La théorie hégélienne est un tissu de contradictions
La tentative de Hegel est certes l'une des plus audacieuses qui aient été entreprises par une intelligence humaine. Le procédé dialectique qu'elle inaugure ne tend à rien moins qu'à faire sortir du néant la totalité des mondes idéal et réel, spirituel et matériel.
En effet, suivant le philosophe allemand, l'Absolu ou l'être vide de toute détermination, principe de ces deux mondes, s'identifie avec le pur néant (") . De plus, la force qui réalise cette singulière évolution est une force de négation {die Macht der Negativitât) , inhérente à l'Absolu. Le néant et la négation, telles sont les deux causes primordiales de l'univers.
Il serait difficile, semble-t-il, de renverser d'une manière plus complète les principes fondamentaux qui règlent notre activité intellectuelle.
En somme, l'hypothèse revient à une véritable identification des contradictoires, de l'être et du non-être, du positif et du négatif. Elle consacre le passage direct et sans cause objective de la logique à la nature, de l'ordre idéal à l'ordre concret, deux ordres qu'elle fusionne et confond finalement dans une même unité fondamentale.
Le principe de contradiction, suprême critère qui nous per-
(') HEGEL, ouv. cit., § 261. Cf. note de VÉRA, Philosophie de la Nature de Hegel, p. 230. Paris. Ladrange, 1863. {*) HEGEL, Encyclopédie, Logik, § 86-89.
mette de distinguer l'erreur de la vérité, ne trouve donc pas crédit dans cette conception extravagante. Comment pareil système pourrait-il être soumis encore à discussion ?
73. — La théorie spatiale d'Hegel est marquée au coin de l'idéalisme le plus radical.
Chez Kant, l'espace éteiit réduit à une simple forme du sujet sentant, ou à une disposition de l'orgcine; il avait au moins la propriété de revêtir d'étendue les données empiriques. Chez Hegel, au contraire, il est l'extériorité de l'idée, une négation, une condition abstraite de l'existence phénoménale de la matière.
D'ailleurs, comme il n'est lui-même qu'une détermination produite par une évolution progressive de l'Absolu, qui est un pur néant, il ne peut avoir une réédité supérieure à celle de son origine ou de son point de départ : le procédé dialectique qui le fait naître étant incapable de créer le réel. C'est, on le voit, l'idéalisme poussé à ses extrêmes limites.
D'autre part, veut-on prétendre, pour éviter ces conséquences, que l'espace abstrait présente un ceiractère objectif et réel dès qu'on le conçoit réellement occupé par les corps ? La réalité qu'on lui attribue ne sera encore qu'apparente, car s'il n'est qu'un abstrait pur sans les corps qui l'occupent, il le restera, même en présence de la matière, à moins d'identifier l'espace et la matière, hypothèse évidemment erronée et, au surplus, désavouée par Hegel.
La conception hégélienne du lieu est encore plus étrange et outrage plus effrontément encore, s'il se peut, le sens commun. Le lieu, dit le philosophe allemand, est l'identité réalisée du temps et de l'espace, il est le point de la durée, l'ici qui est aussi l'à-présent. N'est-ce pas de nouveau identifier les contraires, l'immobilité spatiale et la succession temporelle.
THÉORIES ULTRASUBJECTtVES 141
le présent fixe de l'espace et le présent essentiellement fugitif du temps ?