‹ La notion d'EspaceChapitre 22 sur 143 · Critique · texte numérisé non relu

Critique

La théorie du philosophe allemand est une forme nouvelle du monisme ; et de même que le système de Spinosa, elle peut s'exprimer par cet aphorisme : l'espsice est un attribut de l'absolu.

Quel est le défaut fondamental de cette étrange opinion ?

A notre avis, il consiste en une perpétuelle confusion entre l'ordre idéal et l'ordre concret, confusion qui, d'ailleurs, est à la base de toute conception unitaire de l'univers. De ce que notre intelligence peut, par un travail d'abstraction, saisir dans eoutes les forces isolées de la nature un caractère qui leur est commim, il ne suit nullement qu'il existe une force en soi, source et origine de toutes les énergies individuelles. Le concept de force est un type idéal d'une extension et d'une applicabilité indéfinie, mais les réalités concrètes qu'il représente sont aussi multiples que les individus ; chacune d'elles possède en propre ce qu'elle possède. En d'autres termes, le fonds commun et partout le même que leur suppose l'auteur est une pure fiction.

Ainsi en est-il des représentations spatiales élaborées par le sujet pensant.

Sans doute, une intelligence quelconque jouit de l'aptitude

(1) TscHITSERlN, art. cit.. p. 282.

LES SYSTEMES ULTRAREALISTES 59

à se représenter l'espace idéal. Maàs pourquoi faut-il qu'une intelligence absolue contienne toutes les autres et élabore pour elle-même une représentation commune ? Ici encore, l'hypothèse d'un espace absolu posé par une intelligence absolue est une hypothèse purement gratuite. Pour rendre compte du fait invoqué, il suffit en effet d'admettre que toute intelligence est douée d'un pouvoir d'abstraction, car, cette supposition faite, on comprend aisément qu'un espace concret quelconque peut fournir à toutes les intelligences individuelles les matériaux requis pour la construction d'un type idéal partout le même.

Tout aussi arbitraire est l'identification finale de la force absolue avec l'intelligence réduite à n'être que la conscience de la force dans son passéige de l'état potentiel à l'étal actuel.

Enfin, à en croire l'auteur, nos relations d'ordre intellectuel ou l'échange de nos pensées supposent nécessairement l'existence d'un milieu spatial commun, identique pour tous les sujets pensants. Et pourquoi donc ? Pour communiquer notre pensée à autrui, nous nous servons de signes conventionnels concrets, matériels, auxquels nous avons, une fois pour toutes, attaché un sens déterminé. Or, que tous les êtres de ce monde baignent dans le vide absolu ou dans un espace réel, en quoi la transmission de la pensée s'en trouvera-t-elle modifiée ?

Au surplus, cette opinion ne résout en aucime façon le problème de la nature de l'espace. Qu'est-ce que l'espace 7 Elst-ce une réalité sui generîs indépendante de l'esprit, bien que posée par lui ? Se confond-il avec la représentation intellectuelle ? Elst-il une modalité de l'absolu } Ces questions restent sans solution.

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