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Défauts de cette théorie

Malgré ces importants correctifs, la conception spatiale de M. Baumeinn porte l'empreinte d'un véritable innatisme. Celui-ci se trouve souvent déguisé par les réserves que fait l'auteur au sujet du kantisme; à le regarder de près, on y trouve néanmoins des armes meurtrières qu'il est facile de retourner contre le système lui-même.

En effet, ou bien la raison découvre une opposition réelle entre les concepts géométriques et les formes spatiales réalisées dans la nature, et dans ce cas, nous n'avons aucun droit d'affirmer que les types idéaux sont doués d'objectivité réelle, ou bien, il n'existe entre les deux ordres de connaissances considérées au point de vue objectif que des différences accessoires, et alors pourquoi revendiquer une origine à priori pour les concepts spatiaux et poser en fait une dépendance réelle

(^) Baumann. ouv. cit., p. 655.

de toutes les autres connaissances idéales à l'égard de l'expérience externe ?

Cette distinction, assurément, manque de fondement. « Tout le monde accorde, dit avec à-propos M. Dunéin, que jamais nous n'eussions créé les conceptions idéales de la droite et du plan, ni même probablement celles du triangle et de la circonférence, si nous n'avions jamais perçu ni droite, ni plan, ni circonférence dans le monde sensible (^) . »

Il se peut qu'il y ait dans la nature très peu de figures répondant avec une exactitude mathématique aux modèles conçus par l'intelligence. Tous le concèdent, mais la question du nombre n'est ici d'aucime importance. Même dans l'hypothèse où toutes nos droites seraient des courbes déguisées, où aucun triangle n'aurait le privilège d'une régularité parfaite, le seul fait que beaucoup de ces éléments géométriques paraissent jouir de la perfection de leur espèce, suffit à légitimer la théorie empirique. Nos concepts directs ne se mesurent point à la réalité objective telle qu'elle est en dehors de nous, mais bien à la réalité qui est représentée dans la conneùssance sensible. Or envisagé sous cet angle, le monde externe constitue une source inépuisable où l'intelligence peut puiser sans peine ses modèles idéaux.

Au reste, il est au pouvoir de notre activité mentale de perfectionner les types imparfaits de l'expérience sensible et de les ramener par l'élimination progressive de leurs défectuosités au fini du type-idéal. La construction de pareils modèles ne s'oppose en rien aux lois de l'empirisme le plus radical, puisque tous les éléments mis en oeuvre sont fournis par la sensibilité.

L'innatisme tempéré du philosophe allemand manque donc, lui aussi, de fondement et semble même contredire au langage des faits.

(^) DUNAN, Théorie psychologique de l'espace, p. 158. Paris, Alcan, 1895.

THÉORIES ULTRASUBJECTIVES 121

Article III.

L'Espace est une représentation subjective,

formée, soit en la présence,

soit sous l'influence des choses extérieures

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