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L'étendue est essentiellement divisible

Une seconde erreur non moins grave consiste à dépouiller l'étendue réelle d'une de ses propriétés essentielles, la divisibilité. Spinosa y fut conduit par la logique même de son système. Que devient, en effet, l'unité de l'absolu si l'étendue se prête à des divisions réelles et toujours renaissantes ? L'être unique ne doit-il pas se fractionner et se multiplier comme les parties indépendantes qu'engendre la division ? Admettre la divisibilité de l'étendue revenait donc à introduire dans le monisme un principe qui en était la négation.

Ainsi qu'il a été dit plus haut, l'étendue est par nature un multiple en puissance, un indivis divisible, une réalité où se concilient le multiple et l'unité. Elle contient des parties situées les unes en dehors des autres, mais enchaînées de façon que les limites de l'une se confondent avec les limites de l'autre. En un mot, elle forme, comme le disait Aristote, un tout dont les éléments composants ne deviennent actuellement distincts qu'après la division (^) . D'évidence, il est de l'essence de semblable propriété de se prêter à un fractionnement sems limite.

Au lieu de poser en principe l'unité de la substance universelle et d'y sacrifier la divisibilité de l'étendue réelle, Spinosa aurait dû sacrifier ce postulat gratuit au profit du fait évident qui y contredit, la divisibilité de la matière.

(') Voir autres preuves de cette doctrine: D. Nys. Cosmologie, t. II, Institut supérieur de Philosophie. Louvain, 1916.

(2) Aristote. Physiconm, lib. VI, c. 1. Edit. Didot. Parisiis. 1878.

26. — La conception unitaire de l'univers est démentie par les faits.

Les faits d'expérience interne et externe protestent à l'unanimité contre la réduction de tous les êtres à la substance unique et universelle du panthéisme.

Parmi les faits qui s'imposent à notre conscience, il n'en est point de plus impérieux que le sentiment de notre individualité, de notre personnéJité. Toutes nos actions, qu'elles se déroulent dans la partie matérielle de notre être, ou qu'elles se meoiif estent dans la sphère plus élevée de l'intelligence et de la volonté, sont rapportées, et cela en vertu d'une loi à laquelle il nous est impossible de nous soustraire, à ce moi particulier et individuel qui est le nôtre. Et non seulement la conscience distingue notre être de tous les autres, elle l'oppose même à tous ses congénères comme un bien privé, intangible, inaliénable.

D'autre part, si nous jetons nos regards sur le monde qui nous entoure, ne découvrons-nous pas aussi sous le nom collectif de nature une multitude de centres d'activité indépendants les uns des autres, doués chacun d'une substeince individuelle ? Chaque corps ne possède-t-il pas ses tendances pEirticulières, ses propriétés, ses modes d'action ? Tandis que les uns subissent des métamorphoses profondes, les autres, au contraire, restent figés dans une immobilité complète et meuiifestent une entière indifférence à l'égard des mouvements de leur voisinage. Tels semblent concerter leurs activités dans la poursuite d'un même but, tels autres se livrent une lutte incesseinte dont l'aboutissement final est la réalisation d'êtres nouveaux aux dépens d'êtres disparus.

Bref, sur ce vaste champ de la nature, les rapports mutuels des agents physiques demeurent inexplicables si chacun d'eux ne jouit point d'une vraie individualité substantielle.

LES SYSTEMES ULTRARÉAUSTES 55

L'étendue réelle avec laquelle Spinosa se plaît à identifier l'espace n'est donc ni la substance corporelle, ni la substance divine. Simple affection de la matière, elle est, en fait, partagée en autant de fragments qu'il y a de corps répandus dans l'univers.

Au moins, dira-t-on peut-être, l'étendue dégagée de tous les éléments étrangers que le philosophe hollandais y avait abusivement introduits, ne répond-elle péts au véritable concept de l'espace ?

Tel n'est pas notre avis. Nous examinerons plus tard cette opinion à laquelle plusieurs philosophes modernes attachent une exceptionnelle importance.

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