Conclusion
1° La conception spatiale de Hume souffre de plusieurs graves défauts qui la rendent irrecevable.
Plus idéaliste que Berkeley qui lui, au moins, admettait l'existence de substances spirituelles, Hume professe un phénoménalisme radiced et sensualiste où toute la réalité de l'espace nous apparaît sous la forme d'une image. Nous avons montré plus haut, dans la discussion du système berkeleyen.
combien l'idéalisation complète de l'espace est inconciliable avec les données de l'expérience et le témoignage de la conscience ;
2° L'hypothèse des points colorés, qui prétend construire l'étendue avec des points simples, prête le flanc à toutes les critiques que soulève le dynamisme ordinaire;
3° L'identification de l'espace avec l'étendue se heurte, elle aussi, à d'insurmontables difficultés. L'exposé et la discussion de cette théorie feront l'objet d'une étude ultérieure.
Article IV.
L'Espace est l'extériorisation de l'Absolu.
7L — Théorie de Hegel.
Bien que ce philosophe n'admette point la direction générale de l'idéalismie de Keint, il ne condamne cependant pas, d'une manière absolue, la théorie spatiale de son devancier. Il y trouve même une part de vérité, en ce sens que l'espace est une simple forme, un abstrait de l'extériorité immédiate.
La doctrine hégélienne a néanmoins sa physionomie propre, et l'on s'exposerait à s'en faire une idée fausse si on ne la replaçait dans son cadre, c'est-à-dire dans le système pemthéiste dont elle est une partie intégrante.
A en croire le philosophe allemand, l'Absolu nous présente un double aspect. Ou bien il apparaît comme la notion la plus indéterminée de l'être, comme un type abstrait, vide et du sujet qui le contemple et aussi de toute réalité concrète extérieure. Ainsi considéré, l'Absolu constitue le premier principe de l'ordre idéal et de l'ordre réel : on l'appelle la « Notion )) (^) .
(') Hegel, Encyclopàdie : Logik, % 9, pp. 84-88. Berlin, Duncker. 1843.
Ou bien on le regarde comme l'identité absolue des contraires, comme cette identité distincte où toutes les choses, même les plus disparates de ce monde, viennent se confondre en supprimant leurs traits différentiels. Sous cet aspect, l'Absolu est le terme de son évolution et la conclusion des sciences. Il s'appelle l'a Idée » (^) .
Pour Hegel, le rôle du philosophe consiste donc à montrer comment la « Notion » abstraite se transforme progressivement en « Idée », ou plutôt comment l'Absolu donne naissance à toutes les réalités du monde idéal et concret (-) .
La méthode suivie dans l'évolution de l'Absolu est purement dialectique.
^ En vertu d'une force de négation qui lui est inhérente, l'Absolu ne peut se poser sans se convertir en la négation de cette même position. Il devient autre qu'il n'était. Mais cette seconde position n'étant que la négation de la première, l'implique nécessairement, car toute négation inclut le concept de la chose niée.
Au terme de ce mouvement d'une position à la position contraire, l'Absolu nie donc la première négation et se pose amsi comme V identité distincte des deux positions opposées. Il se détermine progressivement tout en conservant son identité. Aussi, dans ce processus, l'Absolu ne perd rien de sa réalité ; il accumule au contraire les déterminations nouvelles et fait surgir de la « Notion » les choses les plus concrètes (^) .
Grâce à ce procédé dialectique qui est d'ailleurs sa méthode naturelle, l'Absolu construit le monde intelligible où il se développe comme a Notion », le monde extérieur où il évolue comme a Nature », le monde intérieur où il se révèle comme « Esprit » {*) . Cette dernière phase est le stade du recueille-
{') HEGEL, ouo. cit., §§ 14. 15 et 19. pp. 236-244. (==) Hegel, ouv. cit., §§ 14. 41. Zusatz. § 243.
(') HEGEL, ouo. cit., §§ 81 et 82.
(*) HEGEL, ouv. cit., § 18.
ment. Après avoir évolué comme « Nature », l'Absolu se recueille, arrive à la conscience de lui-même et connaît que tout est contenu en lui (^) .
Le point qui nous intéresse le plus dans la théorie hégélienne est le passage de l'Absolu de l'état idéal à l'état de nature, puisque c'est au sein de cette métcunorphose que se construit l'espace.
Lorsque l'idée logique a épuisé la série de ses déterminations et se trouve ainsi parvenue au point culminant de son existence, elle sort de sa sphère, elle descend dans l'espace et le temps, et se fait nature.
Qu'est-ce donc que l'espace ? C'est la détermination première et immédiate de la nature, l'universalité abstraite de ses éléments existcint les uns en dehors des autres. C'est une sorte de juxtaposition purement idéale (") .
En d'autres termes, l'espace est la première détermination de l'extériorité ou plutôt V extériorité elle-même. Ce qui remplit l'espace n'appartient pas à l'espace. Les ici qu'on peut y distinguer, sont les uns à côté des autres. L'ici ne constitue pas encore le lieu, il n'en est que la possibilité. La multiplicité abstraite, sans interruption et sans limite de tous les ici est précisément l'extériorité.
L'unité des deux moments, de la discrétion et de la continuité constitue la notion d'espace objectivement déterminée. Cette notion n'est cependant que l'espace abstrait que l'on identifie d'ordinaire avec l'espace absolu. Mais l'espace relatif est supérieur à l'espace absolu, car il est déterminé, et occupé par un corps réel. La vérité de l'espace abstrait consiste à exister sous la forme d'un être corporel (") .
Les choses de la nature sont donc dans l'espace, et celui-ci
(^) Hegel, Encyclopadie : Philosophie des Geistes, §§ 377-386.
(2) HEGEL, ouv. cit.. § 254.
(2) HEGEL, OUI), cit., § 260. Zusatz.
THÉORIES ULTRASUBJECTIVES 139
fait le fond de la nature parce que la nature est soumise aux conditions de l'extériorité.
Enfin, pour Hegel, le lieu est l'identité réalisée du temps et de l'espace. C'est un point qui se distingue d'un autre point et qui contient le temps, c'est-à-dire la distance qui sépare un point d'un autre. En un mot, il est le point de la durée, l'ici qui est aussi Va -présent (^) .