‹ La notion d'EspaceChapitre 60 sur 143 · Théorie de Spencer · texte numérisé non relu

Théorie de Spencer

L'espace est-il une forme originelle de la conscience ?

Non, répond Spencer, il est engendré en nous, comme d'ailleurs toutes les conceptions abstraites, sous l'influence de conceptions concrètes tirées de l'expérience.

Nous connaissons, dit-il, deux sortes de rapports : les ims expriment la succession, les autres la coexistence. Le rapport de succession se manifeste à nous chaque fois qu'un changement intervient dans nos états de conscience. Le rapport de coexistence apparaît seulement lorsque certains rapports présentent leurs termes à la conscience aussi bien dans un ordre que dans l'ordre opposé. Les rapports dont les termes ne sont pas réversibles constituent des successions proprement dites; ceux dont les termes restent identiques dans des directions opposées désignent des coexistences. La conception abstraite des premiers s'appelle le temps; la conception abstraite des autres s'appelle l'espace.

Suivant le philosophe anglais, concevoir une partie de l'espace, c'est se représenter les limites comme coexistant en certaines positions relatives, et chacune de ces limites comme constituée elle-même de positions coexistantes très voisines les unes des autres. Ces positions diverses ne sont pas des

existences sensibles ou des réalités concrètes, mais des abstraits de coexistences réelles. Après avoir constaté par le sens du tact que différentes positions individuelles résistantes reproduisent les mêmes sensations dans deux ordres contraires, nous affirmons leur coexistence.

D'autre part, si nous ajustons nos mouvements musculaires à des positions qui n'offrent plus de résistance, notre conscience éprouve encore les mêmes sensations avec la résisteince en moins. Deuis ce cas, ce qui s'offre à nous, ce sont des simulacres d'existence; c'est-à-dire des positions vides de leurs coexistences réelles.

Or, la conception abstraite de tous les rapports de coexistence, c'est ce que nous appelons « l'espace » (^) .

Fidèle à sa théorie idéologique. Spencer n'accorde à l'espace qu'une réalité relative. Toute connaissance, dit-il, requiert deux éléments : un sujet connaisscint et un objet connu. De ces deux éléments aucun n'existe qu'en relation avec l'autre. Le sujet connaisscuit est tel parce qu'il est conscient d'un objet. De son côté, l'objet ne devient réellement un objet de connaissance qu'à la condition d'être connu. Connaître une chose est donc l'apercevoir en relation avec la conscience. Nous ne connaissons que nos états de conscience. Aussi, est-il impossible de dire ce qu'est une chose en elle-même, c'està-dire en dehors du sujet qui la connaît.

« Par réalité, dit-il encore, nous entendons persistance dams la conscience, persistcince qui peut être inconditionnelle comme la conscience que nous avons de l'espace, ou conditionnelle comme la conscience que nous avons d'un corps pendant que nous le tenons dans la main (^) . »

Quoi qu'il en soit, cette représentation subjective de resp2u:e demande une cause. Quelle est-elle ? « N'y a-t-il donc pas un

{^) Spencer, Les premiers principes, p. 136, Paris, Reinwald, 1902. (-) Spencer, ouv. cit., p. 133.

THÉORIES ULTRASUBJECTIVES 167

espace absolu représenté d'une certaine façon pau: l'espace relatif ? L'espace est-il en lui-même une forme ou condition de l'existence absolue produiscint en notre esprit une forme ou condition de l'existence relative ? » Ces questions, ajoute Spencer, doivent rester sans réponse. « Notre conception de l'espace est produite pcir un certain mode de l'inconnaissable, et la complète invsuriabilité de la conception implique la complète uniformité des effets produits sur nous par ce mode de l'inconnaissable. Nos seules affii mations légitimes sont donc les suivantes : l'espace est une réalité relative, notre connadssance de cette réalité relative invariable implique une réalité absolue également invariable dans ses rapports avec nous (^) . »

Page 1