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Systèmes connexes de Blassmann, PlanJ^s, Drossbach

Les reproches que nous venons d'adresser à la théorie spatiale de Hegel atteignent au même titre les systèmes de ces auteurs. En eux se retrouve le même idéalisme radical qui supprime en feiit la réalité du monde extérieur et enlève tout caractère objectif à la notion spatiale.

Pour Blassmann (') et Planks (") , l'espace pur doit être élevé au rang de principe originel de toutes choses : l'être absolu, et absolument indéterminé d'Hegel est détrôné et remplacé par l'absolu spatial aussi indéterminé que lui.

D'après Drossbach (^) l'espace ne peut parcourir les différents stades de l'évolution créatrice des mondes qu'à la condition de s'unir au temps et à la force; telles sont en effet les propriétés fondamentales de tout être.

En somme, ces systèmes, y compris celui de Hegel, ont pour source commune le subjectivisme kantien. Une fois admis que le sujet pensant ou sentant a le pouvoir de créer les lois de la pensée et les formes spatiales et temporelles du monde extérieur, que tout objet connu nous apparaît uniquement revêtu des livrées que nous lui avons prêtées, qu'enfin le noumène est pour nous comme s'il n'existait pas, on ne voit plus grand obstacle à faire, soit de l'idée d'être, soit de la forme spatiale, soit de la forme spatiale et temporelle, le principe du monde idéal et réel.

C'est ce pas qu'ont franchi ces divers successeurs de Kant,

(^) Blassmann, Fro/egomena der Speculativen Naturwissenschaft, Leipzig, Hirzel. 1855.

(*) Planks, CrundUnien einer IV iasenschafi der Natur ala Wiederherstellung der reirten Erscheinungsformen, Leipzig, Weigel, 1864.

(•■') Drossbach. Ueber die Objekte der Sinr\licben Wahmehmung, Halle. Pfefter. 1865.

unissant ainsi dans une même théorie le monisme à l'idéalisme absolu.

C'est aussi de ces mêmes doctrines kantiennes que se sont inspirés Fichte (^) et Schelling (^) pour la construction de leur pcuithéisme transcendantal.

Aux formes subjectives de Kant, le premier substitue le moi pur, transcendant, vierge de toute détermination.

Le second le remplace par l'identité absolue du moi et du non-moi.

L'un et l'autre confèrent à ces chimères le pouvoir créateur des mondes.

Dans une explication du cosmos basée sur pareils principes, on devine aisément quel caractère est réservé à la notion d'espace.

Article V.

L'Espace est un schème idéal ou un symbole tendu sous la matière pour la rendre divisible et la soumettre à notre action. L'étendue réelle est hétérogène et indivise.

75. — Système cosmologique de M. Bergson: 1" Le devenir universel et phénoménal.

La théorie bergsonienne de l'espace ne se comprend qu'à la lumière du système cosmologique dont elle fait peulie. De là la nécessité d'en exposer d'abord les idées principielles.

Suivant M. Bergson, l'univers se résout en un perpétuel devenir. Matière et esprit ne sont, en réalité, qu'im simple flux, une continuité d'écoulement, en un mot, un mouvement.

(') Fichte, Grundlage der gesarrimten Wissenschaftlehre, 1" partie, §§ 1, 2, 3, 2- partie, § 4 et 3^ partie. Tubingen, 1802.

(2) Schelling» Darstellung meines Systems der Philosophie, §§ 1-45. (Zeitschrift fiir spéculative Physik, 1801. Bruno, 1802.)

Considérée en elle-même, c'est-à-dire débarrassée de tout ce que notre perception extérieure, notre mémoire et notre intelligence y ajoutent, « la matière, dit l'auteur, se résout en ébranlements sans nombre, tous liés dans une continuité ininterrompue, tous solidaires entre eux, et qui courent en tous sens comme autant de frissons ». Elle répète sans cesse le passé, (( se déroule en une succession de moments infiniment rapides dont chacun équivaut au précédent et peut s en déduire ». « Etre dans le présent, et dans un présent qui recommence sans cesse, telle est la loi fondamentale de la matière (^). »

Dans le monde matériel, il n'y a donc aucune réalité stable ou immobile, aucune substance, aucun être indépendant. Pour la matière, l'unique réalité ce sont les qualités sensibles et ces qualités mêmes ne soHt que des mouvements qui, en se répétant, prolongent leur passé dans le présent (") .

Quant à la vie sensible et raisonnable, elle ne comprend, elle aussi, que des actes ou mouvements exclusifs de tout substrat permanent.

« Sensations, sentiments, volitions, représentations, voilà, dit l'auteur français, les modifications entre lesquelles mon existence se partage et qui la colorent tour à tour. Je change donc. . . Mais ce n'est pas assez dire. Le changement est bien plus radical qu'on le croirait d'abord... L'apparente discontinuité de la vie psychologique tient à ce que notre attention se fixe sur elle par une série d'actes discontinus... En fait, ces états... ne sont pas distincts. Ils se continuent les uns les autres en un écoulement sans fin. Mais comme notre attention les a distingués et séparés artificiellement, elle est bien obligée de les réunir ensuite par un lien artificiel. Elle imagine ainsi un moi amorphe, indifférent, immuable sur lequel défileraient ou

{') Bergson, Matière et mémoire, pp. 247-249. Paris, Alcan, 1896. (-) Bergson, ouv. cit., p. 249.

s'enfileraient les états psychologiques qu'elle a érigés en entités indépendantes... A vrai dire, « ce substrat » n'est pas une réalité ; c'est pour notre conscience un simple signe destiné à lui rappeler le caractère artificiel de l'opération par laquelle l'attention juxtapose un état à un état, là où il y a une continuité qui se déroule (^) . »

En résumé, « choses et états ne sont que des vues prises par notre esprit sur le devenir. Il n'y a pas de choses, il n'y a que des actions (^) ».

La théorie bergsonienne nous représente donc l'univers comme un devenir universel, purement phénoménal, et rappelle ainsi, en ses traits essentiels, la conception cosmologique d'Heraclite.

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