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Théorie de Hume

Enchérissant sur les doctrines idéologiques de son devancier. Hume refuse toute croyance, non seulement à l'existence de la matière et du monde extérieur, comme l'avait fait Berkeley, mais en général à l'existence de toute substance corporelle et spirituelle. Il ne voit de réalité que dans ses représentations sensibles ou images.

Telles sont les données principielles à la lumière desquelles il faut interpréter son opinion sur l'espace si l'on veut s'en faire une idée exacte.

D'accord avec d'autres philosophes déjà mentionnés. Hume identifie l'espace avec l'étendue et regarde le vide absolu ou l'espace absolu comme un produit purement imaginaire.

A côté de cette communauté de vues, il y a, dans le système de cet auteur, des aperçus vraiment originaux sur la constitution de l'espace et sur la divisibilité de létendue.

Que notre puissance cognitive, dit-il, soit finie et limitée, qu'il y ait pour nous une vraie impossibilité à nous faire une idée parfaite de l'infini, c'est là une constatation dont nul ne doute. Or, une réédité susceptible d'une division sans limites contient une multitude infinie de parties. Nos idées ou représentations de qualités finies ne sont donc pas infiniment divisibles et doivent, par conséquent, se résoudre, à la suite d'un certain nombre de divisions, en éléments de pensée absolument simples.

D'autre part, si nos pensées sont des copies fidèles des objets, il faut que nous retrouvions dans les objets eux-mêmes les relations, les contradictions et les harmonies qui caractérisent nos représentations. Et puisque nos pensées ne sont réductibles qu'à un minimum au delà duquel elles s'évanouissent, il doit en être ainsi des objets, notamment de l'étendue.

Au reste, si l'étendue était divisible à l'infini, une étendue finie renfermerait une multitude infinie de parties, ce qui est une contradiction.

Hume prévient lui-même les objections que l'on a coutume de soulever contre la théorie des indivisibles.

D'ordinaire, dit-il, on raisonne comme suit : ou bien l'étendue se prête à un fractionnement sans fin, ou bien elle est constituée de points mathématiques. Or peireils points n'existent pas et ne peuvent, en se liant entre eux, donner naissance à un être réel. — Cet argument, ajoute-t-il, est sans valeur, car on oublie qu'entre ces deux hypothèses, il y a

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place pour une troisième : l'existence de points colorés et impénétrables.

On nous dit encore : si les points simples, indivisibles, se touchent, ils se compénètrent. Conception évidemment fausse. Pour se représenter ce phénomène de contact, on s'imagine deux corps unis entre eux de manière que les deux ensemble n'occupent pas plus de place que l'un d'eux. Or, ce genre de compénétration entraîne l'anéantissement total d'un corps et la conservation de l'autre, sans qu'on puisse distinguer lequel est conservé, lequel est anéanti. Dans cette hypothèse, nous n'aurions plus que l'idée d'un seul corps, car la distinction des corps de même nature repose avant tout sur la diversité de leurs situations spatiales.

Comme le contact de deux points colorés ne peut avoir pour conséquence l'anéantissement de l'un d'eux, il reste que de l'union de pareils points résulte un objet composé, divisible en parties dont chacune jouit, indépendamment de sa limitation, d'une existence distincte et particulière. Un exemple, d'ailleurs, éclaircira cette pensée. Mettez en contact deux points de couleur différente, un point rouge et un point bleu. Si la compénétration se produit, de deux hypothèses, l'une : ou bien le rouge, ou bien le bleu disparaîtra ; ou bien les points unis se revêtiront d'une couleur commune propre à l'état d'union. Hypothèses aussi absurdes l'une que l'autre.

Quelle est donc, d'après ce système, la vraie notion d'espace ?

La voici : deux sens nous fournissent l'idée d'espace, la vue et le tact. L'impression composée, représentative de l'étendue, consiste en impressions fragmentaires ayant pour objets des points colorés et impénétrables. Sans ces deux propriétés sensibles, ces impressions disparaissent fatalement du champ de la conscience (^) .

(*) Hume, Ueber die menschliche Natur, Aus dem englisch von ]a\oh, t. I, 2^ partie, 3<= et ¥ section. Halle, Hemmerde, 1790.

L'espace est donc un ensemble de points visibles et tangibles, placés suivant un certain ordre (^) .

L'espace vide de toute réalité qui puisse eiffecter la vue ou le tact n'est rien et ne peut même être l'objet d'une idée.

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