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Le dynamisme de Hume manque de fondement

La thèse fondamentale du philosophe anglais a pour objet la constitution de l'étendue. Il importe donc d'examiner d'abord les considérations sur lesquelles il prétend pouvoir l'appuyer.

Avec raison, Hume refuse à notre faculté de connaître l'aptitude à se faire une idée adéquate de l'infini. Qu'il s'agisse de multitude ou de grandeur continue, il nous est impossible d'embrasser dans une représentation la somme de réalités renfermées dans ce genre d'êtres.

Donc, en conclut l'auteur anglais, nous ne pouvons avoir aucune idée de l'infini. Et pourquoi donc ? A côté des idées positives qui sont en quelque sorte le déceJque des choses connues, il y a des idées mixtes, en partie positives, en partie négatives. Or, à l'aide de telles idées, notre intelligence atteint sans peine des réalités dont l'amplitude et la richesse dépassent notre perfection native, tel l'infini. En fait, nous concevons la multitude infinie comme une collection d'unités tellement grande qu'on ne peut l'épuiser par des soustractions indéfiniment répétées, ni la produire par l'accroissement continu du fini. Ainsi conçu, l'objet se distingue de toute réalité limitée et ne mérite qu'un nom, l'infini.

A supposer même que l'étendue soit constituée d'une multitude infinie de parties, il serait donc faux d'en conclure qu'elle ne peut exister, sous prétexte que notre intelligence finie ne saurait étendre son cercle de connaissances au delà des réalités finies.

(') Hume, ouv. cit., t. 1, 2^ partie, '3« section.

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Mais la théorie de Hume est entachée d'un autre défaut capital, celui d'introduire le multiple actuel dans l'étendue et d'en fausser ainsi le concept. L'étendue est une unité réelle mais divisible par des divisions toujours renaissantes qui n'en épuisent jamais la richesse. Si loin qu'on les prolonge, ces divisions ne donnent qu'un nombre fini de parties, puisque par hypothèse il n'y a point de limite ultime au fractionnement. Dès lors, l'étendue, considérée comme grandeur continue, ou comme multitude possible, a sa place marquée parmi les réalités directement perceptibles par notre faculté cognitive.

68. — L'hypothèse des points colorés ne résout point la difficulté.

A l'effet d'éviter les conséquences du dynamisme rigoureux. Hume substitue aux points mathématiques des points colorés, indivisibles, juxtaposés et se limitant mutuellement. Ces points, dit-il, se touchent sans se confondre et donnent naissance à un tout divisible.

Est-ce compréhensible ?

Ou bien ces points se touchent selon toute la plénitude de leur réalité, c'est-à-dire totalement, et dans ce cas, il y a compénétration adéquate, car rien n'existe en dehors du contact : des milliers de points surajoutés les uns aux autres se fondront nécessairement en un même point indivisible.

Ou bien, seconde hypothèse, ces points colorés ne se touchent que partiellement, et alors il faut regarder ces points comme composés de parties au sujet desquelles se pose le même dilemme.

La compénétration mutuelle, ajoute Hume, entraînerait l'anéantissement de l'un des deux corps compénétrés.

Tel n'est pas notre avis.

Si elle était possible, la compénétration aurait pour résultat.

croyons-nous, l'existence simultanée de deux corps dans la même situation spatiale, car on ne voit aucune raison pour que l'un d'eux dispeiraisse.

Ne nous serait-il pas impossible de les distinguer ?

D'accord. Néanmoins, cette impuisscince relative à nos organes ne prouve pas l'impossibilité du fait. L'impénétrabilité nous est connue par l'expérience, et c'est justement parce que la matière est étendue et impénétrable qu'il nous est interdit de la constituer avec des points simples et inétendus dont le contact mutuel emporte fatalement la pénétration.

Qu'adviendrait-il, dit encore l'auteur, si deux points colorés venaient à occuper, sans subir de modification, le même point spatial ? Quelle couleur percevrions-nous ?

Nous n'en percevrions aucune, pour le motif que l'étendue conditionne l'existence et la perception des objets sensibles. Des points simples, colorés ou non, n'ont de place ni dans l'espace, ni dans nos organes sensoriels, l'étendue étant un de leurs caractères naturels. A plus forte raison, nous serait-il impossible de les distinguer l'un de l'autre, puisque les corps se distinguent avant tout par les situations diverses qu'ils occupent.

69. — En quel sens l'étendue est-elle un abstrait des perceptions sensibles ?

Pour Hume, l'étendue consiste en une sorte d'abstrait de nos perceptions sensibles. Elle est l'ordre suivant lequel nous apparaissent les points colorés, c'est-à-dire leur mode d'enchaînement .

Cette opinion est susceptible de diverses interprétations.

L'étendue isolée ou dégagée de toute autre propriété matérielle n'est point pour nous un objet de connaissance directe. En réalité, ce que nos sens nous signalent, c'est l'étendue colorée, l'étendue chaude ou froide, l'étendue résistante, etc.

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En d'autres termes, nous ne sommes influencés que par les propriétés actives de la matière, telles la couleur, la chaleur, les forces mécaniques, etc. ; l'étendue n'est pas de ce nombre. Mais comme toutes ces propriétés se répandent sur la trame continue de l'étendue, elles participent, de ce chef, de sa manière d'être, et produisent ainsi deuis nos organes des impressions qui sont elles-mêmes formellement étendues.

Lorsque nous voulons nous former une idée propre et précise de cette qualité, nous devons donc faire abstraction des multiples modalités sous lesquelles elle nous est communiquée, et ne plus considérer que l'élément commun à toutes ces formes, savoir leur expansion continue dans l'espace. Interprétée dans ce sens, ou du point de vue psychologique, l'opinion de Hume est conforme aux faits : c'est surtout sous l'aspect d'une réalité colorée que l'étendue pénètre dans le domaine de la conscience.

Veut-on, au contraire, et telle semble être la pensée de l'auteur, identifier l'étendue avec les relations que soutiennent entre eux les points colorés, ou même réduire toute sa réalité à celle des points colorés, simplement agencés suivant un certain ordre ? Dans ce cas, ou bien on enlève à l'étendue son caractère objectif, ou bien on la dote d'une réalité qui n'est pas la sienne et qui en altère essentiellement la constitution. L'étendue, redisons-le, est un continu qui a sa réalité propre, irréductible à celle des autres propriétés.

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