pareille théorie est insoutenable, qu'entre le dualisme et le monisme, il n'y a point de place pour une troisième conception du monde appelée le panenthéisme. Ou bien la distinction est d'ordre mental, et, dans ce cas, le monisme seul peut exprimer les rapports qui

Article III.

L'Espace est l'étendue de la substance divine

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